Mardi 5 mai 2026 · 20h30


Édito du cycle

 

 

« Corps troubles, peaux d’argent », c’est un nouveau rendez-vous de cinéma queer-féministe, une invitation à explorer ensemble ce que les films peuvent dire ou montrer des corps minorisés, et comment ces corps peuvent s’emparer des outils du cinéma argentique pour proposer d’autres manière de faire.

Je me demande souvent si les mecs-cis-hétéro blancs et valides savent qu’ils ont un corps. Le leur n’est jamais questionné, il se donne comme un repère neutre et universel. A l’inverse, les meufs, les personnes queer, racisées, ou handis, sont sans cesse ramené·es à leur corps, obligé·e de sur-conscientiser leur apparence et leurs comportements. Nos corps font tâche, dégoûtent ou fascinent. Ce sont des corps-cibles, sur lesquels le pouvoir s’est octroyé un droit de regard et de contrôle. Des corps tantôt confinés dans l’obscurité et le silence, tantôt exposés à une lumière prédatrice et extractiviste par les formes culturelles et médiatiques dominantes. Comment le cinéma peut-il les donner à voir autrement que comme de simples objets de regard ? Quelles formes et représentations peut-il offrir à ces corps qui ressentent et vivent en dehors des normes et des assignations ?

Dans mon travail de bébé chercheuse, de wanna-be cinéaste et de programmatrice, je suis sans cesse à la recherche d’esthétiques crades et non-formatées. Les courts-métrages regroupés dans ce cycle sont des films subjectifs, situés et incarnés. Réalisés par des femmes ou des personnes queer et fabriqués dans une autonomie partielle ou totale vis-à-vis de l’industrie cinématographique, ils sont fait de bric et de broc, souvent développés à la main dans un laboratoire autogéré ou une salle de bain transformée en chambre noire, conservant ainsi la trace des mains qui les ont façonnés.

Ces films témoignent de l’urgence à parler pour soi depuis les marges quand nos histoires sont sans cesse récupérées et exploitées par le pouvoir. A l’heure où l’obsolescence de la pellicule argentique n’est plus matière à discussion, où les intelligences artificielles génératives créent des images désincarnées, et où la montée des politiques fascistes réaffirme leur contrôle sur les corps minorisés, ils nous proposent de reconsidérer l’articulation corps-film dans une démarche à la fois sensorielle et politique.

Malou Six

La séance

 

Comment continuer à aimer au milieu des ruines et des tombes ? Que peut-on encore distinguer à travers le brouillard épais et granuleux d’une pellicule voilée ? Que reste-t-il lorsqu’un corps devient ombre, fantôme ou silhouette ?

Entre cruising dans un cimetière ou une usine désaffectée, souvenirs de l’épidémie du SIDA, et détérioration du film, cette première séance nous propose de côtoyer la mort, qu’elle soit réelle, symbolique ou figurative.

Des corps errent, baisent, fuient, et manquent de disparaitre. Ils habitent les vestiges du monde, de la mémoire et de l’image. Ils sont ce qui reste et qui résiste, à l’effacement, à la maladie et à l’abandon.

Malou Six

A Sojourn in the Necropolis

de Frances Arpaia | 2025 | 4 min

Deux femmes trans se défoncent et voient (peut-être) des fantômes.


Self Portrait (Transsexual Labour)

de Cat C. Haines | 2025 | 5 min

Que signifie créer et (re)créer un corps sur pellicule ?


Vaseline

de Malic Amalya | 2016 | 6 min

Piégé dans un système de détention, de surveillance et de restriction, une pédale cuir déjoue la violence étatique en se remémorant son amant baignant dans la vaseline.


Buffalo Death Mask

de Mike Hoolboom | 2013 | 23 min

Une discussion avec l’artiste canadien Stephen Andrews nous ramène à une époque antérieure aux traitements antirétroviraux, où le fait d’être séropositif nous offrait la consolation d’une certitude.


Sex, Lies, Religion

de Annette Kennerley | 1994 | 6 min

« Sex, Lies, Religion » est un film lesbien tourné au lendemain de la rencontre de deux femmes au légendaire Clit Club, niché au fond d’une vieille taverne du sud de Londres.


Two Dreams about the End of the World

de Frances Arpaia | 2026 | 5 min

Deux amant·es se souviennent chacun d’un de leur rêve.


Minus

de Chris Chong Chan Fui | 1999 | 3 min

Premier film en 16mm du réalisateur, minus est un flux de mouvements unique, développé à la main et non monté. « Enlever » : soit laisser des traces de lumière, soit laisser des traces de rythmes. Inspiré des albums conceptuels de Ritchie Hawkins.


Informations pratiques

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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.

L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne. Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.

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Imaginaires Documentaires est un rendez-vous mensuel du Videodrome 2, autour de la diffusion de documentaires contemporains récents, qui poursuit une ambition de circulation d’œuvres remarquées et remarquables qui ne trouveraient pas le chemin des salles d’exploitation. Afin de créer un moment d’échange privilégié, les séances se font en présence des cinéastes.

 

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