Samedi 27 juin 2026 · 20h30


Édito du cycle

 

 

Une programmation réunissant des artistes issus d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Libye, de Mauritanie et d’Égypte, c’est ouvrir un espace de résonance entre deux rives historiquement intriquées et pourtant politiquement disjointes. Dans cette ville-port, seuil mouvant entre l’Europe et l’Afrique, la Méditerranée est une étendue d’interférences, de fuites et de reflets. Ce choix de lieu n’est pas anodin, Marseille, longtemps carrefour colonial et migratoire, constitue aujourd’hui un terrain privilégié pour penser les mobilités contemporaines et les fractures postcoloniales qui traversent encore le bassin méditerranéen. Ce dispositif curatorial interroge les formes de cohabitation de la terre, du territoire, du déplacement et met au jour comment, malgré les limites imposées (frontières, contrôles migratoires, héritages coloniaux), une mobilité picturale et filmique traverse et relie ces pays.

La projection s’attache d’abord aux paysages comme matrice vivante, désert, montagne, littoral, ville dense. Ces espaces incarnent plusieurs temporalités, celles des peuplements anciens, des échanges méditerranéens, mais aussi des récentes ruptures (révolutions, guerres, migrations).


Twinkle / ضﯾﻣَو 

de Trick54 Grocco | 2020 | 5 min

Un court métrage expérimental brut en noir et blanc, tourné entre 2014 et 2017 à travers le Maroc avec un appareil photo bridge de 5 mégapixels. Humains, animaux, nature, espaces urbains et ruraux s’y entremêlent comme autant de formes de vie. Les images et les sons sont entièrement d’origine ; dans ce film, le langage n’a aucune importance. Imaginez-vous analphabète, touriste ou nouveau-né ne connaissant pas encore la signification du langage — ou même un mort gardant encore quelques lueurs de vie dans son cerveau.


#31# (Appel masqué)

de Ghyzlène Boukaila | 2021 | 16 min | Vostfr

#31# (Appel masqué) puise son inspiration dans une chanson écrite et interprétée par Cheb Abdou. Situé dans l’Algérie des années 90, cette œuvre sonore, née en plein cœur de la décennie noire, nous parle du désire de Abdou d’exprimer un désir libidinal: voir et avouer sa passion à un amant, sachant que le seul moyen d’y parvenir réside dans l’anonymat d’un appel masqué. Réalisé en collaboration avec Cheikh Morad Djadja, le film se déploie sous la forme d’une fiction documentaire performative. Le taxiphone, ce non-lieu central dans le film, devient le point de jonction entre une réalité tangible et un espace imaginaire ; à travers lui, le protagoniste y façonne et expose son identité, ses émotions et ses désirs les plus intimes.


Written Not To Remain

de Tewa Barnosa | 2024 | 12 min | Vostfr

Issu d’une enquête visuelle sur les inscriptions murales à travers la Libye post-révolutionnaire, Écrit pour ne pas rester envisage ces écritures collectives comme des traces éphémères d’un dialogue à la fois contemporain et historique — entre commentaire social, correspondance de guerre et protestation silencieuse — au sein d’un paysage urbain hyper-surveillé et militarisé.
Dans cette œuvre vidéo qui combine images d’archives et interventions numériques réalisées dans un environnement de réalité virtuelle, Tiwa Barnosa traduit et transmet un corpus photographique qu’elle a commencé à constituer en 2019. Ces images témoignent des guerres fabriquées et menées par l’Occident en Libye après le Printemps arabe de 2011. Le film s’appuie sur une sélection de plus de deux cents clichés d’inscriptions, utilisés comme matériaux de recherche et accompagnés d’une récitation textuelle.


The Insurgence of Ghibli Winds / تمرد رياح القبلي

de Tewa Barnosa | 2026 | 24 min

Film performance

Partant d’un événement qui a façonné les mécanismes de la guerre asymétrique – lorsqu’un pilote italien a mené le premier bombardement aérien de l’histoire sur une oasis de Tripoli pendant la guerre italo-turque des Senussi en 1911 –, une industrie coloniale de la domination du désert s’est mise en place grâce aux roues et aux ailes.
Retracer le parcours temporel du pouvoir impérial vertical dans le paysage conduit à des actes de défiance géographique contre l’impérialisme américain entre les années 1980 et 1990 en Libye, qui ont donné le ton à la propagande de la « guerre contre le terrorisme », explorée dans le film à travers des images d’archives militaires et des premiers graphismes informatiques issus de jeux américains produits dans les années 80, où un pilote mène une mission visant à détruire des centrales nucléaires imaginaires dans le golfe de Syrte, au large de la côte centrale libyenne.
La narration se déroule sous la forme d’un dialogue entre les vents du Ghibli et Caproni, le concepteur italien des avions Ghibli. Le film retrace la lutte pour résister à la violence coloniale et se réapproprier les vents indigènes du Ghibli en tant que rebelle insurgé, une entité qui ne peut être apprivoisée, revendiquée ou fabriquée, sur fond de cieux surveillés et d’un Sahara militarisé.


Biographies

 

Trick54 Grocco (Maroc), artiste graffeur et cinéaste expérimental, présente Twinkles of Life (2020), un essai filmique brut en noir et blanc qui capte le pouls des rues et des périphéries marocaines. Composé d’images documentaires tournées entre 2014 et 2017, le film déploie une narration psychédélique à partir de fragments de vie quotidienne, humains, animaux, nature, environnements urbains et ruraux se fondant en un seul organisme. Sans recours au langage, le film devient une expérience sensorielle qui interroge la perception elle-même, évoquant le monde à travers le regard d’un étranger, d’un nouveau-né, ou même d’un esprit revivant les dernières étincelles de conscience. Par cette méditation visuelle, Grocco redéfinit le paysage urbain comme un terrain à la fois matériel et métaphysique.

 

Ghyzlène Boukaila (Algérie) avec son film #31# (Appel masqué) explore une autre forme de paysage : celui du taxiphone, lieu liminal entre privé et public, entre désir personnel et archives sociales de l’Algérie des années 1990. Le non-lieu se fait paysage mental et mémoire politique, un appareil qui capte des identités plurielles.

 

Tewa Barnosa (Libye) met en lumière les traces scripturales dans l’espace urbain post-révolutionnaire, des inscriptions murales filmées, archivées, réactualisées en réalité virtuelle. Elle traduit un paysage immatériel mais non moins tangible de la mémoire collective, « éphémère » mais habitée par la parole du peuple et par ses gestes de résistance. « written to not remain » délivre la poétique d’un territoire en mutation, où l’écriture et l’espace deviennent des corps d’histoire.

 

L’intention curatoriale de cette programmation, réunissant les œuvres de Saif, Esra, Haythem, Trick54 Grocco, Ghyzlène, Azzedine et Tiwa, est de rassembler des artistes issus de six contextes géographiques et culturels distincts autour d’une réflexion partagée : comment les dispositifs filmiques et vidéo peuvent-ils révéler la pluralité territoriale et les interconnexions sensibles qui traversent la région ? Conçu sur deux journées alternant projections et discussions, le programme cherche à mettre en lumière les dynamiques collectives, les initiatives transversales et les circulations souvent invisibles qui redessinent les imaginaires du territoire.


Curation

 

Farah Sayem (née en 1996) est une curatrice, chercheuse et opératrice culturelle basée à Tunis, dont le travail explore les dimensions physiques et politiques des espaces urbains et communs, en interrogeant la manière dont leurs dynamiques sociales et culturelles peuvent devenir des outils de transformation et de résistance au néolibéralisme entre Tunis et Marseille. Depuis 2020, elle développe des projets culturels favorisant la démocratisation de l’art dans l’espace public et écrit sur des artistes et collectifs indépendants. Farah a collaboré avec L’Art Rue (Dream City), ONU Femmes, Collectif Créatif, La Boîte, Gabes Cinema Fen, Koh llective, l’Association Européenne des Festivals et le magazine Diptyk. Elle est titulaire de masters en design produit et en management de l’économie sociale et solidaire, membre du studio de design collaboratif EL WARCHA, et poursuit actuellement une recherche doctorale (IRG) à l’Université Paris-Est Gustave Eiffel.


Informations pratiques

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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.

L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne. Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.

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Les séances

 


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Imaginaires Documentaires est un rendez-vous mensuel du Videodrome 2, autour de la diffusion de documentaires contemporains récents, qui poursuit une ambition de circulation d’œuvres remarquées et remarquables qui ne trouveraient pas le chemin des salles d’exploitation. Afin de créer un moment d’échange privilégié, les séances se font en présence des cinéastes.

 

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