Édito

 

Depuis les années vingt la vitesse a fasciné les cinéastes des avant-gardes. Jouer avec les rythmes par l’utilisation de la caméra au-delà des standards : accélération à la prise de vue en en modifiant les vitesses, caméraman monté à bord d’un train  ou d’un bateau pour des sensations fortes (Henri Chomette). Puis les variations du montage ont fait émerger des rythmes percutants, saccadés, creusant des trous dans la continuité (Claudine Eizykman)…

D’autres cinéastes ont choisi des rythmes lents, des flux fluides et glissants en une chorégraphie des corps dans la ville (Pascal Baes) ou encore la multitude des passants en un foisonnement pressé et grouillant (Sidney Peterson). Ou le balayage d’un espace urbain anamorphosé par un miroir convexe et mouvant (Steina Vasulka). La variété de ces flux, externes ou générés par la prise de vues ou le montage, travaille et recrée les battement urbains mais aussi ses moments plus apaisés.


Jeux des Reflets et de la vitesse de Henri Chomette

1924 | France| 7 min

 » Le cinéma ne se limite pas au mode représentatif. Il peut créer. Il a déjà créé une sorte de rythme (…). Grâce à ce rythme, le cinéma peut tirer de lui-même une puissance nouvelle qui, délaissant la logique des faits et la réalité des objets, engendre une suite de visions inconnues – inconcevable en dehors de l’union de l’objectif et de la pellicule. Cinéma intrinsèque, ou si vous voulez, cinéma pur, puisque séparé de tous les autres éléments, dramatiques ou documentaires – c’est ce que nous laissent pressentir certaines oeuvres.
«Jeux des reflets et de la vitesse démontrait cette assertion, en éliminant le décor et le personnage, et en se fiant aux reflets de lumière dans des cristaux pour créer des formes mouvantes dues au moins autant au hasard (hasard sollicité, provoqué, il va sans dire) qu’à la main de l’opérateur et du metteur en scène, ce dernier se réservant le choix final et la création d’un rythme au montage. Dans la seconde partie du film, Chomette utilisait la vitesse du métro et du bateau-mouche, des paysages paisibles, les uns et les autres dépouillés de réalité, arrachés au mode représentatif par l’accélération ou l’usage de négatifs. »

Jacques Brunius

Man in a Bubble de Sidney Peterson

1981 | États-Unis | 15 min

Sidney Peterson (1905-2000) est un écrivain, artiste et cinéaste d’avant-garde américain. Après des études à Berkeley, il travaille comme journaliste à Monterey, puis s’installe en France entre les années 1920 et 1930, pour peindre et sculpter. 
Après la deuxième guerre mondiale, il fonde « Workshop 20 » à l’école des beaux-arts de Californie. Dans les années qui suivent, Peterson travaille comme consultant pour le MoMA, puis comme scénariste pour Disney, pour la suite de Fantasia qui ne vit jamais le jour. Entre temps, il a réalisé une série de documentaires, et écrit un roman (A fly in the pigment en 1961) et un mémoire (The dark of the screen en 1980).


Moires Mémoires de Claudine Eizykman

1972/78 | France | 25 min

« Moires Mémoires vient après V.W. Vitesses Women et Bruine Squamma. Dans ces trois films, j’ai voulu explorer la possibilité de créer des effets volumétriques, alors que le film de par son support en étendue crée des effets linéaires. Le volume, c’est l’état où le cerveau fonctionne à des vitesses hétérogènes.
Dans V.W. Vitesses Women j’ai procédé pour ce faire à des mises en relation de séries d’images que j’ai mêlées selon des rythmes très courts et égaux. »

Claudine Eizykman

Claudine Eizykman, figure majeure du cinéma expérimental en France depuis les années 1970, a réalisé à partir de VW Vitesse Women, (prix du jury de sélection du Festival du Film Expérimental de Knokke en 1975), une série de films éblouissants et profondément originaux qui ont renouvelé une esthétique alors dominée par les films structurels de Snow, Sharits, Kubelka.
Ce coffret réunit l’intégrale de ses films argentiques réalisés de 1969 à 1981, et un complément inédit sur la revue multicolore Melba, fondée et dirigée par Claudine Eizykman.

Éprouver que sa perception change de vitesse, que son cerveau et son corps s’emplissent de mouvements. Il n’y a guère que l’angoisse, la souffrance et le plaisir sexuel qui suscitent l’ébranlement dans le corps et dans le cerveau, de mouvements. Et encore ceux-ci sont-ils fondus dans des implications, gainés dans la ouate quasi naturelle qui baigne toute notre mobilité corporelle/cervicale, différant, estompant l’éprouvé direct des mouvements, battements, dont notre vie est formée.

« Ce que j’ai toujours cherché à produire par mes films ce sont des éprouvés corporels et psychiques, sentir l’irruption lente ou rapide de tremblements, de tressaillements, de fourmillements qui ne soient pas en définitive quadrillés et portés par la douleur mais qui arrivent directement par les objets et simultanément à ma perception. Que ma perception et les objets s’appareillent, battent simultanément les mêmes impulsions sensorielles ou spatiales. Il y a un bénéfice secondaire de la douleur qui est de sentir que celle-ci résulte de battements ; ceux-ci ont des amplitudes, des orientations, des vitesses qui cisèlent leurs choix d’organes et leurs modes d’attaque des organes. Et ces concentrations, ces dispersions, ces qualités de battements éveillent des mémoires, des cheminements, des processus infinis, spirales, volutes, doubles zébrures, des textures inouïes, ouate, gaze, brume, bruine, mousseline, piqué… qui permettent de surmonter la douleur en la décondensant et en la parcourant dans ses multiples ramifications, et ce, surmonté, c’est précisément l’activité de la pensée… »

Claudine Eizykma

Topic I et II de Pascal Baes

1989 | France | 13 min

Pascal Baes est un artiste français, cinéaste expérimental, né à Nice en 1959 et installé à Bruxelles (BE) depuis près de deux décennies, après avoir passé plusieurs années à Paris.

« Travail en pose longue, image par image, dans les rues de Prague. Ambiance « Est » sur l’enfermement et l’autocensure, esthétisant et délétère, réalisé grâce à la bourse de la Villa Medicis Hors les murs. »
Pascal Baes
Dans Topic I et II s’imposent par la gestuelle inconnue des personnages fantomatiques qui dessinent la forme du film en même temps qu’ils circonscrivent de leur déambulation la ville de Prague désertée. Cette gestuelle n’est ni celle dela danse ni celle de la marche, elle nait d’une glissé gracieux qui saisit des personnages lors même qu’ils sont aussi emporté par les cassures sans cesse compensées. De cette destructuration des figures convenues de la danse et des postures automatiques de la vie quotidienne surgit une réputation humaine aérienne et … à l’image d’une certaine Prague. »


Claudine Eizykman

Urban Episodes de Steina Vasulka

1980 | États-Unis | 9 min

Pour ces six capsules urbaines filmées à Minneapolis, Steina a fixé différents objectifs et miroirs à la caméra. Elle a également utilisé un plateau tournant pour créer un plan panoramique se déplaçant de gauche à droite. Ces œuvres font partie du corpus Machine Vision (1975-) et reproduisent des éléments de Allvision (1975-). Une plate-forme était placée sur un plateau tournant, et la caméra et les dispositifs optiques étaient placés aux extrémités opposées. Pendant que le plan panoramique était filmé, la caméra, équipée de miroirs et de lentilles, effectuait également une rotation verticale et un déplacement latéral. Certaines capsules présentent une disposition inhabituelle du paysage urbain en montrant à la fois l’espace autour duquel tourne l’engin et les images réfléchies par les miroirs ou déviées par les lentilles. Dans l’ensemble, les capsules offrent une typologie des angles qu’une caméra peut adopter pour décomposer le monde visible en ses différentes composantes.


Informations pratiques

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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste).

Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun.e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.

L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 5€ et valable sur une année civile.


Toutes les séances du programme Pulsations urbaines

 

Pulsations urbaines | Magie urbaine
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L’Homme à la caméra de Dziga Vertov | 1929 | URSS | 1h07 

Séance accompagnée par Mireille Laplace

Pulsations urbaines | Déambulations
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Programme de courts métrages (durée 70 min) 

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Programme de courts métrages (durée 70 min)

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Programme de courts métrages (durée 70 min)

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Water and Power de Pat O’Neill | 1989 | États-Unis | 57 min

Séance accompagnée par Mireille Laplace

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