Édito

3615 MaLife, des Intimités documentées

Dans Les glaneurs et la glaneuse, Agnès Varda découvre, avec un étonnement presque enfantin, que sa toute nouvelle petite caméra numérique lui permet de filmer ses propres mains comme jamais auparavant. Elle filme ses mains de géante qui attrapent des camions, ses mains attendries par la découverte d’une patate en forme de cœur, ses mains de vieille dame joueuse et espiègle. C’est un jeu de miroir, un cache-cache. Quelque chose d’à la fois sérieux et futile. Comme quand on joue, enfant.

Parfois, nos vies sont des puzzles avec des pièces déformées qui s’emboîtent mal. Parfois, il manque carrément des pièces. La mémoire met en jeu un grand nombre de structures cérébrales. Le stockage et le codage de l’information fait intervenir tout un circuit anatomique. Les informations à mémoriser sont transformées par nos cellules nerveuses en signaux électriques, qui se propagent le long de leurs membranes, d’une cellule à l’autre, par l’intermédiaire des synapses et des neuromédiateurs. Et lorsque l’information circule, c’est un feu d’artifice d’impulsion qui se propage dans notre cerveau. D’y penser, ça m’épuise.

Moi, j’ai autorisé les GAFAs à stocker mes données. Quel bazar ça doit être la Silicon Valley ! De mes plus banales conversations à la moindre photo de mon chat, ma vie transformée en bits se propage le long de réseaux jusqu’à de gigantesque data centers sur-réfrigérés. À l’intérieur de ces lieux de mémoire grands et froids, érigés comme une cathédrale capitaliste qui ne ferait peu cas du réchauffement climatique, qu’est qu’on entrepose ? Un montage automatique généré par un logiciel de stockage de photos ? De ce qu’on laisse sur un Drive, sur des bandes magnétiques, sur des clés USB ou bien des disques durs externes, on en fait quoi ? On les laisse en pâture à des automates ?

Je crois que ces enregistrements qu’on fait de nous, nos souvenirs, nos récits, nos témoignages, nos expériences, constituent un trésor autrement plus précieux que la valeur marchande décidée par les entrepreneurs du Big Data. Qu’est que nous raconte les images tournées par Sobhan et Hamid avec la caméra d’un téléphone ? À quel point le témoignage d’Indianara est-il important lorsque les autorités tentent de faire disparaître les lieux où se tissent nos vies et nos luttes ? Et les souvenirs perdus de Diane ? Et le testament d’Hervé ? Et toutes ces lettres et ces récits tombés par hasard entre nos mains parce qu’on était là, parce qu’on a ouvert une boîte ou un fichier ? Parce que quelqu’un s’est assis sur le fauteuil d’en face et s’est mis à me raconter. Tout cela on en fait quoi ? On les laisse se perdre comme cette foutue dernière pièce du puzzle ?

Ces morceaux de nous. Ces histoires mises en scène. Ces parts intimes que l’on livre, que l’on raconte. Ces récits montés et omis. Ils nous définissent comme des avatars dans un jeu de rôles. Des identités assignées, qu’on endosse, qu’on rejette ou qu’on s’approprie. Ces rôles, parfois juste des mots : vieille, migrant, homosexuel, bipolaire, non-blanc, seropo, trans ; je crois que nous les jouons du mieux que nous pouvons. Tantôt ils nous aident à être, tantôt ils nous limitent, ou pire, nous stigmatisent. Car dans le théâtre de nos sociétés, ces rôles dont on ne saurait plus dire à quel point ils nous imprègnent, sont politiques, tout comme nos souvenirs et les récits qu’on en fait.

Alors, si ces histoires venaient à disparaître, sur quoi reposerait nos engagements ? Si nos mémoires s’effacent à la fin, tout cela n’aura été qu’un jeu de dupe.


Les séances du cycle Intimités documentées

 

Intimités documentées | Je ne me souviens de rien
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Les séances de cinéma
Videodrome 2 | 49, cours Julien | 13006 Marseille

En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire

Je ne me souviens de rien de Diane Sara Bouzgarrou | 2017 | France | 59 min

Séance suivie d'une discussion en visio avec la réalisatrice

Intimités documentées | Carte blanche au Festival Les Mains Gauches
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Videodrome 2 | 49, cours Julien | 13006 Marseille

En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

Courts métrages

 

Intimités documentées | Indianara
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En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

Indianara de Aude Chevalier-Beaumel & Marcelo Barbosa | 2019 | Brésil | 1h24 | VOSTFR

 

Intimités documentées | La nuit remue & Begzor Begzar
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En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

La nuit remue de Bijan Anquetil | 2012 | France | 45 min

Begzor Begzar de Bijan Anquetil | 2020 | France | 59 min

En présence du réalisateur

Intimités documentées | La parole aux morts
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Videodrome 2 | 49, cours Julien | 13006 Marseille

En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

Ce voile-là qui se déchire de Joffrey Speno | 2020 | France | 1h

En présence du réalisateur

Intimités documentées | Conférence avec Marie Rebecchi
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Les séances de cinéma
Videodrome 2 | 49, cours Julien | 13006 Marseille

En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

Conférence

Intimités documentées | Carte blanche à Mémoire des sexualités
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Videodrome 2 | 49, cours Julien | 13006 Marseille

En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

Carte blanche à Mémoires des sexualités

Où sont nos amoureuses ? de Robin Hunzinger | 2006 | France | 53 min

Intimités documentées | La Pudeur ou l'Impudeur
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En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

La Pudeur ou l'Impudeur de Hervé Guibert | 1992 | France | 1h02

Intimités documentées | Nothing Without Us
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Les séances de cinéma
Videodrome 2 | 49, cours Julien | 13006 Marseille

En partenariat avec la Cinémathèque du Documentaire 

En partenariat avec le Réseau santé marseille SUD

LECTURES | Encore heureuses, portraits de femmes porteuses du VIH

FILM | Nothing Without Us: The Women Who Will End Aids de Harriet Hirshorn | 2017 | 1h08 | VOSTFR

Séance suivie d'une discussion avec la réalisatrice par visioconférence

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