Samedi 30 mai 2026 · 20h00


Édito

 

L’esprit Krahô

« Joao Salaviza et Renée Nader Messora en forment un duo : lui est portugais, elle brésilienne, et ils fonctionnent à deux comme une petite unité de production. Apparu sur la planète festivalière il y a six ans avec le stupéfiant Chant de la forêt (2018), le binôme poursuit un travail au long cours avec la tribu kraho, branche du peuple indigène timbira, habitants originaires du Cerrado, vaste région recoupant la forêt amazonienne, étendue sur plusieurs pays d’Amérique du Sud. En s’enfonçant dans la forêt, les cinéastes semblent avoir remonté le fleuve historique du cinéma, pour en livrer une version élémentaire, joignant ethnographie et onirisme. » (Mathieu Macheret, Le Monde)
Les deux cinéastes donneront une masterclass dans le cadre de Baab samedi après-midi 30 mai. Toujours dans le cadre de Baab, nous avons l’extrême chance d’accueillir également Nicolas Becker, artiste sonore, concepteur sonore et compositeur de musique de film français, à la reconnaissance mondiale, pour une masterclass exceptionnelle – en anglais – le jeudi 27 mai au matin.
Pour clore la seconde session de Baab, nous vous invitons à découvrir dans le cadre du rendez-vous mensuel Double Vision, Le chant de la forêt, aux côtés de Mérapi de Malena Szlam et The Nightside of The Sky de Rhayne Vermette.

 

The Krahô Spirit

« Joao Salaviza and Renée Nader Messora make up a duo: he is Portuguese, she is Brazilian, and together they function as a small production unit. Having burst onto the festival scene six years ago with the stunning Song of the Forest (2018), the pair continues a long-term project with the Krahô tribe, a branch of the Timbira indigenous people, who are native to the Cerrado, a vast region spanning the Amazon rainforest and stretching across several South American countries. As they venture deep into the forest, the filmmakers seem to have traveled back up the historical river of cinema, delivering a primal version that blends ethnography and dreamlike imagery. » (Mathieu Macheret, Le Monde)
The two filmmakers will give a masterclass as part of Baab on Saturday afternoon, May 30. Also as part of secon session of BAAB, we are extremely fortunate to welcome Nicolas Becker, a world-renowned French sound artist, sound designer, and film composer, for an exceptional masterclass—in English—on Thursday morning, May 27.
To close out this session of BAAB, we invite you to discover, as part of the monthly Double Vision event, Le chant de la forêt, alongside Mérapi by Malena Szlam and The Nightside of The Sky by Rhayne Vermette.

 

Masterclass par Nicolas Becker [Jeudi 28 mai : 9h30 – 12h30]

Masterclass avec Renee Nader Messora et João Salaviza [Samedi 30 mai : 14h30 – 17h30]


Merapi

de Malena Szlam | 2021 | Canada | 8 min | Silencieux

Une étude en contournement du mont Merapi, en Indonésie. Oscillant autour du volcan, MERAPI se caractérise par la présence silencieuse de ses grondements et de sa lave. Presque toujours au centre, le volcan se dissipe souvent derrière les nuages, tel un fantôme. L’œuvre s’articule silencieusement autour de l’empreinte ondulante du volcan sur son environnement : la fumée à travers les arbres, la pluie qui s’écrase sur ses pentes et la riche fertilité de ses sols. Une œuvre aussi sensible aux variations de la lumière à travers les tourbillons du grain 16 mm et de l’atmosphère qu’à ce que signifie vivre à l’horizon du volcan, situé près de la ville densément peuplée de Yogyakarta.

« Le territoire, la terre, le lieu ont une mémoire comme nous. Je crois que certains humains développent une sensibilité à ce sujet. Cette compréhension, certain·e·s y accèdent par la science, par l’anthropologie ou l’ethnographie. D’autres grandissent dans des territoires où ce savoir est encore vivant et transmis par l’histoire orale et l’enseignement intergénérationnel. C’est ce que j’ai observé en Australie, où la valeur et l’importance de cette transmission sont très différentes de la manière dont la société occidentale valorise le savoir. » Malena Szlam ( Malena Szlam: l’arbre et le volcan, entretien par Samy Benammar, Panorama-cinema)

A circumlocutory study of Mount Merapi, Indonesia. Shifting back and forth around the volcano, MERAPI is marked by the silent presence of its rumble and lava. Almost always at the centre, the volcano often slips away behind the clouds, a ghost. The work is silently structured around the rippling impression of the volcano on its surrounds: smoke through trees, the breaking of rain against its slopes and the rich fertility of its soils. A work as sensitive to the shift in light through swirls of 16mm grain and atmosphere as it is to what it is like to live within the horizon of the volcano, located near the densely populated Yogyakarta.

« The land, the earth, and the place have a memory just like we do. I believe that some people develop a sensitivity to this. Some gain this understanding through science, anthropology, or ethnography. Others grow up in places where this knowledge is still alive and passed down through oral history and intergenerational teaching. This is what I observed in Australia, where the value and importance of this transmission are very different from the way Western society values knowledge. » Malena Szlam (Malena Szlam: The Tree and the Volcano, interview by Samy Benammar, Panorama-cinema)


The Nightside of The Sky

de Rhayne Vermette | 2023 | États-Unis | 5 min

Dans ce court métrage expérimental spécialement commandé pour l’album « All the Haunts Be Ours vol. 2 » de Severin, des images tirées du film « The White Reindeer » sont redonnées vie grâce à des techniques de tirage par contact et de tirage optique.

Rhayne Vermette est autodidacte. Son travail met l’accent sur l’interruption de l’image à travers le collage, la photographie et le cinéma analogique. Les thèmes du lieu, du temps et du rythme s’expriment à travers de riches couches de fiction, d’animation, de reconstitutions et d’interruptions divines.

In this experimental short film specially commissioned for Severin’s All the Haunts Be Ours vol. 2, images from The White Reindeerare reanimated through contact printing and optical printing.


Chuva é cantoria na aldeia dos mortos / Le chant de la forêt

de Renée Nader Messora et João Salaviza | 2018 | Brésil, Portugal | 1h54 | Vostfr

En présence de Renée Nader Messora et João Salaviza

« Une nuit, Ihjãc fait un rêve étrange qui l’incite à se lever pour traverser la forêt et atteindre le pied d’une cascade. Le jeune homme, issu du peuple indigène Krahô, entend alors la voix de son défunt père. Celui-ci lui rappelle qu’il est temps d’organiser la fête funéraire en son honneur. Car c’est seulement après la fin de la période de deuil que les disparus rejoignent le village des morts et laissent les vivants en paix. Troublé par cette apparition, Ihjãc n’ose l’ébruiter, de peur d’être vu comme le chaman qu’il refuse de devenir… Centrée sur le bouleversant secret d’Ihjãc, la première partie du film raconte aussi le quotidien au sein de la communauté, entre documentaire et fiction – la Brésilienne Messora et le Portugais Salaviza ont travaillé en étroite collaboration avec les Krahôs.  Dans une étonnante deuxième partie, Ihjãc, désireux de fuir son destin, se rend en ville. Là, l’incompréhension est totale: une fonctionnaire se moque de ses angoisses, et lui réclame une carte de mutuelle dont il ignore l’existence. Tout en décrivant avec sensibilité le désarroi d’Ihjãc, le film récuse l’opposition simpliste entre société moderne et mode de vie traditionnel: les filles krahôs discutent du dernier vernis à la mode tandis que, sur un écran de télé, les visages fervents des supporteurs brésiliens blancs illustrent la dimension rituelle du football. » (Julien Dokha, Trois Couleurs, Critique)

In presence of Renée Nader Messora and and João Salaviza 

« One night, Ihjãc has a strange dream that prompts him to get up, cross the forest, and reach the base of a waterfall. There, the young man—a member of the indigenous Krahô people—hears the voice of his late father. His father reminds him that it is time to organize the funeral ceremony in his honor. For it is only after the mourning period ends that the departed join the village of the dead and leave the living in peace. Troubled by this apparition, Ihjãc dares not speak of it, for fear of being seen as the shaman he refuses to become… Centered on Ihjãc’s deeply moving secret, the first part of the film also depicts daily life within the community, blending documentary and fiction—the Brazilian director Messora and the Portuguese director Salaviza worked closely with the Krahô people.  In a surprising second part, Ihjãc, eager to escape his fate, heads to the city. There, he is met with total incomprehension: a government official mocks his anxieties and demands a health insurance card he didn’t even know existed. While sensitively depicting Ihjãc’s distress, the film rejects the simplistic opposition between modern society and traditional ways of life: Krahô girls discuss the latest nail polish trends while, on a TV screen, the fervent faces of white Brazilian soccer fans illustrate the ritualistic dimension of the sport. »  (Julien Dokha, Trois Couleurs, Critique)


DOUBLE VISION

Est un appel et une réponse,
Le cinéma et son écho,
Un phénomène dans lequel l’enregistrement du monde est projeté en retour sur lui-même,

C’est une nouvelle série de projections mensuelles. DOUBLE VISION est proposée dans le cadre d’une double programmation mensuelle qui associe des œuvres cinématographiques radicales, transformatrices et visionnaires à leur propre miroir. Avec des essais critiques, des programmes de films et de vidéos sélectionnés, des cinéastes internationaux invités et des films tirés de l’histoire riche et complexe de l’anthropologie visuelle et du cinéma expérimental, DOUBLE VISION cherche à tracer une ligne d’influence émotionnelle, politique, viscérale et critique entre ce qui est ressenti, ce qui est vu, ce qui est connu et ce qui peut être compris. DOUBLE VISION est présenté avec le soutien du ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS) et en partenariat avec La Fabrique des écritures ethnographiques (FÉE).

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DOUBLE VISION
is a call-and-response
is cinema and its echo
is a phenomenon in which the recording of the world is projected back on itself
is a new monthly screening series

DOUBLE VISION is offered in a monthly program that takes radical, transformative and visionary works of cinema and pairs them with their mirror selves. Featuring critical essays, curated film / video programs, visiting international filmmakers and focusing on films drawn from the rich and complicated histor/ies of visual anthropology and experimental cinema, DOUBLE VISION looks to draw an emotional, political, visceral and critical line of influence between what is felt, what is seen, what is known and what can be understood. DOUBLE VISION is presented with the support of ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS)in partnership with La Fabrique des écritures ethnographique (FÉE)


Informations pratiques

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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun.e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.

L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne ; pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.

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