The Unstable Object II – Daniel Eisenberg | FIDMarseille 2022
Dans le cadre du FIDMarseille 2022
Édito
Nous nous retrouvons pour la 33e édition du FIDMarseille. Quel plaisir de renouer enfin cette année avec une édition à la mesure des précédentes, avant la crise sanitaire. Le Festival se déroulera dans des lieux déjà investis précédemment mais vous permettra aussi d’en découvrir de nouveaux, fruits de partenariats récents permettant d’inscrire toujours mieux le festival à Marseille et dans la Région Sud.
2022 | France / Allemagne / Turquie / États-Unis | 3h24
Soient trois lieux. 1. Un atelier situé en Allemagne où l’on suit la fabrication d’une prothèse de la main. 2. Un atelier de confection de ganterie traditionnelle à Millau, dans le sud de la France. 3. Une usine de jeans à Istanbul, production industrielle à grande échelle. Trois espaces de travail qui se succèdent, mais une manière et un objet communs : les rapports entre main et machine, travail et matière, observés avec patience et rigueur. Des relations et des gestes que Daniel Eisenberg s’emploie à scruter méticuleusement, attentif à chaque action que cela engage et au temps nécessaire à chaque opération, du commencement aux formes achevées. Eisenberg poursuit ici le projet engagé dans son précédent volet, The Unstable object (FID 2011), où il confrontait, par triangulation déjà, le travail dans une usine automobile high tech à Dresde, puis dans un atelier désuet de réparation d’horlogerie à Chicago, enfin dans une fabrique de cymbales à Istanbul. Ici, place est faite aux mains, au corps, à l’image, d’un lieu de production à l’autre : corps reconstitués, corps modelés, corps habillés. Au corps social aussi, que ce soient les corps collectifs au travail ou leurs images façonnées par les objets dont on suit la fabrication. La patience d’une caméra attentive et le rythme fascinant de cette chorégraphie permettent aux gestes de se déployer. La géographie des modes de production engage aussi l’histoire qu’elle sous-tend, comme celle de la mondialisation des échanges. Et, crucial ici, au temps de la production des objets eux-mêmes semble répondre celui du spectateur face au déploiement du film, comme un écho entre regards absorbés, les leurs comme les nôtres. Un beau travail du regard et de la pensée en acte sur le travail, objet bien instable.