Le Seigneur a fait pour moi des merveilles – Albert Serra | FIDMarseille 2022
Édito
Nous nous retrouvons pour la 33e édition du FIDMarseille. Quel plaisir de renouer enfin cette année avec une édition à la mesure des précédentes, avant la crise sanitaire. Le Festival se déroulera dans des lieux déjà investis précédemment mais vous permettra aussi d’en découvrir de nouveaux, fruits de partenariats récents permettant d’inscrire toujours mieux le festival à Marseille et dans la Région Sud.
Le Seigneur a fait pour moi des merveilles – Albert Serra
2011 | Espagne | 2h26
Incrédules, nous suivons le tournage d’un film qui n’existe pas, en compagnie du réalisateur et de son équipe, qui parcourent La Mancha sur les lieux réels du Don Quichotte de Cervantès. Le film est une extension et une métafiction de Honor de cavallería, avec le même duo d’acteurs, qui se promènent cette fois dans des chambres d’hôtel et sur le bord des routes. Au départ, il s’agissait d’une lettre filmée adressée au cinéaste argentin Lisandro Alonso, commandée par la CECC de Barcelone pour une exposition invitant les réalisateurs à lancer des « Correspondances ». Road movie immobile, faux film sur le cinéma, ou peut-être remake tordu de Beware of a Holy Whore (1971) de Rainer Werner Fassbinder, ce Seigneur est avant tout le portrait de ses personnages-acteurs, en particulier Toti (alias Jordi Pau), figure excentrique de l’âge d’or hippie à Ibiza, qui porte tout le film avec ses coups de génie et ses humeurs folles. Basé sur des plans séquences d’une incroyable beauté, rehaussés par un traitement radical des contre-plongées, cet objet étrange pourrait bien être l’un des meilleurs films d’Albert Serra, également l’un de ses plus réjouissants et mystérieux. Comme tous ses autres projets, mais de manière plus frontale, il se situe au carrefour exact de l’anecdotique et du mythique, de l’ennui et de la surexcitation, et nous raconte en douce la véritable histoire de l’Espagne entre deux siestes au bord de l’abîme. (L.C.)