Samedi 21 mars 2026 · 20h30


Édito

 

 

« On ne ment pas, mais on ne tombe pas dans la vérité » – un des protagonistes de Dans ma tête un rond-point

Pour cette session, Double Vision glisse au samedi 21 mars pour clore la première session de BAAB, programme de 12 mois qui se destine aux artistes, cinéastes et chercheurs travaillant sur des projets audiovisuels à la croisée de l’art, de l’anthropologie et du cinéma. À la suite de la masterclass donnée samedi matin à 9h30 par Hassen Ferhani autour de ses films et de sa méthodologie de travail, nous poursuivrons au soir avec la présentation en sa présence de Dans ma tête un rond-point, son magnétique premier métrage. Document, portrait d’un abattoir non comme un lieu de mort mais comme un lieu de vie comme de travail (ou l’inverse ; que serait un travail vivant ?), de ses habitants et de ses ouvriers, aventure formelle imprégnée des questions sociales et politiques algériennes, Dans ma tête un rond-point ne cesse d’étonner dans sa capacité à rester disponible à l’humain comme au réel dans ses surgissement les plus difficiles et contradictoires en un tel lieu (la répétition du geste et l’abrutissement, le labeur, la viande, l’animal, et la mise à mort, l’absurdité, l’ombre… la lumière des êtres). Et son beau titre reste en tête une fois lu, entendu, vu comme une obsession, la ritournelle… Dans la tête nos ronds-points…. Pour l’accompagner, Castro street, poème visuel de Bruce Baillie autour de l’ancienne artère traversant la zone industrielle de Richmond, en Californie, de l’autre côté de la baie de San Francisco. Une zone de réservoirs de stockage de pétrole et de gares de triage qui évoque la tension de l’industrialisation entre puissance et désastre, l’espace liminaire entre nature et culture, celle qui pour Bruce Baillie a engagé l’existence de la vie dite moderne sans laquelle le cinéma n’existerait paradoxalement pas.

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For this session, Double Vision moves to Saturday, March 21, to close the first session of BAAB, a 12-month program for artists, filmmakers, and researchers working on audiovisual projects at the crossroads of art, anthropology, and cinema. Following the masterclass given by Hassen Ferhani on Saturday morning at 9:30 a.m. about his films and his working methodology, we will continue in the evening with a presentation in his presence of Dans ma tête un rond-point, his magnetic first feature film. A documentary portrait of a slaughterhouse not as a place of death but as a place of life and work (or the reverse; what would a living job be?), of its inhabitants and workers, a formal adventure steeped in Algerian social and political issues, Dans ma tête un rond-point never ceases to amaze in its ability to remain open to humanity and reality in its most difficult and contradictory manifestations in such a place (the repetition of gestures and stultification, labor, flesh, animals and killing, absurdity, shadows… the light of beings). And its beautiful title remains in mind once read, heard, seen, like an obsession, a refrain… In mind, our roundabouts…
Accompanying it is Castro Street, a visual poem by Bruce Baillie about the old thoroughfare running through the industrial zone of Richmond, California, across the bay from San Francisco. An area of oil storage tanks and rail yards that evokes the tension of industrialization between power and disaster, the liminal space between nature and culture, which, for Bruce Baillie, has shaped the existence of so-called modern life, without which cinema would paradoxically not exist. 

 

Masterclass de Hassen Ferhani


Castro Street

de Bruce Baillie | 1966 | États-Unis | 10 min

« The coming of consciousness. »

« J’aimais la forme que je m’étais imposée. Utiliser une rue comme forme de base plutôt que n’importe quelle ligne narrative. Et donc j’ai vraiment commencé le film au début de la rue et l’ai terminé une fois atteinte la barrière rouge. » Bruce Baillie

Souvent, dans « Castro Street », nous prenons conscience de Castro Street, des fleurs et des herbes, des mouvements des nuages, des variations de la lumière du soleil – des éléments visuels qui, d’une part, s’inscrivent dans le contexte kaléidoscopique de l’activité industrielle et, d’autre part, représentent le contexte physique et historique de l’industrie moderne elle-même. En effet, dans certains cas, les images industrielles de Baillie sont cadrées de manière à évoquer des éléments de l’environnement naturel : une cheminée est visible dans un magnifique iris écarlate, une sorte de coquelicot industriel ; des tuyaux colorés, d’abord flous (on pourrait les prendre pour des fleurs), deviennent ensuite nets ; et un panoramique vers le haut sur un groupe de tuyaux verts les fait ressembler à des tiges. Aussi artificiel que puisse paraître le secteur industriel de Richmond, en Californie, Baillie suggère qu’il est un produit de la nature, non seulement au sens évident du terme (l’industrie est construite dans la nature, exploite les ressources naturelles), mais aussi au sens spirituel : la même force qui fait pousser ces fleurs (la force « spirituelle » que beaucoup d’entre nous vont chercher dans la nature) a inspiré les animaux humains à « faire pousser » les « fleurs » matérielles de leur imagination. Castro Street rend simultanément hommage à l’industrie moderne et reflète le désir de Baillie de transcender les origines techno-industrielles du cinéma. Ce n’est pas un hasard si la seule phrase de musique populaire que l’on entend dans la bande sonore stratifiée de Baillie est « Good Lovin’ » de la chanson du même nom des Young Rascals, et que l’on l’entend juste avant la fin de Castro Street. Nous ne pouvons-nous empêcher d’aimer ce qui rend notre vie possible, ce qui soutient notre créativité, mais nous pouvons aussi, comme le fait Baillie dans ce film, travailler avec toute la diligence dont nous disposons pour transcender les problématiques de notre contexte et faire évoluer le monde vers la poésie. »  Scott MacDonald


Hand Catching Lead

de Richard Serra | 1968 | États-Unis | 3 min [sous réserve]

Hand Catching Lead, sorti en 1968, est le premier film de Serra. Serra affirme qu’il s’agissait d’une tentative pour percer dans le milieu « intimidant » du cinéma, inspiré par la « grande liberté » qu’il voyait s’exprimer dans l’œuvre de Warhol et la nature « provisoire et expérimentale » de films tels que Hand Movie et Line d’Yvonne Rainer.
À l’origine, on lui avait demandé de documenter la création de sa sculpture House of Cards, dans laquelle d’énormes feuilles de plomb sont équilibrées les unes contre les autres, maintenues par leur propre poids, mais il a décidé qu’un documentaire traditionnel ne permettrait pas de saisir le processus créatif. Au lieu de cela, l’œuvre est une « analogie cinématographique » de la construction de la sculpture : le fait qu’il attrape les morceaux de plomb est une représentation plus raffinée des mois passés à transporter des blocs de plomb dans son grenier avec Philip Glass.


Fi rassi rond-point / Dans ma tête un rond point

d’Hassen Ferhani | 2015 | Algérie | 1h40 | Vostfr

Dans le plus grand abattoir d’Alger, des hommes vivent et travaillent à huis-clos aux rythmes lancinants de leurs tâches et de leurs rêves. L’espoir, l’amertume, l’amour, le football, le paradis et l’enfer se racontent comme des mélodies de Chaabi et de Raï qui cadencent leur vie et leur monde. 

 »En dépit du titre, le décor ne contient aucun élément routier, c’est dans un abattoir à Alger que nous nous trouvons. Retenu à l’intérieur d’un tel cadre si fréquemment décrit par le cinéma, on pourrait s’attendre au spectacle de la cruauté (mot qui, on le sait, signifie littéralement sang qui coule). Il n’en est rien. L’abattoir est avant tout ici un huis-clos, c’est-à-dire la scène d’un théâtre, où évoluent quelques personnages qui y ont élu résidence. Les héros, ce sont eux, ces hommes (car cet univers est exclusivement masculin), jeunes et moins jeunes, et aucun bœuf, mort ou vif, ne vient leur voler la vedette. On se souvient du Tarzan, Don Quichotte et nous (FID 2014), où le jeune Hassen Ferhani maniait déjà avec virtuosité, humour et précision, une caméra désireuse de décrire, plutôt qu’un contexte élargi, des figures chaque fois singulières. Davantage encore ici, si quelque chose d’un portrait de groupe est visé, c’est après avoir laissé la place à chaque personnage pour exister dans sa complexité, dans sa fragilité, dans son innocence comme dans la science qui est la sienne, à l’exemple de cet ouvrier-conteur qui discute gravement sur le choix du titre du film en train de se faire. » 
(Jean-Pierre Rehm – FIDMarseille)


DOUBLE VISION

Est un appel et une réponse,
Le cinéma et son écho,
Un phénomène dans lequel l’enregistrement du monde est projeté en retour sur lui-même,

C’est une nouvelle série de projections mensuelles. DOUBLE VISION est proposée dans le cadre d’une double programmation mensuelle qui associe des œuvres cinématographiques radicales, transformatrices et visionnaires à leur propre miroir. Avec des essais critiques, des programmes de films et de vidéos sélectionnés, des cinéastes internationaux invités et des films tirés de l’histoire riche et complexe de l’anthropologie visuelle et du cinéma expérimental, DOUBLE VISION cherche à tracer une ligne d’influence émotionnelle, politique, viscérale et critique entre ce qui est ressenti, ce qui est vu, ce qui est connu et ce qui peut être compris. DOUBLE VISION est présenté avec le soutien du ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS) et en partenariat avec La Fabrique des écritures ethnographiques (FÉE).

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DOUBLE VISION
is a call-and-response
is cinema and its echo
is a phenomenon in which the recording of the world is projected back on itself
is a new monthly screening series

DOUBLE VISION is offered in a monthly program that takes radical, transformative and visionary works of cinema and pairs them with their mirror selves. Featuring critical essays, curated film / video programs, visiting international filmmakers and focusing on films drawn from the rich and complicated histor/ies of visual anthropology and experimental cinema, DOUBLE VISION looks to draw an emotional, political, visceral and critical line of influence between what is felt, what is seen, what is known and what can be understood. DOUBLE VISION is presented with the support of ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS)in partnership with La Fabrique des écritures ethnographique (FÉE)


Informations pratiques

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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun.e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.

L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne ; pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.

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