DOUBLE VISION : AMERICAN SCARS | Landscape suicide + Mass for the Dakota Sioux
Programme conçu par Claire Lasolle et Jeff Silva, avec le soutien de ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS) eten partenariat avec La Fabrique des écritures ethnographiques (FÉE)
Mass for the Dakota Sioux de Bruce Baillie | 1963-1964 | États-Unis | 20 min
Landscape suicide de James Benning | 1987 | États-Unis | 1h35 | Vostfr
Projection en 16mm
Jeudi 18 décembre 2025 · 20h30
Édito
AMERICAN SCARS / Cicatrices américaines
Dans la continuité de la précédente session, qui s’intéressait au racisme comme source de violence aux États-Unis, le programme de ce soir rassemble deux œuvres incontournables du cinéma d’avant-garde américain, qui abordent toutes deux sans détour la violence inhérente au paysage américain. Bruce Baillie et James Benning s’opposent à l’idée que la caméra est un témoin neutre. Leurs images creusent le territoire et invoquent les fantômes des victimes, effacées, dans la course pour le rêve américain pathologique et la marche de la dite civilisation.
Associés, les films créent une résonance entre forme lyrique et forme structurelle. Baillie transforme l’écran en un flot de visions superposées, une sorte de prière cinématographique remplie de collisions entre mémoire et mythe. Benning fait le contraire : il ralentit tout, laissant au paysage le temps de s’exprimer. Les deux films révèlent le paysage américain non pas comme un décor vide, mais comme une sorte de scène de crime, nous invitant à regarder au-delà de la vue de carte postale et à affronter ce qui se cache sous la surface de ces espaces américains ordinaires.
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Following on from the previous session, which examined the roots of violence in racism in the United States, tonight’s program brings together two essential works of American avant-garde cinema, each looking straight at the violence woven into the American landscape. Bruce Baillie and James Benning work against the idea of the camera as a neutral witness. Their images dig into the terrain and summon the ghosts of those erased by the march of civilization and the pathology of the American Dream.
Paired together, the films create a resonance between the lyrical and the structural. Baillie turns the screen into a rush of layered visions, a kind of cinematic prayer filled with collisions of memory and myth. Benning does the opposite — he slows everything down, giving the landscape enough time to speak for itself. Both films reveal the American landscape not as empty scenery, but as a kind of crime scene, asking us to look past the postcard view and confront what lies under the surface these ordinary American spaces.
Mass for the Dakota Sioux (Messe pour les Sioux du Dakota)
de Bruce Baillie | 1963-1964 | États-Unis | 20 min | Projection en 16mm
Pierre angulaire de l’avant-garde de la côte ouest, le film de Baillie est une élégie pour un peuple et une terre déchirés par la conquête américaine. S’inspirant librement de la structure de la messe catholique, il oppose le rituel sacré à des scènes de l’expansion urbaine, des manifestations et de la vie quotidienne du milieu du siècle. Les images de Baillie – superposées, surexposées, agitées – créent une sorte de paysage fiévreux où l’histoire n’est pas révolue, mais continue de s’imposer à travers le cadre.
Il en ressort une vision triste et troublée de l’Amérique, construite à partir de fragments qui refusent de s’aligner proprement : voitures, visages, monuments, autoroutes, tambours, prières. Le film ressemble à une cérémonie pour quelque chose qui a été perdu, offerte au sein même de la machine qui l’a détruit.
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A cornerstone of the West Coast avant-garde, Baillie’s film is an elegy for a people and a land taken apart by American expansion. Drawing loosely on the structure of the Catholic Mass, he sets sacred ritual against scenes of mid-century sprawl, protest, and everyday life. Baillie’s images — superimposed, blown-out, restless — create a kind of fevered landscape where history isn’t past but pressing through the frame.
What emerges is a mournful, unsettled vision of America, built from fragments that refuse to line up neatly: cars, faces, monuments, highways, drums, prayers. The film feels like a ceremony for something lost, offered inside the very machinery that destroyed it.
Landscape suicide (Suicide paysager)
de James Benning | 1987 | États-Unis | 1h35 | Vostfr | Projection en 16mm
Si Baillie travaille à partir de l’éruption et la surcharge, Benning sculpte le calme et le silence des paysages. Landscape Suicide suit deux affaires de meurtre sans rapport entre elles, l’une dans la banlieue californienne des années 1980, l’autre dans la campagne du Wisconsin plusieurs décennies plus tôt, mais Benning évite totalement le sensationnalisme. Au contraire, il construit son film à partir de paysages tranquilles, de reconstitutions sobres et du langage neutre des témoignages officiels.
En supprimant tout élément dramatique, Benning place l’environnement lui-même au centre de son propos. Champs vides, parkings, forêts en hiver, rues silencieuses : ces lieux deviennent inquiétants et chargés, non pas à cause de ce qu’ils montrent, mais à cause de ce qu’ils renferment de façon sous-jacente. Le film suggère que la violence n’éclate pas de nulle part, mais qu’elle se développe dans les espaces que nous construisons et les vies que nous normalisons. Landscape Suicide n’explique pas, il observe. Et ce faisant, il révèle une Amérique où la terre se souvient de plus de choses que les gens qui y vivent ne veulent bien l’admettre.
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If Baillie works through eruption and overload, Benning works through stillness. Landscape Suicide follows two unrelated murder cases — one in the suburbs of 1980s California, the other in rural Wisconsin decades earlier — but Benning avoids sensationalism entirely. Instead, he builds the film from quiet landscapes, spare reenactments, and the flat language of official testimony.
By stripping away drama, Benning turns the environment itself into the central element. Empty fields, parking lots, winter forests, silent streets: these places become uneasy and charged, not because of what they show but because of what they quietly contain. The film suggests that violence doesn’t erupt out of nowhere — it grows in the spaces we build and the lives we normalize. Landscape Suicide doesn’t explain; it observes. And in doing so, it reveals an America where the land remembers more than the people living on it care to admit.
DOUBLE VISION
Est un appel et une réponse,
Le cinéma et son écho,
Un phénomène dans lequel l’enregistrement du monde est projeté en retour sur lui-même,
C’est une nouvelle série de projections mensuelles. DOUBLE VISION est proposée dans le cadre d’une double programmation mensuelle qui associe des œuvres cinématographiques radicales, transformatrices et visionnaires à leur propre miroir. Avec des essais critiques, des programmes de films et de vidéos sélectionnés, des cinéastes internationaux invités et des films tirés de l’histoire riche et complexe de l’anthropologie visuelle et du cinéma expérimental, DOUBLE VISION cherche à tracer une ligne d’influence émotionnelle, politique, viscérale et critique entre ce qui est ressenti, ce qui est vu, ce qui est connu et ce qui peut être compris. DOUBLE VISION est présenté avec le soutien du ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS)et en partenariat avec LaFabrique des écritures ethnographiques (FÉE).
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DOUBLE VISION is a call-and-response is cinema and its echo is a phenomenon in which the recording of the world is projected back on itself is a new monthly screening series
DOUBLE VISION is offered in a monthly program that takes radical, transformative and visionary works of cinema and pairs them with their mirror selves. Featuring critical essays, curated film / video programs, visiting international filmmakers and focusing on films drawn from the rich and complicated histor/ies of visual anthropology and experimental cinema, DOUBLE VISION looks to draw an emotional, political, visceral and critical line of influence between what is felt, what is seen, what is known and what can be understood. DOUBLE VISION is presented with the support of ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS)in partnership with La Fabrique des écritures ethnographique (FÉE)
La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste).
Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun.e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu. L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile.
Il est aussi possible de prendre son adhésion en ligne ! Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.
Dans le cadre de CINECOLETIVO : Collectifs de cinéma décoloniaux du 13 au 17 octobre à Marseille
Une proposition d'ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS), en partenariat avec La Baleine, le Mucem, Videodrome 2, Autres Brésils et La Fabrique des écritures ethnographiques (FÉE)
Programme conçu par Claire Lasolle, avec le soutien de ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS) eten partenariat avec La Fabrique des écritures ethnographiques (FÉE)
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Mass for the Dakota Sioux de Bruce Baillie | 1963-1964 | États-Unis | 20 min
Landscape suicide de James Benning | 1987 | États-Unis | 1h35 | Vostfr
Programme conçu par Claire Lasolle et Jeff Silva, avec le soutien de ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS) eten partenariat avec La Fabrique des écritures ethnographiques (FÉE)
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