Jeudi 19 février 2026 · 20h30


Édito

 

 

Cette édition de Double Vision rassemble deux films qui explorent les limites de l’image, en déplaçant le centre d’intérêt de l’œil vers l’oreille. Ici, ce qui compte reste hors champ, exprimé par le son plutôt que par l’image.

There Are No Images fait de ce hors-champ une position éthique. Ici, le manque d’images laisse place à une présence vocale intense, posant la question : si une image disparaît, quoi de la mémoire ? En protégeant le « moment irréductible » du regard, Miguel Peres dos Santos transforme le cinéma en un espace de refuge plutôt qu’en un spectacle.

Expedition Content convoque le contraire : l’archive comme lieu d’une extraction. Alors que l’expédition originale Harvard-Peabody de 1961 avait braqué ses caméras sur une vision masculine du peuple Hubula, centrée sur les hommes et la guerre, Ernst Karel et Veronika Kusumaryati « décadrent » cette histoire. Ils mettent en avant ce qui a été enregistré mais jusque-là exclu : les rires des femmes, les chants des enfants et les remarques cyniques hors caméra des chercheurs eux-mêmes.

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This session of Double Vision brings together two films that work from the margins of the image, shifting the center of gravity from the eye to the ear. Here, what matters remains off-screen, articulated through sound rather than image.

There Are No Images establishes the off-screen as an ethical position. Here, the scarcity of images gives way to a dense vocal presence, posing the question: if an image dies, what happens to memory? By protecting the « irreducible moment » from being shown, Miguel Peres dos Santos transforms cinema into a space of sanctuary rather than spectacle.

Expedition Content engages the inverse problem: the archive as a site of extraction. While the original 1961 Harvard-Peabody Expedition focused its cameras on a masculine vision of the Hubula people centered on men and warfare, Ernst Karel and Veronika Kusumaryati « unframe » this history. They foreground what was recorded but previously excluded: the laughter of women, the songs of children, and the cynical, off-camera remarks of the researchers themselves.

Together, these films propose the off-screen as a sonic site of tension rather than absence. One film protects through withdrawal; the other reveals through listening. Cinema here asks not what can be shown, but what must remain outside the frame.


There Are No Images

de Miguel Peres dos Santos | 2015 | Portugal | 14 min | Vostfr

 

Un père, un fils et un enfant mort engagent un dialogue construit à partir d’un moment. Le film pose une question vertigineuse : si une image meurt, qu’advient-il de la mémoire ? There Are No Images invite à réfléchir sur le lien possible entre image et mémoire, entre image et instant, entre image et mort. Par l’absence et le déplacement, Peres dos Santos érige le hors champ comme position éthique — ce qui ne peut être vu, ne peut être accédé, ou ne devrait pas être rendu visible. Quasi-essai vidéo autobiographique, la rareté des images est comblée par une voix-over dense qui conduit le spectateur à travers une réflexion sur le trauma, les relations père-fils et le rôle que le film peut jouer dans la construction de la mémoire fictionnelle et non-fictionnelle.

A father, a son, and a dead child engage in a dialogue constructed from a moment. The film poses a vertiginous question: if an image dies, what happens to memory? There Are No Images invites reflection on the possible link between image and memory, between image and moment, between image and death. Through absence and displacement, Peres dos Santos establishes the off-screen as an ethical position—what cannot be seen, cannot be accessed, or should not be made visible. A quasi-autobiographical video essay, the scarcity of images is filled with dense voice-over that leads the viewer through a reflection on trauma, father-son relationships, and the role that film can play in the construction of fictional and non-fictional memory.


Expedition Content

de Ernst Karel et Veronika Kusumaryati | 2020 | États-Unis | 1h18 | Vostfr

En 1961, le cinéaste Robert Gardner organise l’expédition Harvard-Peabody en Nouvelle-Guinée néerlandaise (aujourd’hui Papouasie occidentale), financée par le gouvernement colonial néerlandais et des dons privés. Composée de plusieurs des membres les plus riches de la société américaine équipés de camémas 16mm, d’appareils photo, d’enregistreurs à bande et d’un microphone, l’expédition s’installe pendant cinq mois dans la vallée de Baliem, parmi le peuple Hubula (également connu sous le nom de Dani). Elle aboutira au film très influent de Gardner Dead Birds, deux livres de photographies, le livre de Peter Matthiessen Under the Mountain Wall et deux monographies ethnographiques. Michael Rockefeller, membre de la quatrième génération de la famille Rockefeller (Standard Oil), était chargé de prendre des photos et d’enregistrer le son dans et autour du monde Hubula.

Expedition Content est une œuvre sonore augmentée pour le cinéma, composée à partir des 37 heures de bandes de l’archive qui documentent l’étrange rencontre entre l’expédition et le peuple Hubula. L’œuvre réfléchit sur des moments historiques entrelacés et complexes dans le développement des approches de l’anthropologie multimodale, dans la vie des Hubula et de Michael, et dans l’histoire continue du colonialisme en Papouasie occidentale. Dans leur film presque sans images, Karel et Kusumaryati documentent cette étrange rencontre, explorent et renversent les dynamiques de pouvoir entre anthropologue et sujet, entre image et son, et retournent le projet ethnographique sur lui-même.

In 1961, filmmaker Robert Gardner organized the Harvard-Peabody Expedition to Netherlands New Guinea (present-day West Papua), funded by the Dutch colonial government and private donations. Consisting of several of the wealthiest members of American society wielding 16mm film cameras, still photographic cameras, reel-to-reel tape recorders, and a microphone, the expedition settled for five months in the Baliem Valley, among the Hubula (also known as Dani) people. It resulted in Gardner’s highly influential film Dead Birds, two books of photographs, Peter Matthiessen’s book Under the Mountain Wall, and two ethnographic monographs. Michael Rockefeller, a fourth-generation member of the Rockefeller (Standard Oil) family, was tasked with taking pictures and recording sound in and around the Hubula world.

Expedition Content is an augmented sound work for cinema, composed from the archive’s 37 hours of tape which document the strange encounter between the expedition and the Hubula people. The work reflects on intertwined and complex historical moments in the development of approaches to multimodal anthropology, in the lives of the Hubula and of Michael, and in the ongoing history of colonialism in West Papua. In their nearly imageless film, Karel and Kusumaryati document this strange encounter, explore and upend the power dynamics between anthropologist and subject, between image and sound, and turn the ethnographic project on its head.


DOUBLE VISION

Est un appel et une réponse,
Le cinéma et son écho,
Un phénomène dans lequel l’enregistrement du monde est projeté en retour sur lui-même,

C’est une nouvelle série de projections mensuelles. DOUBLE VISION est proposée dans le cadre d’une double programmation mensuelle qui associe des œuvres cinématographiques radicales, transformatrices et visionnaires à leur propre miroir. Avec des essais critiques, des programmes de films et de vidéos sélectionnés, des cinéastes internationaux invités et des films tirés de l’histoire riche et complexe de l’anthropologie visuelle et du cinéma expérimental, DOUBLE VISION cherche à tracer une ligne d’influence émotionnelle, politique, viscérale et critique entre ce qui est ressenti, ce qui est vu, ce qui est connu et ce qui peut être compris. DOUBLE VISION est présenté avec le soutien du ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS) et en partenariat avec La Fabrique des écritures ethnographiques (FÉE).

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DOUBLE VISION
is a call-and-response
is cinema and its echo
is a phenomenon in which the recording of the world is projected back on itself
is a new monthly screening series

DOUBLE VISION is offered in a monthly program that takes radical, transformative and visionary works of cinema and pairs them with their mirror selves. Featuring critical essays, curated film / video programs, visiting international filmmakers and focusing on films drawn from the rich and complicated histor/ies of visual anthropology and experimental cinema, DOUBLE VISION looks to draw an emotional, political, visceral and critical line of influence between what is felt, what is seen, what is known and what can be understood. DOUBLE VISION is presented with the support of ANFAA A*Midex Research Group (AMU/IDEAS)in partnership with La Fabrique des écritures ethnographique (FÉE)


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