Le clair de terre de Guy Gilles et Le F.H.A.R de Carole Roussopoulos sont tournés à la même époque, au tout début des années 70.
On ne pouvait pas s’intéresser à la question du désir sans faire ce détour dans le temps, en pleine période post 68 où les craintes de voir la révolution sexuelle en cours retomber comme un soufflet.
Derrière ce besoin brûlant d’émancipation des désirs, c’est avant tout pour les militants et les artistes la nécessité de se libérer de l’oppression sociale, politique et culturelle qui domine toujours partout en France.
Les cinéastes Guy Gilles et Carole Roussopoulos sont à deux endroits très différents du cinéma. Pour autant, au-delà de là période commune qui les réunit, ils disent, l’un par la puissance intemporelle de la poésie, l’autre par le témoignage du combat militant, comment ces sentiments d’oppression et de domination et le besoin de s’en libéré restent plus que jamais d’actualité.


Le F.H.A.R. (Front homosexuel d’action révolutionnaire)
de Carole Roussopoulos – 1971, France, 26 min

Paris, 1971. Ce film montre des images de la première manifestation homosexuelle à l’intérieur du traditionnel défilé du 1er mai et la discussion qui a lieu, quelques semaines plus tard, à l’Université de Vincennes, dans le cadre d’un séminaire de philosophie. Parmi les militant-e-s du tout nouveau Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, on retrouve la féministe Anne-Marie Fauret et Guy Hocquenghem.
Anne-Marie, exprime la volonté qu’ont les homosexuels français d’adopter une démarche différente de celle des groupes militants homosexuels américains. Aux États-Unis, les homosexuels se cantonnent à des boîtes de nuit-ghettos, à des rencontres sexuelles furtives. Elle appelle les personnes présentes à s’emparer de la rue, à ne pas se cacher. Cette jeune femme s’attaque aux «hétéroflics» puis aux «homoflics» réformistes et à la société bourgeoise qui peine à admettre une homosexualité visible et ouverte. Les phrases sonnent fort «Nous sommes une sorte de contradiction de la société bourgeoise… Les femmes sont élevées pour la procréation, les hommes pour devenir des phallocrates… Avec nous, l’héritage, c’est foutu…». L’écrivain Guy Hocquenghem évoque les rôles sexuels et affirme que les relations sexuelles ne sont pas nécessairement des relations de pouvoir.

“Ce document vidéo d’une grande valeur historique est la référence absolue de la naissance et de la visibilité du mouvement gay et lesbien français qui s’autoproclame homosexuel dans les années 70, des premières réunions du F.H.A.R., et de l’apparition du mouvement de revendication d’identité sexuelle (qui plus est dans un défilé syndical du 1er mai en France).
Ce film est un document fondateur non seulement pour l’histoire et la mémoire du mouvement homosexuel mais aussi dans le cadre de l’émergence d’une pratique de réalisation engagée dont Carole Roussopoulos est la pionnière en laissant la parole à ceux qu’elle filme et en utilisant un matériel vidéo léger.” Nicole Fernandez Ferrer pour newmedia-art.org

« Qu’est-ce que le F.H.A.R ? Le Front homosexuel d’action Révolutionnaire est comme son nom l’indique un lieu de rencontre, de confrontation et d’action, destiné à rassembler tous les homosexuels, hommes et femmes, ayant pris conscience de la nécessité de participer à une transformation révolutionnaire de la société. Le F.H.A.R. combat cette fiction aliénante qu’est la notion de “normalité » Extrait d’un tract du F.H.A.R. en 1972


Le clair de terre
de Guy Gilles – 1970, France, 1h38

Pierre, né en Tunisie, vit dans le marais non loin de son père pied-noir.
Il décide de quitter Paris et de partir pour la Tunisie, de découvrir ce pays natal qu’il ne connaît qu’à partir de photos de famille et de cartes postales.

“Guy Gilles est né à Alger en 1940. A vingt ans, lorsqu’il doit quitter son pays pour la France, c’est une déchirure qui ne cicatrisera jamais complètement. Toute son œuvre est marquée par ce départ et il se dégage de ses films une forte impression de mélancolie, un regard sur le monde conditionné par la perte et le déracinement. D’où son obsession du temps, donc du passé, de son poids mais aussi du réconfort qu’il peut apporter. Les nombreuses photos de familles jaunies qui parsèment ses films sont autant de morceaux de vie arrachés au temps, autant d’images de sa jeunesse algérienne qu’il convoque pour se rassurer. Cette jeunesse algérienne nourrit ses films du regret du temps passé, du regret de l’enfance. Ce déracinement provoque en lui un fort sentiment d’être à l’écart, renforce sa solitude et, ce faisant, conditionne la façon dont il écrit ses personnages, met en scène ses films qui sont l’expression de ce mal être profond. Qui plus est, Guy Gilles est homosexuel, ce qui ne fait que renforcer cet isolement. Si Guy Gilles se reporte sur la Tunisie, il faut dire que c’est par défaut, qu’il se trouve contraint d’abandonner l’idée de tourner Algérie car les autorisations de tourner n’arrivent jamais.

Réalisé en 1970, Le clair de Terre évite la question de la guerre d’Algérie et plus largement des guerres d’indépendance des anciennes colonies. Guy Gilles est parti volontairement d’Algérie et, à contrario de nombreux pieds-noirs, trouve juste que le pays obtienne son indépendance : « Dès l’enfance, j’ai senti l’ambiance méprisable que des élites européennes maintenaient en Algérie. Leur racisme était surtout fait de mépris. Racisme à tous les échelons, les catholiques ne supportaient pas les Juifs, les Européens feignaient de ne pas connaître la situation des Arabes. A quatorze ans, j’ai eu une envie folle, au grand étonnement de mes parents, de quitter le pays. Depuis l’indépendance, je suis retourné en Algérie plusieurs fois. J’ai retrouvé cette impression d’harmonie et de réception totale de la beauté du pays que j’avais éprouvée tout jeune. Donc fatalement nous revenons aux notions de la lutte des classes, plus qu’à un quelconque antagonisme racial. »

Guy Gilles, bien qu’ayant une conscience politique du phénomène de la colonisation, ne souhaite pas traiter ce sujet. Ce qui l’intéresse c’est la sensation de l’exil, c’est évoquer cette faille que porte en lui l’exilé, l’immigré, c’est parler de la douleur du déracinement, de la déchirure. Il ne souhaite pas traiter des raisons qui mènent à l’exil (qui peuvent être politiques, intimes, économiques), mais décrire ce que partagent les exilés. Le clair de Terre n’est donc pas un film politique mais, comme les précédents films de Gilles, un voyage intérieur. Si le film nous emporte à travers la France, nous fait franchir la Méditerranée, nous plonge au cœur de la Tunisie, le vrai voyage que nous effectuons est un voyage dans le monde intérieur de Pierre.

La force de Guy Gilles est de parvenir par le cinéma à nous faire ressentir la manière dont nous percevons intérieurement le monde. Les images surgissent comme les pensées le font perpétuellement dans tous les instants de la vie. C’est notre fonctionnement de l’esprit que l’on voit en image. C’est sans doute pour cela qu’au de là de l’histoire qui se raconte, Le clair de Terre est une expérience cinématographique très proche de celle que l’on peut faire de la vie.

Les images affluent, montage très vif, expérimental, où sons et images se confrontent, où la mise en scène épouse les pensées qui volent, se transforment, crée des ponts entre les souvenirs et les fantasmes, entre la réinvention d’un passé que Pierre n’a pas pu connaître (le mariage de ses parents) et des retours d’images déjà vues dans le temps du film, donc réelles car validées par le film lui-même. Un subtil travail sur le champ et le hors champ du film, qui permet à celui-ci de s’élargir et de dépasser son seul cadre.

Guy Gilles parvient magistralement dans ce film à faire coïncider par le cinéma le passé, le présent, les fantasmes et la réalité.” Olivier Bitoun pour dvdclassik.com

 


La révolution du désir

 

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