Édito

 

 

 

C’est que la montagne a ses idées à elle, ses grandes volontés.
Courbés, infiltrés dans le creux de ses vallées, isolés dans son complot, à l’aune de ses flancs, les films de ce cycle s’attèlent à faire apparaître les Hommes qui travaillent contre la montagne, tout contre.
Il est nécessaire de filmer le travail comme une usure solaire, comme une gloire cruelle. Filmer les habitants qui portent la montagne comme un gilet, simplement, sans que ce soit la faute de personne. Filmer leurs mains usées par le rabotage, la traite et la corde lancée pour attraper les chevaux sauvages ; leurs mains usées par le labour, la moisson. Filmer leurs dos forts, rompus auprès des meules et des cercueils portés sur l’épaule. Filmer leurs rêves qui travaillent avec eux dans les nuits froides. Filmer les menaces qui hantent leurs lignées et pèsent — littéralement — sur le dos des fils, spectres ancestraux dessinant l’exigence d’une généalogie qui se perd, happée par le grondement sourd des villes. Il s’agit finalement de filmer ces pays qui disparaissent et que seul le cinéma peut retenir.
Jacques Feyder, Charlie Chaplin, Peter Nestler, Tolomouch Okeïev, Camille Llobet, Fredi M. Murer, Cyril Schläpfer, Shohei Imamura : leurs films ont en commun d’être loin de toute romantisation ; ils évitent les pièges du pittoresque et du décoratif. Ils sont faits de la poussière des pierriers, des longues neiges et des prières du soir — petites immanences.
Ils recensent, à la juste distance, les sensations perdues et les inscrivent dans le cœur d’enfants — dans Visages d’enfantsLe Ciel de notre enfanceAufsätze, ou encore sur l’éternel visage infantile de Charlot — qui redeviennent alors, au sein de ces terres isolées, le centre du monde.

Olivier Geli

Les séances

 

 

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