Vendredi 23 octobre 2026 · 20h30
Édito du rendez-vous
« Corps troubles, peaux d’argent », c’est un nouveau rendez-vous de cinéma queer-féministe, une invitation à explorer ensemble comment les artistes minorisés peuvent s’emparer des outils du cinéma argentique pour rendre compte de la matérialité de leur existence et proposer d’autres manière de faire.
Parfois, je me demande si les mecs-cis-hétéro blancs et valides savent qu’ils ont un corps. Le leur n’est jamais questionné, il se donne comme un repère neutre et universel. À l’inverse, les meufs, les personnes queer, racisées, ou handis, y sont sans cesse ramené·es, obligé·e de sur-conscientiser leur apparence et leur moindre geste. Nos corps font tâche, dégoûtent ou fascinent. Ce sont des corps-cibles, sur lesquels le pouvoir s’est octroyé un droit de regard et de contrôle. Des corps tantôt confinés dans l’obscurité et le silence, tantôt exposés à une lumière prédatrice et extractiviste par les formes culturelles et médiatiques dominantes. Alors, comment le cinéma DIY, amateur ou expérimental, peut-il les donner à voir autrement que comme de simples objets de regard ? Quelles esthétiques et représentations peut-il offrir à ces corps qui ressentent et vivent en dehors des normes et des assignations ?
Si dans la chair s’inscrivent les interdits et les violences, le corps apparait comme un lieu de transgression et de résistance. Pour les cinéastes minorisés, il est souvent la seule ressource disponible à la création. Leurs oeuvres témoignent ainsi de l’urgence à parler pour soi, depuis les marges et avec les tripes, tandis que nos histoires sont sans cesse récupérées et exploitées par la machine capitaliste. Ce sont des films situés et incarnés, fabriqués dans une autonomie partielle ou totale vis-à-vis de l’industrie cinématographique. Fait de bric et de broc, souvent développés artisanalement dans un laboratoire autogéré ou une salle de bain transformée en chambre noire, ils conservent les traces laissées par les mains qui les ont façonnés.
À l’heure où l’obsolescence de la pellicule argentique n’est plus matière à discussion, où les intelligences artificielles génératives créent des images désincarnées, et où la montée des politiques fascistes réaffirme le contrôle des corps, les courts-métrages regroupés dans ce cycle de programmation nous proposent de reconsidérer l’articulation corps-film dans une démarche à la fois sensorielle et politique.
Malou Six
La séance
Le chant des vagues, l’odeur du sel, la moiteur du sable, le scintillement d’une peau perlée, la caresse d’une éclaboussure, la douceur d’une gouttelette ruisselante… Les milieux aqueux sont une source infinie de sensations et de souvenirs. D’un désir charnel en bord de mer à l’humidité enveloppante de la salle de bain, ils apparaissent comme des espaces tantôt érotiques ou oniriques, tantôt réconfortants ou nostalgiques. L’eau se faufile de toute part, amenant avec elle un sentiment de transformation constante.
Plonger en zones humides, entrevoir les corps au prisme de la liquidité de leur environnement et de leur propre fluidité, quand la matière et les identités s’écoulent en dehors d’elles-mêmes et partent à la dérive, loin des rivages balisés : voilà ce à quoi nous invitent les films regroupés dans cette séance.
Malou Six
Itsy Bitsy Teeny Weeny
de Frances Arpaia | 2017 | États-Unis | 1 min

Un couple de meufs trans passe une journée ensoleillée à la plage.
The Lovers
de Cat C. Haines & Jaye Kovach | 2021 | Canada | 3 min
Tourné-monté avec une bobine super 8, les réalisatrices explorent leur relation T4T et tentent de définir leur identité butch-femme en termes d’esthétique, d’amour et de soin.
sway / pull
de Morgan Sears-Williams | 2022 | Canada | 5 min

La plage de Hanlan’s Point située sur les îles de Toronto a accueilli la première Pride en 1971. Depuis plusieurs années, cette partie de l’île souffre d’une érosion importante. En déplaçant physiquement le sable, la cinéaste réagit à la disparition progressive de ce lieu. Axée sur le caractère éphémère du mouvement et l’action même de faire et de défaire, ce film nous invite à concevoir le temps de façon non linéaire afin de mieux rendre compte de l’histoire queer et de sa temporalité.
Seascape
de Mike Kuchar | 1984 | États-Unis | 10 min [sous réserve]

Un flux rythmé d’images et de sons tisse une atmosphère suspendue dans le temps, entre terre et mère.
100 Boyfriends Mixtape (The Demo)
de Brontez Purnell | 2017 | États-Unis | 8 min [sous réserve]

DeShawn (un anti-héros improbable) raconte sa vie à un ami au téléphone, tout en ajustant son nouveau jean Levi’s, récemment volé chez Macy’s, en le faisant tremper dans sa baignoire.
Push/Pull/Recover
de Terra Long | 2013 | Canada | 3 min

Peint à la main directement sur la pellicule 16mm, ce film nous invite à une méditation sur le mouvement et l’immobilité, rythmée par la respiration.
Gently Down the Stream
de Su Friedrich | 1981 | États-Unis | 11 min

Construit à partir de quatorze rêves tirés du journal de la cinéaste, le texte est gravé directement sur la pellicule, accompagnés d’images de femmes, d’eau, d’animaux et de saintes ; créant des correspondances manifestes et indirectes.
through the bushes and the trees, you’ll find me
de Morgan Sears-Williams | 2024 | Canada | 3 min

À travers le collage de deux fragments de pellicule, le film entremêle les histoires personnelles et politiques de la plage de Hanlan’s Point. Une perforation circulaire au milieu de l’image fait office de peep-hole symbolique, évoquant les lieux de drague de la plage qui invitent tout autant à l’observation qu’à la participation. En situant le désir queer au cœur de la vaste étendue d’eau du Lac Ontario, le film célèbre et interroge les histoires et les espaces queer, faits d’amour et de résistance.
Wash Day
de Kourtney Jackson | 2020 | Canada | 10 min [sous réserve]

Se laver les cheveux et le corps est un rituel intime qui permet de renouer avec son corps et son apparence. Alors qu’elles se préparent pour la journée, trois jeunes femmes évoquent la perception publique de leur identité noire au regard de leurs parcours personnels pour bâtir une solide estime de soi.
Splish Splash
de Frances Arpaia | 2018 | États-Unis | 2 min

Une bande de meufs trans organise une pool party dans les Hamptons.
Informations pratiques
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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.
L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne. Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.
Les séances du rendez-vous


