Mardi 24 novembre 2026 · 19h30
Édito du rendez-vous
« Corps troubles, peaux d’argent », c’est un nouveau rendez-vous de cinéma queer-féministe, une invitation à explorer ensemble comment les artistes minorisés peuvent s’emparer des outils du cinéma argentique pour rendre compte de la matérialité de leur existence et proposer d’autres manière de faire.
Parfois, je me demande si les mecs-cis-hétéro blancs et valides savent qu’ils ont un corps. Le leur n’est jamais questionné, il se donne comme un repère neutre et universel. À l’inverse, les meufs, les personnes queer, racisées, ou handis, y sont sans cesse ramené·es, obligé·e de sur-conscientiser leur apparence et leur moindre geste. Nos corps font tâche, dégoûtent ou fascinent. Ce sont des corps-cibles, sur lesquels le pouvoir s’est octroyé un droit de regard et de contrôle. Des corps tantôt confinés dans l’obscurité et le silence, tantôt exposés à une lumière prédatrice et extractiviste par les formes culturelles et médiatiques dominantes. Alors, comment le cinéma DIY, amateur ou expérimental, peut-il les donner à voir autrement que comme de simples objets de regard ? Quelles esthétiques et représentations peut-il offrir à ces corps qui ressentent et vivent en dehors des normes et des assignations ?
Si dans la chair s’inscrivent les interdits et les violences, le corps apparait comme un lieu de transgression et de résistance. Pour les cinéastes minorisés, il est souvent la seule ressource disponible à la création. Leurs oeuvres témoignent ainsi de l’urgence à parler pour soi, depuis les marges et avec les tripes, tandis que nos histoires sont sans cesse récupérées et exploitées par la machine capitaliste. Ce sont des films situés et incarnés, fabriqués dans une autonomie partielle ou totale vis-à-vis de l’industrie cinématographique. Fait de bric et de broc, souvent développés artisanalement dans un laboratoire autogéré ou une salle de bain transformée en chambre noire, ils conservent les traces laissées par les mains qui les ont façonnés.
À l’heure où l’obsolescence de la pellicule argentique n’est plus matière à discussion, où les intelligences artificielles génératives créent des images désincarnées, et où la montée des politiques fascistes réaffirme le contrôle des corps, les courts-métrages regroupés dans ce cycle de programmation nous proposent de reconsidérer l’articulation corps-film dans une démarche à la fois sensorielle et politique.
Malou Six
La séance
Si croquer dans le fruit défendu est à l’origine du péché, alors cette séance nous invite à organiser de grands festins, à succomber à l’odeur enivrante du saké, à se délecter devant le pétrissage d’une pâte à pain, à savourer la chaire juteuse d’une grenade, à se souvenir des pique-niques improvisés entre amix, et à dégueuler le trop plein qu’on ingurgite… Objets de désir, de dégoût ou de partage, la nourriture y apparaît sous toutes ses formes, faisant tour à tour appel à la sensualité, l’excès ou l’humour pour queeriser notre rapport à ce qu’on mange, et comment on le mange. Et si on remplaçait les repas de famille par des orgies culinaires ? Peut-être pourrait-on alors remonter aux origines de l’expression « c’est un pain ». En attendant, la boulangerie est ouverte !
Malou Six
Solitary Acts #5
de Nazli Dinçel | 2015 | États-Unis | 5 min

Lea cinéaste s’exerce à embrasser devant un miroir. Des souvenirs d’enfance ressurgissent, marqués la surconsommation et des fixations orales, à la fois sexuelles (le baiser) et corporelles (l’alimentation).
Milk and Cream
de Deidre Logue | 2000 | Canada | 1 min

Déconseillé aux personnes intolérentes au lactose, ce film pose la question du désir à travers l’excès et l’abject.
Looking for Jiro
de TT Takemoto | 2011 | États-Unis | 6 min

Jiro Onuma a immigré du Japon aux États-Unis dans les années 1920 à l’âge de 19 ans, et a été emprisonné dans un centre de l’Utah pendant la Seconde Guerre mondiale. Il travaillait à la cantine de la prison et aimait les hommes musclés. Ce projet tente d’imaginer comment il a survécu à l’isolement, à l’ennui, à l’humiliation et à l’hétéronormativité de l’emprisonnement en tant que dandy gay et célibataire de San Francisco.
Erotics of the Kitchen
de Juliana Julieta | 2023 | Portugal | 2 min

Réalisé à partir d’un remploi d’images, ce film entremêle cuisine et pornographie et explore la plasticité de la coupe (de la pellicule et des légumes).
Les corps dansants
de La Fille Renne, Laure Giappiconi, Elisa Monteil | 2019 | France | 6 min

Une ode joyeuse à la sororité, une invitation à prendre le petit dej entre amies.
Let’s go to the Trans Ladies Picnic
de Frances Arpaia | 2015 | États-Unis | 1 min

Brooklyn, New York. Quoi de mieux qu’un pique-nique pour réunir la communauté ?
On the Line
de TT Takemoto | 2018 | États-Unis | 6 min

Inspiré des ouvrières de conserverie d’avant-guerre à San Diego, ce film offre une méditation sur les femmes américaines japonaises qui nettoyaient le thon, travaillaient à la chaîne de montage et développaient des intimités lesbiennes au milieu du saké et des tripes de poisson tandis que les hommes partaient en mer.
Two/Doh
de Michelle Mohabeer | 1996 | Canada | 4 min

Une exploration poétique des espaces publics et privés du désir, et son intersection avec les liens culturels et érotiques entre deux femmes d’origines différentes : Persane-Arménienne et Sri-lankaise.
Informations pratiques
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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.
L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne. Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.
Les séances du rendez-vous



