Mardi 26 mai 2026 · 20h30


Édito

 

 

Cette proposition s’inscrit dans le cheminement des deux volets précédents du cycle de programmation LE VENTRE DE LEUR TERRE, portés à quatre mains au VIDEODROME 2 depuis 2024.

Le premier s’attachait aux gestes agricoles, quand le deuxième marchait dans les pas des chasseurs, eux-mêmes avançant dans le sillage des bêtes.

Le présent volet – LE VERSANT ANIMAL, DÉCENTRER LE REGARD – tend à prolonger cette réflexion en adoptant « le parti pris des animaux ». Cette attention première trame un corpus de formes cinématographiques hétérogènes, à partir duquel se construit un agencement ouvrant un dialogue.
Pour ce faire, nous avons choisi des films à hauteur de museaux, des films tremblants, palpitants et attentifs – vibratoires. Des films qui cherchent à rendre tangible une expérience qui n’est pas exactement la nôtre propre mais celle des animaux non humains. Un cinéma dont l’animalité serait le centre ; non seulement sujets ou objets, les animaux en deviendraient acteurs et personnages principaux, quand ce n’est pas eux qui – par accident à moins que ce ne soit par curiosité – nous offriraient à voir des images inédites.

À l’origine de cette proposition, il y a la rencontre faite une nuit : lorsque l’on balaye le paysage immédiat du faisceau de sa lampe électrique, deux yeux crèvent l’obscurité et nous retournent la lumière que l’on projette sur le monde.
Le moment suspendu où se devine une bête, qui tout aussitôt se dérobe à nos yeux, est au cœur de la réflexion de Jean-Christophe Bailly dans Le Versant animal, dont la pensée irrigue cette programmation.

Le regard caméra – qui toujours interpelle, prend à témoin – d’une chouette, d’un coyote, d’une pieuvre, tisse un réseau de sympathie entre les bêtes et nous.
Cette énigme, celle de l’Apostrophe Muette de ces êtres qui ont le pouvoir saisissant de poser les yeux sur nous, et de voir par delà, est le fil qui chemine dans chacune des propositions de ce volet.
Bailly saisit dans le regard d’un âne chez Caravage ce qu’il nomme la “pensivité” animale. Ce regard aurait pu tout aussi bien être celui de cet autre âne, celui rédempteur chez Robert Bresson (Au Hasard Balthazar), des vaches et des cochons qui, chez Maud Alpi (Gorge Coeur Ventre) sont piégés dans les enfers de l’abattoir, du cheval chez Bela Tarr (Le Cheval de Turin) dont l’œil est filmé au plus près, ou de celui chez Georges Franju (Le Sang des Bêtes) qui, frappé par le pistolet à percussion, s’écroule dans une explosion « lyrique », des singes mis à nu et tenus derrière les grilles chez Wiseman (Zoo), des brebis chez Artavazd Pelechian (Les Saisons) qui, dans cette épopée fantastique, font corps avec les hommes et la nature, du fourmilier géant chez Ana Vaz (Il Fait Nuit en Amérique) qui tourne et retourne à jamais isolé dans sa danse « stéréotypée ». Et tous les autres encore. Car c’est une foule de regards qui se renverse depuis l’autre côté de l’écran, foule des témoins muets d’un monde perdu.

Une proposition de Livia Vesperini & Darjeeling Bouton

SÉANCE I – VENDEMIAIRE / Colchique

Une chouette est une chouette est une chouette…
Cantiques des créatures (et du soleil) par François à Assise
Au Hasard Balthazar ou l’âne rédompteur, la jeune fille et la violence du monde

La première séance de ce cycle chemine parmi les liens, sacrés, mystiques, qui dans l’histoire des hommes les attachent aux bêtes.
Ainsi de la figure antique de la chouette, qui tourne vers nous ses yeux et ouvre ce volet.
Dans ce film-haïku, extrait de son Petit Bestiaire, Chris Marker explore l’intensité singulière du regard du rapace. Les mouvements de l’oiseaux de nuit, appuyés par la bizarrerie de la musique électronique, rythment cette étrange méditation.
Dans le même sens, le prêche aux animaux que fait Saint François d’Assise dans son Cantique aux Créatures, est une manière de dire la communauté sensible et fraternelle qui nous lie au vivant. Il est prétexte pour Miguel Gomes a une exploration formelle, dans ce film ovni structuré en trois séquences, offert comme un retable.
Cette cosmogonie relationnelle trouve son apogée dans le délicat Au Hasard Balthazar de Robert Bresson, à travers la figure expiatoire de l’âne. Bête de somme par excellence, que sa douceur et sa résignation livre à la cruauté des hommes – destin miroir de celui de Marie, jeune fille qui, comme lui, fait l’apprentissage de la douleur du monde.

des films surprises ainsi que :


Cantico Das Criaturas

de Miguel Gomes | 2006 | Portugal, Italie | 24 min


Au hasard Balthazar

de Robert Bresson | 1966 | France, Suède | 1h35

D’après l’oeuvre originale de Fiodor Dostoïevski “L’Idiot” (1868-69)


Informations pratiques

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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste).

Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu. L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile.


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