Édito

 

 

Cette proposition s’inscrit dans le cheminement des deux volets précédents du cycle de programmation LE VENTRE DE LEUR TERRE, portés à quatre mains au VIDEODROME 2 depuis 2024.

Le premier s’attachait aux gestes agricoles, quand le deuxième marchait dans les pas des chasseurs, eux-mêmes avançant dans le sillage des bêtes.

Le présent volet – LE VERSANT ANIMAL, DÉCENTRER LE REGARD – tend à prolonger cette réflexion en adoptant « le parti pris des animaux ». Cette attention première trame un corpus de formes cinématographiques hétérogènes, à partir duquel se construit un agencement ouvrant un dialogue.
Pour ce faire, nous avons choisi des films à hauteur de museaux, des films tremblants, palpitants et attentifs – vibratoires. Des films qui cherchent à rendre tangible une expérience qui n’est pas exactement la nôtre propre mais celle des animaux non humains. Un cinéma dont l’animalité serait le centre ; non seulement sujets ou objets, les animaux en deviendraient acteurs et personnages principaux, quand ce n’est pas eux qui – par accident à moins que ce ne soit par curiosité – nous offriraient à voir des images inédites.

À l’origine de cette proposition, il y a la rencontre faite une nuit : lorsque l’on balaye le paysage immédiat du faisceau de sa lampe électrique, deux yeux crèvent l’obscurité et nous retournent la lumière que l’on projette sur le monde.
Le moment suspendu où se devine une bête, qui tout aussitôt se dérobe à nos yeux, est au cœur de la réflexion de Jean-Christophe Bailly dans Le Versant animal, dont la pensée irrigue cette programmation.

Le regard caméra – qui toujours interpelle, prend à témoin – d’une chouette, d’un coyote, d’une pieuvre, tisse un réseau de sympathie entre les bêtes et nous.
Cette énigme, celle de l’Apostrophe Muette de ces êtres qui ont le pouvoir saisissant de poser les yeux sur nous, et de voir par delà, est le fil qui chemine dans chacune des propositions de ce volet.
Bailly saisit dans le regard d’un âne chez Caravage ce qu’il nomme la “pensivité” animale. Ce regard aurait pu tout aussi bien être celui de cet autre âne, celui rédempteur chez Robert Bresson (Au Hasard Balthazar), des vaches et des cochons qui, chez Maud Alpi (Gorge Coeur Ventre) sont piégés dans les enfers de l’abattoir, du cheval chez Bela Tarr (Le Cheval de Turin) dont l’œil est filmé au plus près, ou de celui chez Georges Franju (Le Sang des Bêtes) qui, frappé par le pistolet à percussion, s’écroule dans une explosion « lyrique », des singes mis à nu et tenus derrière les grilles chez Wiseman (Zoo), des brebis chez Artavazd Pelechian (Les Saisons) qui, dans cette épopée fantastique, font corps avec les hommes et la nature, du fourmilier géant chez Ana Vaz (Il Fait Nuit en Amérique) qui tourne et retourne à jamais isolé dans sa danse « stéréotypée ». Et tous les autres encore. Car c’est une foule de regards qui se renverse depuis l’autre côté de l’écran, foule des témoins muets d’un monde perdu.

Une proposition de Livia Vesperini & Darjeeling Bouton

Toutes les séances du cycle

 


Les séances du deuxième volet

 


Les séances du premier volet

 

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