Jeudi 28 mai 2026 · 20h30
Édito
Cette proposition s’inscrit dans le cheminement des deux volets précédents du cycle de programmation LE VENTRE DE LEUR TERRE, portés à quatre mains au VIDEODROME 2 depuis 2024.
Le premier s’attachait aux gestes agricoles, quand le deuxième marchait dans les pas des chasseurs, eux-mêmes avançant dans le sillage des bêtes.
Le présent volet – LE VERSANT ANIMAL, DÉCENTRER LE REGARD – tend à prolonger cette réflexion en adoptant « le parti pris des animaux ». Cette attention première trame un corpus de formes cinématographiques hétérogènes, à partir duquel se construit un agencement ouvrant un dialogue.
Pour ce faire, nous avons choisi des films à hauteur de museaux, des films tremblants, palpitants et attentifs – vibratoires. Des films qui cherchent à rendre tangible une expérience qui n’est pas exactement la nôtre propre mais celle des animaux non humains. Un cinéma dont l’animalité serait le centre ; non seulement sujets ou objets, les animaux en deviendraient acteurs et personnages principaux, quand ce n’est pas eux qui – par accident à moins que ce ne soit par curiosité – nous offriraient à voir des images inédites.
À l’origine de cette proposition, il y a la rencontre faite une nuit : lorsque l’on balaye le paysage immédiat du faisceau de sa lampe électrique, deux yeux crèvent l’obscurité et nous retournent la lumière que l’on projette sur le monde.
Le moment suspendu où se devine une bête, qui tout aussitôt se dérobe à nos yeux, est au cœur de la réflexion de Jean-Christophe Bailly dans Le Versant animal, dont la pensée irrigue cette programmation.
Le regard caméra – qui toujours interpelle, prend à témoin – d’une chouette, d’un coyote, d’une pieuvre, tisse un réseau de sympathie entre les bêtes et nous.
Cette énigme, celle de l’Apostrophe Muette de ces êtres qui ont le pouvoir saisissant de poser les yeux sur nous, et de voir par delà, est le fil qui chemine dans chacune des propositions de ce volet.
Bailly saisit dans le regard d’un âne chez Caravage ce qu’il nomme la “pensivité” animale. Ce regard aurait pu tout aussi bien être celui de cet autre âne, celui rédempteur chez Robert Bresson (Au Hasard Balthazar), des vaches et des cochons qui, chez Maud Alpi (Gorge Coeur Ventre) sont piégés dans les enfers de l’abattoir, du cheval chez Bela Tarr (Le Cheval de Turin) dont l’œil est filmé au plus près, ou de celui chez Georges Franju (Le Sang des Bêtes) qui, frappé par le pistolet à percussion, s’écroule dans une explosion « lyrique », des singes mis à nu et tenus derrière les grilles chez Wiseman (Zoo), des brebis chez Artavazd Pelechian (Les Saisons) qui, dans cette épopée fantastique, font corps avec les hommes et la nature, du fourmilier géant chez Ana Vaz (Il Fait Nuit en Amérique) qui tourne et retourne à jamais isolé dans sa danse « stéréotypée ». Et tous les autres encore. Car c’est une foule de regards qui se renverse depuis l’autre côté de l’écran, foule des témoins muets d’un monde perdu.
Une proposition de Livia Vesperini & Darjeeling Bouton
SÉANCE III – FRIMAIRE / Mandragore
Cinema, sensations et devenir animal
Images-temps, images-mouvement : visions de l’animal locomotion
Animal macula, réseau tentaculaire et sinueux des bêtes métamorphosées
La séance de clôture épouse le mouvement des Films Chronophotographiques d’Etienne-Jules Marey. Construite autour du motif de la boucle, de la ronde, elle est faite de gestes de collecte.
Des caméras de capture, disposées pour permettre l’observation de la faune, il arrive que les animaux s’emparent. De ces interactions incongrues nous parviennent des images, que l’artiste Emilio Vavarella a prit soin de chercher et de monter.
Ces images, celles compilées et montées pour Animal Cinema, sorte de “selfies” et POV d’animaux curieux ou circonspects, nous emporte au grès du mouvement des pieuvres, des ours, des singes et des aigles.
Un film-inventaire vient clore cette proposition. Dans Animal Macula – guidé lui aussi par la notion de regard, la macula étant une partie de la rétine située dans le fond de l’oeil dans l’axe de la pupille – Sylvain L’Espérance s’est livré à une tentative d’épuisement. Fruit d’une quête d’archéologie filmique, qui explore 125 ans d’histoire, le film est un assemblage pensé pour éclairer, à travers la matière cinéma, le rapport de l’homme aux animaux.

Des films surprises ainsi que :
Animal Cinema
de Emilio Vavarella | 2017 | Italie | 13 min

Animal Macula
de Sylvain L’Espérance | 2021 | Québec | 1h22

Informations pratiques
Rejoindre l’événement Facebook
La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste).
Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu. L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile.
Toutes les séances du cycle


