Édito
C’est que la montagne a ses idées à elle, ses grandes volontés.
Courbés, infiltrés dans le creux de ses vallées, isolés dans son complot, à l’aune de ses flancs, les films de ce cycle s’attèlent à faire apparaître les Hommes qui travaillent contre la montagne, tout contre.
Il est nécessaire de filmer le travail comme une usure solaire, comme une gloire cruelle. Filmer les habitants qui portent la montagne comme un gilet, simplement, sans que ce soit la faute de personne. Filmer leurs mains usées par le rabotage, la traite et la corde lancée pour attraper les chevaux sauvages ; leurs mains usées par le labour, la moisson. Filmer leurs dos forts, rompus auprès des meules et des cercueils portés sur l’épaule. Filmer leurs rêves qui travaillent avec eux dans les nuits froides. Filmer les menaces qui hantent leurs lignées et pèsent — littéralement — sur le dos des fils, spectres ancestraux dessinant l’exigence d’une généalogie qui se perd, happée par le grondement sourd des villes. Il s’agit finalement de filmer ces pays qui disparaissent et que seul le cinéma peut retenir.
Jacques Feyder, Charlie Chaplin, Peter Nestler, Tolomouch Okeïev, Camille Llobet, Fredi M. Murer, Cyril Schläpfer, Shohei Imamura : leurs films ont en commun d’être loin de toute romantisation ; ils évitent les pièges du pittoresque et du décoratif. Ils sont faits de la poussière des pierriers, des longues neiges et des prières du soir — petites immanences.
Ils recensent, à la juste distance, les sensations perdues et les inscrivent dans le cœur d’enfants — dans Visages d’enfants, Le Ciel de notre enfance, Aufsätze, ou encore sur l’éternel visage infantile de Charlot — qui redeviennent alors, au sein de ces terres isolées, le centre du monde.
Olivier Geli
Pacheû
de Camille Llobet | 2023 | France | 1h00

Essai documentaire sur le massif du Mont-Blanc réalisé en collaboration avec des guides de haute montagne et des géomorphologues dans un contexte de changement climatique brutal : fonte des glaciers, dégel du permafrost, augmentation des éboulements rocheux. Trois « dialogues – lectures de terrain » associés aux images de gestes et de corps composent des récits sensibles et subjectifs. Les tournages ont été pensés en termes de sensations visuelles, sonores, tactiles et kinesthésiques pour proposer de nouveaux modes d’appréhension de la haute montagne.
« Le massif du Mont-Blanc, ses glaciers, ses murs. Un paysage connu ? Mais qu’est-ce qu’un paysage ? Peut-être avant tout un regard, une expérience des corps, un savoir, et des mots. En trois chapitres et en trois lieux, trois moments de « dialogues – lectures de terrain » se succèdent. Prenant le parti de faire advenir la parole depuis cette haute montagne, Camille Llobet fait ainsi dialoguer les savoirs informés et orientés d’un géomorphologue et de guides de haute montagne pour interroger les perceptions sensibles, pour dire ici la singularité d’un passage, là d’une texture, là le dégel du permafrost. Des corps aux mots,des images aux sons, nous voici moins devant qu’avec et dans le paysage. Un paysage complexe et fragile, en mutation, qu’elle s’emploie à filmer méticuleusement comme un corps organique, grondant. Scrutant les surfaces, à l’écoute d’échos, attentives aux moindres traces – ce que signifie le titre. De magnifiques plans déploient un regard pris entre la beauté des pentes de neige ou de la masse minérale brute, leur présence tactile, vibrante, et les soubresauts d’une transformation aux manifestations brutales dues au changement climatique. Craquements de la roche, fonte à contretemps… Ces bouleversements soudains remettent en cause les connaissances acquises, exigent une nouvelle forme d’attention et d’écoute à ce milieu en mutation pour en lire les signes. Attention et écoute auxquelles Camille Llobet nous invite. »
Nicolas Feodoroff – FIDMarseille
Informations pratiques
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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.
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