Édito
C’est que la montagne a ses idées à elle, ses grandes volontés.
Courbés, infiltrés dans le creux de ses vallées, isolés dans son complot, à l’aune de ses flancs, les films de ce cycle s’attèlent à faire apparaître les Hommes qui travaillent contre la montagne, tout contre.
Il est nécessaire de filmer le travail comme une usure solaire, comme une gloire cruelle. Filmer les habitants qui portent la montagne comme un gilet, simplement, sans que ce soit la faute de personne. Filmer leurs mains usées par le rabotage, la traite et la corde lancée pour attraper les chevaux sauvages ; leurs mains usées par le labour, la moisson. Filmer leurs dos forts, rompus auprès des meules et des cercueils portés sur l’épaule. Filmer leurs rêves qui travaillent avec eux dans les nuits froides. Filmer les menaces qui hantent leurs lignées et pèsent — littéralement — sur le dos des fils, spectres ancestraux dessinant l’exigence d’une généalogie qui se perd, happée par le grondement sourd des villes. Il s’agit finalement de filmer ces pays qui disparaissent et que seul le cinéma peut retenir.
Jacques Feyder, Charlie Chaplin, Peter Nestler, Tolomouch Okeïev, Camille Llobet, Fredi M. Murer, Cyril Schläpfer, Shohei Imamura : leurs films ont en commun d’être loin de toute romantisation ; ils évitent les pièges du pittoresque et du décoratif. Ils sont faits de la poussière des pierriers, des longues neiges et des prières du soir — petites immanences.
Ils recensent, à la juste distance, les sensations perdues et les inscrivent dans le cœur d’enfants — dans Visages d’enfants, Le Ciel de notre enfance, Aufsätze, ou encore sur l’éternel visage infantile de Charlot — qui redeviennent alors, au sein de ces terres isolées, le centre du monde.
Olivier Geli
Ce n’est pas notre faute si nous sommes des montagnards

« Un « film en trois mouvements avec des Uranais ». Le premier mouvement témoigne de l’industrialisation du village de Göschenen et de toute la vallée de Göscheneralp depuis le percement du tunnel du Saint-Gothard et la construction du barrage. Le second mouvement présente la vallée de montagne du Schächental. Bien que lieu de passage et de tourisme, elle reste fidèle à l’exploitation familiale de la ferme et des alpages. Enfin, le dernier mouvement nous mène dans une troisième vallée, celle du Maderanertal et de son chef-lieu, Bristen où les formes de vie traditionnelles ne persistent que par la volonté de ses habitants à sauvegarder une solidarité par le biais d’une coopérative paysanne. La partition du film en trois mouvements est à comprendre littéralement et musicalement; impliquant à la fois contenu et forme. Le titre et les sous-titres sont des citations de paysans de montagne. Eux, les montagnards, sont au centre du film et ce sont eux, exclusivement, qui ont la parole. Le film transmet donc des matériaux bruts, des informations de première source. »
Fredi M.Murer
Informations pratiques
Rejoindre l’évènement Facebook
La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.
L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne ! Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.
Les séances






