Mardi 10 mars 2026 · 20h45


Édito

 

C’est que la montagne a ses idées à elle, ses grandes volontés.
Courbés, infiltrés dans le creux de ses vallées, isolés dans son complot, à l’aune de ses flancs, les films de ce cycle s’attèlent à faire apparaître les Hommes qui travaillent contre la montagne, tout contre.
Il est nécessaire de filmer le travail comme une usure solaire, comme une gloire cruelle. Filmer les habitants qui portent la montagne comme un gilet, simplement, sans que ce soit la faute de personne. Filmer leurs mains usées par le rabotage, la traite et la corde lancée pour attraper les chevaux sauvages ; leurs mains usées par le labour, la moisson. Filmer leurs dos forts, rompus auprès des meules et des cercueils portés sur l’épaule. Filmer leurs rêves qui travaillent avec eux dans les nuits froides. Filmer les menaces qui hantent leurs lignées et pèsent — littéralement — sur le dos des fils, spectres ancestraux dessinant l’exigence d’une généalogie qui se perd, happée par le grondement sourd des villes. Il s’agit finalement de filmer ces pays qui disparaissent et que seul le cinéma peut retenir.
Jacques Feyder, Charlie Chaplin, Peter Nestler, Tolomouch Okeïev, Camille Llobet, Fredi M. Murer, Cyril Schläpfer, Shohei Imamura : leurs films ont en commun d’être loin de toute romantisation ; ils évitent les pièges du pittoresque et du décoratif. Ils sont faits de la poussière des pierriers, des longues neiges et des prières du soir — petites immanences.
Ils recensent, à la juste distance, les sensations perdues et les inscrivent dans le cœur d’enfants — dans Visages d’enfantsLe Ciel de notre enfanceAufsätze, ou encore sur l’éternel visage infantile de Charlot — qui redeviennent alors, au sein de ces terres isolées, le centre du monde.

Olivier Geli

Aufsätze

de Peter Nestler | 1963 | République fédérale d’Allemagne | 10 min | Vostfr

Dans l’école d’un village montagnard du canton de Berne, Peter Nestler filme les élèves qui racontent leur quotidien. Jugeant ce patois incompréhensible, les diffuseurs de télévision allemands rejetteront le court métrage.


Visages d’enfants

de Jacques Feyder | 1925 | Suisse, France | 1h57

Dans un village de montagne du Haut-Valais, un homme vient de perdre son épouse et reste seul avec ses deux enfants, Jean et Pierrette, âgés de dix et cinq ans. Rapidement, il se remarie avec une veuve du village, elle-même mère d’une petite Arlette. Averti tardivement et toujours sous le choc de la disparition de sa mère, Jean n’accepte pas l’autorité de sa belle-mère et voit sa fille Arlette comme une intruse.

« Ce qui frappe aujourd’hui encore dans Visages d’enfants, c’est la modernité d’un regard aigu, dénué de toute sensiblerie, sur l’enfance malheureuse. Feyder tranche radicalement sur la mode de l’époque, friande de comédies ou de mélodrames d’enfants. Il ose raconter une histoire plutôt sombre sans alibi littéraire, sans relief comique. Pour ce faire, il a un atout de (petite) taille : Jean Forest, véritable gamin de Montmartre, qui séduit par son naturel et sa sensibilité à fleur de peau. […] Film intimiste, Visages d’enfants est un des chefs-d’œuvre du cinéma touchant au monde de l’enfance. »

Lenny Borger, « Notes sur Visages d’enfants », Jacques Feyder, Hors-série n° 1895, 1998

Informations pratiques

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Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.

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