Édito
On s’est souvent dit que voir un bon film dans une salle noire ressemblait à la traversée d’une nuit d’ivresse.
La distorsion du temps, des proportions, le montage onirique ou cauchemardesque. Et puis, au matin, le bingo de la réalité au petit jour, planté·es sur son siège, hébété·es et ébloui·es.
Nous restent des visages, des gestes, des ambiances, des paroles.
C’est depuis là qu’on repart à tâtons : de ce montage trouble entre voir et boire.
Au cours de ce cycle, on ramera ensemble au milieu des images, des sons, des paroles et des corps. Et l’on verra que boire n’est pas un geste neutre.
Une même scène ne veut jamais dire la même chose selon qui l’incarne.
Il n’existe pas d’ivresse hors du regard — celui qu’on a intégré, celui qu’on projette.
Il n’existe pas de corps qui boit sans être lu, interprété.
Voir le boire, c’est penser ce système de regard.
Un système politique qui fabrique des récits, des hontes, des légitimités.
Dans ce déséquilibre, on a cherché d’autres images et d’autres lectures possibles.
Très peu de films ont été faits depuis ces places-là — femmes cis, personnes queer — pour se raconter autrement.
Alors ici, on tente quelques coups.
Ça tourne —mais toujours dans un champ de forces, pas tout à fait librement : dans les corps, dans les genres, dans les façons de voir.
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