“J’aimerai beaucoup que les gens rêvent un peu à partir de ce que je leur raconte… J’aimerai simplement qu’ils soient un petit peu plus heureux en sortant du cinéma qu’ils ne l’étaient en entrant… Ou un peu plus alertes, plus drôles, ou plus tristes aussi. Un petit peu plus quelque chose… Voilà”  ALAIN TANNER

 

Pour la première soirée de ce cycle, nous ouvrons le bal avec Piccadilly la nuit d’Alain Tanner et Claude Goretta suivi de Charles mort ou vif, premier long métrage de fiction de Tanner et récompensé par le Léopard d’Or au Festival international du film de Locarno.

 

Piccadilly la nuit (Nice Time)
d’Alain Tanner et Claude Goretta – 1957, Royaume-Uni, 19 min

 

Dans les grandes villes, la recherche du plaisir et du divertissement entraîne les gens vers des lieux où sont concentrées toutes les distractions qui répondent à leurs besoins. A Londres, ce phénomène est particulièrement marqué, car le quartier animé est géographiquement délimité: il se restreint à Piccadilly Circus et à quelques rues adjacentes. Nice time est une série d’impressions sur la vie le samedi soir. Les réalisateurs voulaient représenter et mettre en scène la nuit dans la ville. Jean Vigo appelle cela adopter un «point de vue documenté». (swissfilm.ch)

Piccadilly la nuit est un court-métrage fascinant, tourbillonnant, tourné en 25 samedis soirs et en 16mm, le film est monté pendant plusieurs mois car les plans sont innombrables : Tanner et Goretta utilisèrent plus de deux kilomètres de pellicules. La bande son est un mélange audacieux de bruits en tout genre, de sons péchés parmi les bruits de la ville, de musiques de l’époque et d’extraits de dialogues cinématographiques. Film par excellence du Free Cinema, Nice Time présente une Londres dans toute sa splendeur, au milieu d’une nuit où la recherche du plaisir s’entremêle à la présence constante de l’ordre.

 

ALAIN TANNER ET LONDRES : “Après mes études, je suis allé à Londres, pour voir ce qui s’y passait et j’y suis resté de 1955 à 1958. A la cinémathèque de Londres, j’ai fait la connaissance de gens, qui y travaillaient. Parlant le français et l’italien, j’ai fait des sous-titrages de films italiens en anglais. J’ai fait ainsi le sous-titrage de Ossessione et de La Terre tremble de Visconti… Ensuite, j’ai tourné un premier court-métrage avec Claude Goretta, que j’avais fait venir à Londres. Je le connaissais parce que nous nous étions occupés du ciné-club universitaire à Genève. Après ce premier court métrage, il est rentré en Suisse parce que la télévision démarrait. Je suis resté une année de plus, à la BBC au service documentaire. Leurs films m’intéressaient pour des raisons politiques essentiellement. On était en relation avec le mouvement Free Cinema, un mouvement concernant aussi la littérature, le théâtre. C’était l’éclatement de toute cette gauche culturelle anglaise. Le début du mouvement date de 1955 à peu près. Ce milieu là était extrêmement dynamique, inventif, créateur, politique au sens large. Un mouvement très virulent contre l’establishment britannique. Je suis parti de Londres parce que j’ai dû prendre une décision. La BBC voulait que je devienne réalisateur. Les syndicats s’y sont opposés et mon permis de travail m’a été refusé. Je devais choisir entre rester une année de plus et devenir résident permanent – devenir british – ou partir de suite. Je suis parti parce que je me rendais compte qu’on ne change pas de culture comme de chemise…” A.T. 

 

Charles mort ou vif
d’Alain Tanner – 1970, Suisse, 1h33 min

La petite mais prospère entreprise familiale Dé fête son centième anniversaire. Symbole de la Suisse, juste et éternelle, la réussite de cette fabrique de pièces de montre amène la télévision nationale à s’intéresser à la carrière de son patron : Charles Dé, industriel d’une cinquantaine d’années. Lors du discours récité par un jeune ouvrier au cours de la cérémonie commémorative, il semble pris de “malaise”. L’interview, qu’il accorde peu après à un reporter de la télévision, manque singulièrement d’enthousiasme et mécontente son fils, Pierre, un futur homme d’affaires qui se prépare à prendre la relève. Germaine, l’épouse de Charles, semble très détachée des problèmes de son mari. Seule sa fille Marianne, étudiante contestataire, a encore quelques contacts avec lui. Un second reportage, et Charles Dé craque, rompt avec la vie qu’il mène et se réfugie dans un hôtel. Un peu plus tard, dans un restaurant, il rencontre un jeune couple avec lequel il se lie d’amitié ; Paul et Adeline, qui mènent une vie de bohème dans leur petite maison de banlieue. Charles, accepte de s’installer chez eux…

Charles mort ou vif est le premier long métrage de fiction d’Alain Tanner. Il s’y révèle un digne héritier de la Nouvelle Vague : décor réel et prise de son direct. Le film est réalisé en 1969 et fait sienne l’idéologie de Mai 68 car un véritable vent révolutionnaire souffle sur ce film où plus précisément sur Charles Dé. (cineclubdecaen.com)

 

Extrait d’une interview d’Alain Tanner :

Limelight : Comment s’est bâti le scénario de Charles mort ou vif dans le contexte de mai 68 ?

A. T. : A ce moment-là, j’avais trente-huit ans. J’avais peut-être un peu de recul par rapport aux étudiants. J’ai bien vu que Mai 68 n’était pas uniquement un événement politique, mais plutôt un immense happening. Les étudiants jouaient à la Commune de Paris pour la dernière fois de leur vie. Il y’avait de l’invention, des graffitis géniaux ; les gens à la recherche de Gauloises dans les tabacs, c’était ça le plus dramatique… A la Sorbonne ou à l’Odéon, n’importe qui pouvait parler, c’était un théâtre permanent, jour et nuit. Il y’avait des petits vieux, des vieux anars qui n’avaient pas parlé depuis cinquante ans. Le rapport des générations m’avait amusé.

Limelight : Charles mort ou vif, c’est non pas un jeune père qui se révolte mais un père…

A. T. : Pour ce rôle, je voulais absolument avoir François Simon. Son âge a contribué à faire du révolté, un homme de la génération d’en dessus. C’était amusant d’inverser un peu les rôles… Après j’ai tout de suite mis en route le projet de La Salamandre, que j’ai tourné en 1970.

 

 


Le cinéma d’Alain Tanner,
un jeune homme en colère

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