Présenté dans le cadre du Festival Cinéma du réel 2017 à Paris, des États Généraux du film documentaire 2017 à Lussas, Je ne me souviens de rien de Diane Sara Bouzgarrou est un objet singulier, un ovni qui mérite qu’on s’y attarde. « Diane Sara Bouzgarrou dresse par l’image, le son et le texte, un imposant répertoire des soubresauts de la maniaco-dépression » (Nicolas Bole). Nous sommes heureux de présenter cet geste cinématographique hors-pair né de la nécessité, en présence de la réalisatrice, Diane Sara Bouzgarrou dans le cadre de ce 17ème des Primeurs du Blog documentaire.


Je ne me souviens de rien
de Diane Sara Bouzgarrou – 2017, France, 59 min,
Avec le soutien d’ARTE Actions Culturelles

Décembre 2010 : la révolution éclate en Tunisie, le pays de mon père. Les cris de fureur du peuple tunisien rejoignent d’une étrange manière l’agitation intérieure qui grandit en moi depuis quelques semaines. Traversant au même moment un épisode maniaco-dépressif d’une grande intensité, je suis diagnostiquée bipolaire et entre en clinique psychiatrique. Au sortir de cette longue dépression, je n’ai presque aucun souvenir de ce moment de vie. Me restent des dizaines d’heures de rushes, des centaines de photos, deux carnets remplis d’écrits, de collages, de dessins, précieuses traces palliant à mon amnésie. Plus de quatre ans après, ces quelques mois de ma vie restent encore inaccessibles à ma mémoire. Le projet de ce film : la reconstituer et tenter de montrer la réalité de cette maladie.

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RÉTABLIR LE REGARD

« À la fois française et tunisienne de corps et de sang », Diane Sara Bouzgarrou est « bi»: « biculturelle, bisexuelle.» Et bipolaire. Sur cette irrémédiable fracture, à partir de morceaux épars, Je ne me souviens de rien envisage de recoudre dans la trame du récit le « fil de soi », fragile et toujours incertain. Les crises maniaques que la réalisatrice a traversées durant près de deux ans ont provoqué des pertes de mémoire définitives. Pour pallier l’oubli, sa caméra a enregistré au jour le jour ce qui n’est plus disponible à son souvenir. Aujourd’hui, son geste de cinéma convoque la dimension cathartique de l’écriture de soi. Il naît aussi du besoin de témoigner d’une pathologie difficile à appréhender. Les personnes qui en souffrent vivent leurs émotions à des niveaux d’intensité tels qu’elles peuvent mettre en danger leurs relations aux autres et au monde. Souvent suspectées d’exagérer leurs états, la détresse dans laquelle elles sont plongées n’est pas toujours identifiée. Du spectateur, ce film viscéral exige moins une empathie qu’une forme de résistance, nécessaire à Diane Bouzgarrou et à son entourage pour dépasser une condition sine qua non : être soi et malade. 

La facture de son film, sciemment urgente, hétérogène et déréglée jusqu’à l’excès, place le spectateur dans une situation d’inconfort. À l’égal de l’intensité destructrice de ses affects, le montage, cut et abrupt, témoigne de la perturbation du rapport de « Diane » à ce qui l’entoure. La caméra tressaille, un diaporama défile à toute berzingue, une musique exaltée s’ajoute jusqu’à saturation. L’on pourrait trop vite surligner l’artificialité de cette abondance d’effets. En sus, la « Diane » que nous découvrons parle vite, fort, prend toute la place, crève l’écran. Coûte que coûte, Diane Sara Bouzgarrou choisit de malmener les perceptions du spectateur pour être au plus près de sa réalité et rendre intelligible ses symptômes. La forme sensible du film nous communique un état de vulnérabilité permanente.

(…)

Claire Lasolle

 


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