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Le 30 septembre 1965, six généraux de l’armée indonésienne sont tués lors d’une tentative de coup d’état. Sans aucune preuve de son implication, le président Suharto désigne le Parti communiste indonésien (PKI) comme commanditaire de ce putsch avorté. Au cours des six mois qui suivront, entre 500 000 et un million de « communistes » seront massacrés par des mercenaires payés par l’état, donnant lieu au génocide le plus sanglant de l’histoire de l’Indonésie. Les tortionnaires, protégés par le gouvernement, n’ont jamais été inquiétés et sont encore célébrés tous les 30 septembre. Dans The Act of killing (sorti en 2013, NdlR), Joshua Oppenheimer a filmé les auteurs de ces massacres, leur a longuement donné la parole et a accepté de tourner un film qui remet en scène leurs crimes. Un projet « surréaliste et effrayant », selon Werner Herzog, qui méritait quelques explications.

Joshua Oppenheimer : Dans un premier temps, j’avais essayé de tourner un documentaire au sein de la communauté des survivants mais à chaque fois que j’arrivais avec ma caméra, j’étais arrêté par la police qui les surveillait jour et nuit. Au cours des décennies qui ont suivi les massacres, les familles des victimes étaient toujours considérées comme « impures » (« unclean »), on leur interdisait l’accès aux postes de fonctionnaires, à l’école publique, il leur fallait une autorisation pour se marier, ils étaient systématiquement enrôlés pour des métiers non qualifiés et très pénibles, souvent dans l’armée. Chaque fois qu’on a voulu les filmer pour dénoncer ce régime de peur qu’ils continuent de subir, le tournage était interrompu par des militaires.

On s’est donc tourné vers les organisations humanitaires et les associations de victimes pour savoir si on devait abandonner notre projet de documentaire. Toutes nous ont encouragés à continuer pour raconter ce qui s’est passé en 1965 et comment les Indonésiens eux-mêmes subissaient cette oppression fondée sur la célébration du génocide. Une des survivantes m’a conseillé de plutôt filmer les bourreaux car c’était la seule façon de ne pas être inquiété par les autorités. Elle m’a même proposé de commencer par son voisin, qui était l’homme qui avait tué et torturé sa tante et qui s’en vantait dans tout le quartier.

J’ai donc rencontré ce premier tortionnaire qui était en effet très fier de me raconter ces crimes qu’il me racontait aux côtés de sa petite fille de 10 ans qui n’avait pas l’air surprise du tout tant elle devait avoir entendu ces histoires de nombreuses fois. J’étais abasourdi par ce qu’il me racontait et je me suis demandé quel souvenir cet homme voulait laisser à ses proches, à la postérité.

Cette scène sur le toit est la première tournée avec Anwar, qui est lui-même le 41e criminel que je filmais. Avant cette scène, j’avais donc passé deux ans à filmer des criminels. Anwar était comme les autres, il m’a emmené de son plein gré sur les lieux de ses crimes et semblait n’éprouver aucun remords. Les pas de danse qu’il improvise à l’endroit où il a assassiné un millier de personnes sont la preuve de l’impunité dont il continue de jouir. D’un autre côté, et pour la première fois, je sentais chez cet homme une douleur inédite, très près de la surface. Il est incapable de s’exonérer de ses crimes, il est trop honnête pour nier leur gravité.

En le voyant ainsi sur cette terrasse, j’ai compris que mon film avait un sens et le tournage a duré cinq années supplémentaires à partir de ce moment. Anwar explique qu’il est un bon danseur parce qu’il a bu et pris des drogues pour oublier ses crimes. Sa conscience, son trauma, sa douleur, sont présents dès ce premier jour de tournage. J’ai senti, à l’unisson avec toute mon équipe de tournage indonésienne, qu’Anwar était enfin la bonne personne, celle qui allait servir de colonne vertébrale au film. Cette scène inaugurale contient le paradoxe du film : ces pas de danse, qui renvoient à la célébration d’un génocide, qui semblent être le symptôme de l’impunité du bourreau et de son absence de remords sont en réalité le symptôme de son humanité.

(extrait de “The act of Killing”, trois extraits commentés par son réalisateur Joshua Oppenheimer, Jérémie Couston, 2013, Télérama)

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