“J’ai commencé un documentaire en 2001. J’ai changé 3 ou 4 fois de sujets (la lutte, le soi, l’amour, le commun, les autres), j’ai cessé et repris, cela a duré 9 ans. En 2010, je me suis dit que projeter un ensemble de séquences hétéroclites en le complétant par le récit parlé en direct depuis la salle des comment et pourquoi ne pas terminer, était un moyen de faire un film. Je l’ai intitulé J’ai mis 9 ans à ne pas terminer. ”

Une projection performée qui rend compte du parcours de Frédéric Danos dans sa volonté, sa recherche (et ses velléités) de faire un film documentaire à visée sociale et politique : touchant, drôle, perspicace et rusé, c’est un projet qui s’empare pas à pas de tous les écueils que peut rencontrer tout  réalisateur tout en recomposant l’ensemble des couches qui font du sujet un gâteau à la recette bien compliquée.


J’ai pendant 9 ans fait un documentaire comme Achille chasse une tortue, en divisant toujours la moitié qu’il reste par deux : le travail, l’argent, la question, l’amour, la traçabilité. C’est aujourd’hui un film qui n’est pas terminé, ne le sera pas, avec “je” en pivot narratif. C’est une pratique de mon impossibilité à fixer quelque chose et à me fixer dans quelque chose. La projection d’un film qui nécessite ma présence” (Frédéric Danos).

“La forme rappelle celle du film conférence, proche des performances de Jean-Marc Chapoulie, ironique et grave. Désireux au départ de réaliser un film documentaire d’inspiration sociale et politique, questionnant les paradoxe d’un conflit ouvrier, il prend conscience de l’imprécision de sa position, s’interroge sur ses motifs profonds, revient sur la question de la communauté à travers la place de la famille et la ressemblance avec le père. Le documentaire devient un journal filmé, relatant joies et crises sentimentales, dans des saynètes aux styles parfois très différents.”
extrait du livre, Le film et son double – Boniment, ventriloquie, performativité, Erik Bullot, les presses du réel, 2017

J’ai mis 9 ans à ne pas terminer
Film Performance de Frédéroic Danos – 2001-2010, 65 min

extrait de La famille en mouvement et le loup des causses, article de Paul-Emmanuel Odin paru dans FLARE, magazine du Photoforum Pasquart, novembre 2017

“N’y a-t-il pas alors, au-delà de cette famille-société, le poids d’une articulation à déplier dans sa discontinuité essentielle : nous voulons parler de la famille comme lieu de la génération et de l’ordre qu’elle impose, avec cette coupure entre le père et le fils par exemple. Nous aborderons justement certaines séquences du film de Frédéric Danos J’ai mis 9 ans à ne pas terminer. Certes, il y a eu des projections avec prises de parole de l’auteur en direct entre les séquences. Mais le film de Frédéric Danos, J’ai mis 9 ans à ne pas terminer, a surtout la particularité d’avoir été diffusé sur internet en séance individuelle du 20 juin 2016 au 21 juin 2017 depuis le site internet 9ans.com. Là où le cinéma descendant des frères Lumières s’est construit sur le modèle de la grande salle obscure et de son expérience collective, Danos s’inscrit sur une autre ligne, celle de l’expérience individuelle (le kinétoscope d’Edison était une visionneuse individuelle dans une boite, et à ce titre la vidéo et plus encore l’ordinateur, sont les descendants du kinétoscope). À chaque rendez-vous, Danos appelle le spectateur au téléphone, et c’est pendant le dialogue qu’il lance une à une les vidéos de son film en ligne (pour une durée de séance ordinaire d’une heure et demi). En fait, si l’on résume ce qui se passe, internet + téléphone = cinéma. Je m’arrêterais alors plus particulièrement sur les séquences familiales. Le film a été initié avec un désir de réalisation documentaire. Danos se pose la question de ce que deviennent les travailleurs après un plan social à partir d’un exemple au nord des Ardennes… Et alors que la question de l’appartenance, du travailler ensemble le taraude, il en vient à se mettre en scène depuis un fait troublant et obsédant, celui de sa ressemblance à son père, dont il porte chemises, pantalons et vestes. S’interroger sur soi en tant qu’un autre depuis cette ressemblance lui permet d’être à la fois objet et sujet. Et dans cette réciprocité de trouver une légitimité en soi pour parler de soi. Et de pouvoir dire d’une façon faussement naïve, mais avec une provocation pleine de charme : « je suis mon père ». Danos se sent comme lui et ne veut pas être comme lui. Il dit : « Si je suis pas lui, qui je suis ?». Cette introjection du père dans son apparence même, dans son corps, lui fait retrouver la dimension du champ du travail qui était au départ du film. Son père était cadre, et il va voir le beau-frère de son père pour qu’il lui raconte « comment il aurait lui qui aurait été moi ». Les deux hommes travaillaient ensemble à l’usine Merinos, le beau-frère avait une secrétaire que le père lui a en toute impunité piquée.
Danos bifurque vers la fiction, des scènes fantaisistes. Danos en arrive alors à mettre en scène ses parents avec des rôles inversés : le père jouera la mère, la mère jouera le père, pour un dîner conjugal banal malgré cette inversion des positions. Le plat du jour (un ragoût d’agneau) est prétexte à des attaques blessantes. La mère dira (à la place du père) que son plat est épouvantable, et demande comment on peut manger un truc pareil ! Le père demandera (à la place de la mère) si le portail est fermé, et la réponse (« t’as peur d’être attaqué ? ») n’en est pas une. Il y a une cruauté, mais aussi un jeu qui décentre tout pathos : cette scène familiale insupportable devient tout à coup un moment de création et de comique grumeleux. Danos jongle comme un acrobate avec la famille inversée.

Nous avions commencé avec une problématique sur la famille contemporaine telle qu’elle se trouve modifiée aujourd’hui par l’histoire récente depuis la crise du sida. Nous ne pouvons oublier bien sûr l’héritage de l’antifamilialisme de 68 (celui dont L’Antiœdipe de Deleuze et Guattari a été un pilier) et toute cette tradition critique de la famille dans le cinéma expérimental. Martin Arnold et sa célèbre trilogie qui commence avec Pièce touchée s’en prenait au cinéma américain, Laurent Fiévet lui rends volontiers hommage dans certaines œuvres comme Swing High Swing Low ; mais on aurait pu évoquer la haine de la sœur dans les deux films de Jihye Park, Sisters I, II, où elle met en scène ce désir qui la hante de tuer sa sœur et l’enfant de sa sœur…”

 


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