Chaque deuxième dimanche du mois, vous avez rendez-vous avec le documentaire.
Prenant acte de la faible diffusion du documentaire en dehors de Paris, Les Primeurs du Blog documentaire proposent une programmation mensuelle de documentaires en avant-première ou issus de festivals. Lancées à Marseille en collaboration avec le cinéma Videodrome 2, ces séances sont présentées par Nicolas Bole, journaliste au Blog documentaire, et invitent les spectateurs à rencontrer les réalisateurs et réalisatrices des films programmés. Soutenues cette année par le service des Actions Culturelles d’ARTE, Les Primeurs du Blog documentaire ont déjà présenté les films d’Antoine Viviani (Dans les Limbes), Georgi Lazarevski (Zona Franca) ou Françoise Davisse (Comme des lions).
En ce mois de décembre, venez découvrir Vivere de Judith Abitbol. La séance sera accompagnée par la réalisatrice. Le film aura une sortie salle nationale en janvier 2017.


Pendant huit ans, Judith Abitbol a filmé dans son village, en Italie, Ede Bartolozzi. Pendant huit années, elle filme ce qui est en train de disparaître. Ede et Paola, sa fille, étaient liées par un amour extraordinaire. Ce film raconte cet amour-là, dans ce village, avec la famille, les amis, les voisins. Les étreintes des corps, les visages et les mains. Il témoigne de ce qui restera : l’immense joie de vivre et d’avoir aimé.

 

Vivere

Judith Abitbol – 2016, France, 1h49

 

Dans la vallée du Tramazzo, en Emilie-Romagne, Paola revient dans le village de son enfance pour rendre visite à sa mère Ede. La bienveillance qui émane de sa conversation en voiture avec la cinéaste semble contagieuse. Elle décuple en effet lorsque l’on rencontre « Mamona », à la gaieté immuable, cultivant son jardin ou évoquant ses jeunes années avec la voisine. Huit ans durant, Judith Abitbol filme les séjours de Paola, qui, souvent à l’étranger, remarque les changements du paysage local. De la cueillette des cèpes à la mise sous housse des couvertures avant l’été, le film capture la joie de vivre de celles qui se retrouvent, les chansonnettes fredonnées, les pas de danse esquissés en pleine rue. Quand les symptômes de la maladie d’Alzheimer d’Ede se font sentir, le tournage au long cours les intègre sans heurt, avec la même sollicitude que son entourage. Les paroles d’une chanson reviennent dans la bouche d’Ede : « J’étais paysanne… » Celle qui perd la mémoire semble s’en créer une autre, et le film de restituer avec pudeur ce qu’il reste de possible, de surprenant, dans cette vie altérée. L’intensité vibrante du lien filial n’apparaît jamais mieux que dans le plan où Paola tient une pelote qu’Ede rembobine de son côté – comme par hasard, c’est aussi le mouvement d’une bobine de film… (Charlotte Garson)

Si l’on s’attache à la formule selon laquelle on mesure l’humanité des hommes à la manière dont ils s’occupent des plus faibles, alors Vivere de Judith Abitbol en est une belle illustration. Dans le film, Judith filme Paola, qui vient rendre visite à sa mère huit ans durant. On sait, à la lecture du synopsis, qu’un jour arrivera la maladie d’Alzheimer. Mais pour l’heure, au moment où débute le documentaire, la mère et la fille exhibent une rare complicité qui confine au divin. Car si pour certains aujourd’hui les parents au seuil de la grande vieillesse deviennent un poids, Paola retourne cette fatalité et la transforme en un acte de foi. Témoin de cet amour incommensurable, une lettre que la fille a écrite à sa mère. Ecrite mais surtout retranscrite, mot à mot, le long d’un collier gigantesque qu’Ede, la mère, égrène comme un chapelet. Quand la maladie s’insinue entre elles, il y a bien sûr les larmes que Paola veut à toute force cacher lorsqu’elle est en présence de sa mère. Ce faisant, les moments de joie qu’elle met en scène sont autant de preuves d’amour, belles même quand elles sont pathétiques. Au fur et à mesure du film, l’état d’Ede se dégrade, parfois soudainement, d’un plan à l’autre. La force du montage est de ne pas nous laisser respirer entre les années, de tisser ce fil continu le long duquel Paola continue, en semblant parfois se forcer, d’extraire de la relation qu’elle entretient avec sa mère tout ce qu’elle peut avoir d’humain, et de singulier.

Judith Abitbol devient elle aussi un personnage dans ce lent accompagnement vers la mort : entre deux visites à sa mère, les commentaires de Paola à la réalisatrice dans la voiture sont autant de respirations avant d’affronter le réel. Non pas un réel mortifère, comme on s’imagine celui qui entoure Alzheimer, mais le réel de la vie qui se débat malgré l’oubli qui gagne tout. Pour ce combat, la musique et la danse sont des alliées précieuses que Paola convoque dès qu’elle le peut. C’est illusoire, nécessaire, bouleversant. La force d’une image peut se mesurer à la liberté qu’elle laisse à celle ou celui qui la regarde. Dans Vivere, les images donnent le souffle d’une liberté à prendre face à la maladie d’Alzheimer, pour ne pas sombrer dans le silence et la tristesse résignée. Qu’Ede finisse, dans son monde à elle, par traiter Silvio Berlusconi de bouffon, et nous éclatons tous de rire, de concert avec Paola. Comme une catharsis. Comme si la vérité, longtemps après l’enfance, sortait de la bouche des personnes âgées…
Nicolas Bole

Lire l’intégralité de l’entretien avec Judith Abitbol :

Le Blog documentaire : Comment s’est déroulée la rencontre avec Ede ? La genèse du film ? Comment vous a-t-elle donné sa confiance ?

Judith Abitbol : Lorsque j’ai rencontré Ede, j’avais la caméra à la main. Elle avait une vie très simple, elle n’a jamais eu d’appareil photo. Un jour, elle m’a demandé ce que c’était et je lui ai montré. Elle a ri ! Elle en a été complètement estomaquée. Ensuite, j’avais tout le temps la caméra. On allait au café, dans le village, je filmais un truc. C’est quand je ne l’avais pas que ça choquait les gens…

A partir de quel moment avez-vous su que vous feriez un film ?

Je l’ai su très vite. Filmer Ede, c’était quelque chose de très naturel, de très doux. Dès que j’ai commencé à filmer, elle m’a bouleversée. C’est quelqu’un de simple, qui a eu une vie très modeste. Une « vie minuscule » comme dit Pierre Michon. Plus je m’en suis approchée, plus elle grandissait. Ce que je ne savais pas quand j’ai commencé, c’est jusqu’où ça irait, évidemment…

Comment est arrivée la maladie dans le film ?

Je l’ai soupçonnée dès le début, j’ai remarqué des petits dysfonctionnements. Je l’ai dit à Paola, qui en a parlé à ses frères. L’Alzheimer a été diagnostiqué. J’ai continué à la filmer Ede, avec son Alzheimer. Je ne pouvais pas m’empêcher, sauf si on m’avait dit : « ça nous embête, on n’a pas envie que tu filmes notre mère ». Les frères comme Paola ne m’ont jamais rien dit. Je fais des films depuis très longtemps, et j’ai filmé Ede comme on filme une fleur.

(…)

Quel rapport entretenez-vous avec la caméra ? Comment vous accompagne-t-elle ?

Mon père m’a offert une caméra super 8 quand j’avais 11 ans. Enfant, je filmais de tout, je faisais des petites fictions avec mes copines. Filmer est une façon de décider ce que l’on regarde et de s’abriter aussi. Soudain, j’ai réalisé que j’étais une filmeuse. Comme dans Le filmeur, d’Alain Cavalier. Filmer, c’est être un filmeur plus qu’un cinéaste. On fait corps avec la caméra. On n’en fait pas un objet extérieur à soi, on la porte, on la bouge. Filmer, c’est du corps, c’est se mettre soi dedans. Je suis habituée à filmer toutes sortes de choses, ce qui arrive dans la vie. Comme disait Wittgenstein, le monde est tout ce qui arrive. La caméra est un objet transitionnel, psychanalytiquement. Parfois, elle permet d’être un petit peu à distance de moments trop difficiles.

Comment sort-on d’un tel film ?

Dans la peine. C’est une grande joie d’avoir tout cela, mais depuis que le film est terminé je ne le regarde plus. Je le revisionne pour des choses très techniques, les sous-titres ou le son, mais je m’abstrais. On va faire une projection au village fin janvier. Je veux offrir cela aux habitants. Je vais filmer, évidemment.

Quelles sont vos références ?

On est fait de tout ce qu’on lit, de toute la musique qu’on écoute, des tableaux qu’on a vus… de Joris Ivens à Dreyer, de Marguerite Duras à John Ford, à Michael Snow, à Cavalier. Il y a les asiatiques Tsai Ming-Liang, évidemment Wang Bing, qui sont immenses. Chantal Akerman qui est énorme. Mais je ne fais pas des films comme l’un ou l’autre, je filme comme je filme. C’est toujours inconscient.

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