La sélection DVD
Nouveau mois, nouvelle sélection; mars était un casse-tête, avril is a piece of cake – enfin, à première vue -. En effet, Pâques approchant, on songe avec délices au chocolat dont on va s’empiffrer, avec un peu plus d’aigreur au fait qu’on s’est bien fait carotte par le capitalisme tout de même, et oui, bon, on se souvient aussi qu’il y a un vague rapport avec un esprit divin, tout ça, tout ça; seulement cette fois-ci c’est le messie du Rire qui, sous les traits du sacro-saint Jim Carrey, est venu visiter les songes de votre serviteur.e et lui a transmis son message céleste: pas besoin de se triturer les méninges donc, mais mieux vaut s’étirer les zygomatiques puisque la sélection du mois sera placée sous les auspices de l’H-U-M-O-U-R. « Brillant », « déjanté » ou « irrévérencieux »: ça, c’est la version Télérama. De l’autre, on a « scabreux », « beauf » ou encore le terrible « problématique ». Et entre les deux? On a la sélection vidéoclub.
Car l’humour, mesdames et messieurs, est un spectre aussi flamboyant et insaisissable que celui de l’arc-en-ciel; gageons que ma conception d’une bonne rigolade est radicalement différente de la vôtre (peut-être aussi parce que mon sens de l’humour est supérieurement développé – mais ça, ça n’est pas donné à tout le monde *wink-wink* -). Néanmoins, votre dévoué.e a relevé le défi de la quête d’un humour « universel », ou, à défaut, d’une éclécticité (oui, le Larousse n’a qu’à bien se tenir) suffisante pour que l’intégralité de la charmante petite famille nucléaire (et le reste) puisse s’en payer une bonne tranche – ou, à défaut, esquisser a minima un petit sourire et un « pff » des narines caractérisé -. La tâche était néanmoins ardue car, d’une part, vous autres adeptes de cinéma avec un grand C connaissez la variété quasi-mythique des réserves du vidéoclub – on se sent comme Indiana Jones (misogynie en moins) à chaque nouvelle exploration du catalogue – et, d’autre part, la responsabilité écrasante qu’impose un quelconque choix explique la difficulté de trancher entre telle ou telle oeuvre cinématographique – comment, en effet, choisir entre La Vie de Brian et La Grande Vadrouille, et pourquoi Mary à tout prix plutôt que Team America?? -. Néanmoins, après des semaines de réflexion et pléthore de nuits blanches – oui, mon dévouement est total -, nous arrivons aujourd’hui à cette sélection plus fine qu’une batiste de Cambray.
Pour se mettre en appétit, Like a Hero et Be kind, rewind figurent les entrées de cet alléchant menu et seront nos porte-étendards de la comédie indie des années 2000 – à différents degrés certes, Michel Gondry ayant sûrement un peu plus de moyens que Yu-Ning Chu -. Like a Hero est une de ces petites pépites comme on ne peut en trouver que dans les vidéoclubs: dénichées par hasard, introuvables ailleurs – même pas sur le mirifique World Wide Web – et tournées on ne sait comment. Le film relate les aventures de Don Quichotte – oui, c’est bien la traduction occidentale du nom du héros -, un papa célibataire (mais ne tenant pas trop à le rester) dont l’île est sous le joug des bombardements chinois et qui, vaille que vaille, tente (à grand renfort de fariboles et de gâteaux de riz) de remonter le moral des troupes – aka les villageois un peu désoeuvrés de Matsu – et celui de Nina, vendeuse de glaces narcoleptique et centre d’intérêt amoureux du héros. La pellicule choisie – peu ou proue aussi qualitative que celle d’une vidéo tournée sous Nokia 6101 – donne un charme feuilleton-télé à une fable subtilement politique et poétique, un peu comme un crossover taïwanais entre Amour, Gloire et Beauté et un film – yakuzas non inclus – de Takeshi Kitano. N’importe quoi avec Jack Black étant un pré-requis incontournable pour quiconque se targue de vouloir parler comédie, Be kind, rewind s’érige en parfait compromis entre cinéphilie acceptable et politiquement correcte (oui, vous avez échappé – pour votre bien je vous l’assure – à Tonnerre sous les Tropiques) et la légère débilité si typique des personnages Black-iens. Hommage aux blockbusters hollywoodiens et aux vidéoclubs qui les louaient – et plus précisément à ceux des temps préhistoriques où l’on avait encore des magnétoscopes et des télés à tube cathodique de la taille d’un réfrigérateur (glorieuse époque que la fin du XXème siècle et les early Y2K!!) -, le film suit les aventures de deux héros – pas très futés au demeurant mais, comme il se doit dans toute bonne comédie clichée, attachants malgré tout – qui se lancent dans le suédage de VHS pour sauver le commerce en faillite d’un papy – campé par Danny Glover tout de même, ça n’est pas rien – passionné par Fats Waller. Vous ne savez pas ce qu’est le suédage? Et bien vous n’avez qu’à venir louer le film, nah.
Venons-en au primi piatti et régalons-nous des bons vieux classiques cartoonesques et family-friendly que sont Qui veut la peau de Roger Rabbit? et The Mask; quoi de moins clivant en effet que des comédies grand-public des années 90 – même si, ne nous voilons pas la face, rien n’est plus traumatisant que le Judge Doom (Juge DeMort en bonne VF) et sa trempette diabolique -. Est-il encore besoin de présenter ces deux chefs-d’oeuvres du septième art? On le fait quand même, juste pour le plaisir. Roger Rabbit est LE bijou cinématographique qui mêle animation et, comme on dit dans le show-biz, « prises de vue réelles » (et le premier qui me parle de Space Jam va se retrouver sans dents et dérivant dans le cosmos). Ce pseudo-film noir suit les aventures de notre cher Roger, un toon lapin bégayant et aux grands yeux pleins d’amour – et surtout de folie – à la carrière déclinante qui se retrouve soudainement accusé du meurtre de son patron; quoi de plus logique dans ce cas-là que d’aller quérir l’aide d’un détective dépressif, alcoolique et haïssant toute espèce de créature ressemblant de près ou de loin à un dessin animé sur pattes? Comme pourrait le dire une description de manège à Disneyland, embarquez-vous pour un voyage plein de rebondissements, de bruit et de fureur (et de fouines psychotiques), vous ne le regretterez pas. Speaking of le bruit et la fureur, The Mask n’est certainement pas en reste. À Edge City (nom à l’image de la ville), Stanley Ipkiss, loser introverti mais (plutôt) gentil et fan inconditionnel de Tex Avery (oui, ça fait beaucoup de -i) va par hasard mettre la main sur le masque magique du dieu nordique Loki et, ce faisant, devenir chauve, vert et complètement secoué – ah oui, avec plein de pouvoirs magiques aussi, sinon ça perd un peu en charme -. Sorte d’anti-héros-mais-héros-malgré-tout, le Masque, son Fedora jaune et ses 375 dents voleront au secours de Tina, chanteuse du Coco Bongo beaucoup moins (enfin, un peu moins, plutôt) cliché qu’elle n’en a l’air, à grands coups de farces et attrapes tout droit sorties des usines ACME, de tommy-guns en CGI un peu moche mais plein de nostalgie, et de « Smooooookin’ » retentissants. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fait son petit effet.
Offrons-nous pour continuer un peu de saveurs du terroir avec nos secondi piatti: celles de la Guinness et du fish & chips pour Hot Fuzz et du sandwich aux gencives de porc pour La Cité de la Peur. Oui je sais, je sais, ACAB et tout le toutim, mais Nicholas Angel est l’exception à la règle – enfin sauf pour ses collègues et son chef qui, agacés par son zèle quasi-maniaque, décident de le muter dans un village plan-plan au fin fond de la campagne anglaise, entouré d’une brigade d’élite (de bons gros abrutis seraient des mots plus exacts) et de concitoyens ultra-polis et, cela va sans dire, ultra-barbants – peut-être même un peu trop?: indeed, humour anglais oblige, sous les crumpets le meurtre de sang-froid, et Nick et Danny – son acolyte aussi benêt que drôle – vont devoir sortir l’artillerie lourde (assaisonnée d’un nuage de lait pliz) pour stopper ces bloody crimes. Bonus: l’english accent et la voix grave de Simon Pegg (qui justifie à elle-seule le Hot du titre). Prenons l’Euro-tunnel (on essaye d’être écolo ici) direction le vieux continent avec la Cité de la Peur: le sang y est toujours aussi épais que de l’orange marmelade mais l’humour sent déjà un peu plus la tête de veau. Mise en abîme d’une subtilité sans égale, cette oeuvre Nullissime (on ne m’arrête plus) est un « film-dans-le-film » où un mystérieux serial killer tue méticuleusement – enfin autant que faire se peut avec une vieille serpe rouillée – chaque projectionniste qui aurait le malheur de projeter Red is Dead (malheur dû autant à son assassinat sanglant très probable que par le fait que le dit-film est un terrible navet). Odile Deray, flanquée d’un policier absolument incompétent et imbuvable (heureusement pour nous il est aussi extrêmement drôle), devra vaille-que-vaille promouvoir cette daub.. euh, pardon, ce chef-d’oeuvre de l’horreur au festival de Cannes – et accessoirement servir de baby-sitter à son réalisateur un peu spécial. Vous savez que vous y allez plus pour les répliques (et la Carioca) que pour autre chose de toute façon – et c’est bien ça qui rend La Cité si iconique bb.
Il vous reste bien un peu de place pour le dessert? Petit avertissement cependant: il est un peu lourd, voire aussi gras que le rire de Seth Rogen. Âmes sensibles ou électeurs du PS s’abstenir, Very Bad Trip et South Park: le film ne sont pas spécialement ce qu’on pourrait qualifier de comédies subtiles. Ni intelligentes. Ni même caustiques. Bref, c’est débile quoi. Mon goût prononcé – d’aucuns diraient quasi-suicidaire au vu de ces choix – pour le danger m’a néanmoins propulsé.e dans la jungle des oeuvres « problématiques » en trépignant d’impatience au vu des risques infinis qu’un voyage en son sein fait encourir, car rien ne vaut le frisson d’être à deux doigts de se faire cancel, n’est-ce pas? (les gens de droite prenez pas ça premier degré SVP). Very Bad Trip est la partie la moins sujette à débat de l’iceberg (c’est dire): il était une fois un beau gosse, un dentiste, un futur marié et son beau-frère dont la logique très particulière va servir de catalyseur à l’épopée vegasienne de nos protagonistes. Sans trop spoiler, ça va pas très bien tourner pour eux (mais alors pas bien du tout). Alors, certes, ce n’est pas très fin, c’est même grotesque, vulgaire, bas de plafond, on y rencontre parfois des échantillons de médiocres célébrités américaines, des blagues aussi lourdes que le plomb et même des petits bonshommes tout nus; bref vous pourriez faire ce geste-là, mais si vous voyez bien, celui avec votre main qui cache à moitié vos yeux, vos joues rouges de gêne et votre sourire crispé – l’air de dire que, vous, vous ne regarderiez jamais ça, ah ça non jamais. Mais vous pourriez tout aussi bien esquisser un sourire sincèrement amusé, rire à demi-caché.e derrière votre main, voire même laisser tomber l’impassibilité intellectuelle deux minutes et glousser comme un dindon. Et ne vous inquiétez pas pour votre réputation car, après tout, what happens in Vegas stays in Vegas. Allez hop, on enchaîne sur un quizz test: quoi de plus terrible qu’un film fait par (et pour) des imbéciles? Un film fait par des imbéciles et qui se qualifie de « politiquement incorrect ». Vous pouvez d’ores et déjà remballer votre doigt levé et vos postillons d’indignation parce que le flyer est déjà fait et que la sélection DVD ne va pas changer pour vos beaux yeux offusqués. De toute manière, la vie n’est-elle pas en soi une vaste et cynique blague, qui plus est bien plus offensante que des mômes vulgaires et mal animés? Car c’est en effet peu ou proue ce que sont les quatre héros de South Park: le film, dont les frasques de gamins impertinents et leur admiration sans bornes pour un duo de pétomanes à tête d’oeuf vont provoquer… quoi au juste? la juste indignation de leurs parents? la combustion d’un de leurs petits camarades?? ou même, soyons fous, une guerre contre.. euh.. contre le Canada??? Rajoutez une bande-son à la Disney – nominée aux Oscars, je vous assure que ce n’est pas une blague – et Satan gérant sa relation tumultueuse avec Saddam Hussein (oui, encore une fois, vous avez bien lu) et vous aurez coché presque toutes les cases de ce bingo d’une absurdité sans limites, dont les gags confinent au génie tant leur crétinerie est monumentale, et à la VF aux petits oignons (si vous voulez vivre l’expérience en Dolby Digital du cringe). Résultat: c’est comme regarder les actualité mais en beaucoup mieux – là au moins on a raison quand on se dit que ça peut pas être vrai.
Sur ce, bon appétit!
(Et attention aux arêtes.)







