Mardi 2 juin 2026 · 20h30


Édito

 

 

Empruntant son titre au film de Malas, sous-titré « une tentative non-documentaire d’entrer dans la mémoire de Wadad Nassif, Qunaitra, 1975 », ce programme de films explore le documentaire comme langage cinématographique au-delà de la preuve visuelle, comme rencontre avec l’irreprésentable suite à la catastrophe. Pourquoi tenir à rester dans sa maison après qu’Israël ait détruit toute vie autour? Pourquoi les réfugiés palestiniens rêvent d’une terre qu’ils n’ont jamais connue physiquement ? Comment le travail du rêve peut-il servir à la mémoire, à la résistance, et donc au documentaire?

The Memory / al-Zakira

de Mohamad Malas | 1975 | Syrie | 13 min | Vostfr

 » Je vois ma famille, je rencontre des gens. Je les rencontre dans mon sommeil, je les vois dans mes rêves. Je sais qu’ils sont morts, mais je les vois dans mes rêves « , dit la vieille dame. Elle vit seule dans la petite ville de Quneitra. Elle parle à ses nombreux chats et poulets, à l’équipe de tournage et à elle-même. Elle écoute les récits à la radio. Elle se promène parmi les décombres. Pendant la Première Guerre mondiale, elle était à Beyrouth, tout comme pendant la Seconde Guerre mondiale ; lors des guerres de 1948 et 1956, elle était également hors de la ville, bloquée ailleurs. En 1967, lorsque l’armée israélienne a occupé le plateau du Golan, elle se trouvait dans sa ville natale, Quneitra, la capitale du gouvernorat. Elle était également là lors de la guerre de 1973. Lorsque les forces d’occupation se sont retirées, elles ont détruit la ville pour la rendre inhabitable. Seules quelques personnes sont revenues. La femme raconte qu’elle avait l’habitude de noter des choses, pas sur elle-même, mais sur les nombreux événements qui se sont produits. Tout a disparu, il ne reste plus que le souvenir.


The Dream / al-Manam

de Mohamad Malas | 1987 | Syrie | 40 min | Vostfr

Tourné à Beyrouth dans les camps palestiniens de Sabra, Chatila, Burj al-Barajneh et Ain al-Hulweh, avant l’intervention israélienne. Les camps reproduisent les ruelles et les maisons des villages de Palestine, la caméra s’y aventure comme dans le labyrinthe des mémoires. Ce que racontent les Palestiniens, ce sont leurs rêves : apparitions de personnages célèbres, d’amis ou de parents disparus, images et sons de bombardements et d’avions, moments de peur ou d’amour, images d’une terre devenue lointaine. Jeunes et vieux, hommes et femmes disent leurs rêves, quelque chose de leur monde intérieur.


Mohamad Malas

Mohamad Malas est né en 1945 à Quneitra, sur le plateau du Golan. Cinéaste syrien de renom dont les films lui ont valu une reconnaissance internationale, Malas figure parmi les premiers cinéastes d’auteur du cinéma syrien. Il a travaillé comme enseignant entre 1965 et 1968 avant de s’installer à Moscou pour étudier la réalisation à l’Institut de cinématographie Gerasimov (VGIK). Pendant ses études au VGIK, il a réalisé plusieurs courts métrages. À son retour en Syrie, Malas a commencé à travailler à la télévision syrienne. Il y a produit plusieurs courts métrages, dont Quneitra 74, en 1974, et al-Zhakira (La Mémoire), en 1975.
Avec Omar Amiralay, il a cofondé le Club de cinéma de Damas. Entre 1980 et 1981, Malas a tourné le documentaire al-Manam (Le Rêve), consacré aux Palestiniens vivant dans les camps de réfugiés au Liban pendant la guerre civile. Son premier long métrage, Ahlam al-Madina (Rêves de la ville, 1983) est autobiographique sur le passage à l’âge adulte et a remporté le premier prix aux festivals de Valence et de Carthage. En 1995, à l’occasion du centenaire du cinéma, Malas a tourné avec Omar Amiralay Nur wa Zilal, un documentaire sur Nazih Shahbandar, qu’il a décrit comme le premier cinéaste syrien. Le film a été interdit par les autorités syriennes et n’a pu être projeté qu’une seule fois en 1993 au Centre culturel américain de Damas. Le deuxième long métrage de Malas, al-Lail (La Nuit), a été réalisé en 1992. Ce film autobiographique se déroule à Quneitra entre 1936 et la guerre israélo-arabe de 1948. Avec *Ahlam al-Madina*, il constitue les première et deuxième parties d’une trilogie encore inachevée. Les deux films ont été présentés dans la section « Forum » de la Berlinale. Al-Lail a reçu une reconnaissance internationale et a remporté le premier prix au Festival du film de Carthage en 1992. Cependant, le film a été interdit en Syrie jusqu’en 1996. En 2013, Ahlam al-Medina figurait parmi les 10 premiers de la « Liste des 100 meilleurs films arabes », élue par des professionnels du cinéma du monde arabe et des collaborateurs du Festival international du film de Dubaï.  Bab al-Makam (Passion), sorti en 2005, était le troisième long métrage de Malas ; il a remporté le Prix spécial du jury au Festival international du film de Marrakech. Sullam Ila Dimashq (L’Échelle vers Damas), sorti en 2013, a été présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto 2013 et a depuis été projeté dans plus de 50 festivals. Le livre de Mohamad Malas publié en 1991, The Dream. A Diary of the Film, a été traduit en anglais et publié par l’American University of Cairo Press en 2016. En 2018, la monographie The Cinema of Muhammad Malas. Visions of a Syrian Auteur, écrite par Samirah Alkassim et Nezar Andary, a été publiée chez Palgrave MacMillan.


Razan Al Salah

Razan Al Salah est une cinéaste, programmatrice et enseignante palestinienne basée à Tiotiake/Montréal. Son travail explore l’esthétique matérielle de la disparition des corps, des récits et des histoires autochtones dans les univers visuels coloniaux. Ses films sont à la fois des intrusions fantomatiques et des ruptures insidieuses de l’image coloniale, qui fonctionne comme une autre frontière, un autre mur, à partir des nouvelles technologies. Elle conçoit son processus créatif comme un souvenir collectif au sein d’un cercle de relations entre les uns et les autres – et l’inconnu.  Ses films ont été projetés aux Cinema Days Palestine (Prix Sunbird du meilleur court métrage 2017), au RIDM (Meilleur court ou moyen métrage national 2024), au doc Lisboa, au FID Marseille, aux festivals Prismatic Ground, Yamagata et Taiwan International Documentary Film Festivals, au Blackstar, à l’Open City Docs de Londres, ainsi qu’aux festivals internationaux de Singapour, Valdivia, Melbourne, Glasgow et Beyrouth, entre autres. Razan est membre du collectif cinématographique Regards Palestiniens et enseigne le cinéma à l’Université Concordia.


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