Mardi 3 mars 2026 · 20h30
Édito
Il n’est pas de corps qui ne soit ouvrier. Il met en mouvement et se met en mouvement dans une réciprocité d’action que le cinéma lui jalouse depuis sa naissance, copiant le déferlement à la sortie de l’usine. La caméra militante, transposant d’un train soviétique aux mines de Franche-Comté et de Moselle l’élan des révolutions, s’est heurtée à la réalité de son insuffisance, parlant plus souvent à la place des hommes que pour eux.
Une tumbleweed percute les murs du studio hollywoodien, imbibée du sable et du sang qui couvraient, il y a peu, le désert. Dans la bâtisse de béton, acteurs et chefs opérateurs ont cru échapper, par la classe, à leurs corps. Ils ont espéré devenir l’œuvre avant la main. Pourtant, c’est au creux des paumes qu’il fallait peut-être recueillir : un aveu d’impuissance écrit à un ami, l’étreinte de travailleuses du sexe sur un trottoir new-yorkais, l’enfance entre les images machinées par la mort, la mort machinée par les images, et cette femme qui ne peut s’échapper du jeu vidéo qu’en défaisant les pixels de sa propre chair — comme toutes celles oubliées par la mémoire des luttes, quand bien même elles en sont le cœur.
Du corps ouvrier nous n’avons gardé que la misère, ou peut-être l’y avons-nous précipité.
Etcetera Etcetera est une proposition de programmation critique qui interroge deux questions centrales : Qu’avons-nous à apprendre — ou à désapprendre — du canon cinématographique ? Et de quelles lumières les histoires du cinéma peuvent-elles éclairer la production contemporaine ? Chaque programme, mêlant les premiers temps du cinéma aux œuvres les plus récentes glanées dans les festivals et les lieux alternatifs, explorera un dialogue politique entre les époques. Chaque séance sera accompagnée d’un zine critique, également disponible sur le site de la revue éponyme. Cette extension critique servira aussi de terrain pour un déploiement politique, avec ou contre les œuvres, afin de proposer une programmation à la croisée des artistes contemporains et des relectures des grands classiques. À l’heure où les grandes revues historiques ne semblent plus préoccuper que leurs propres auteurs et leurs actionnaires impérialistes, et où les publics ne se parlent plus — entre les gardiens des vieux classiques et les jeunesses militantes qui s’en éloignent légitimement —, Etcetera Etcetera ambitionne de penser la fracture et la réconciliation en un même mouvement. Sont tout aussi riches en enseignements les films des premiers temps que les œuvres les plus actuelles.
Bandes-annonces
8 min
Toutes les mémoires, les mémoires de tout.
Une bonne à tout faire
de Jean-Luc Godard | 1981 | France | 9 min

Tourné dans les studios de Francis Ford Coppola : Georges de La Tour prend garde de rien dire. Il ne fait pas de télévision. Il peint. Il fait de ce cinéma muet que les fabricants d’armes et les constructeurs de textes feront tout pour que ça se taise enfin, et le son et l’âme des peuples ou du simple citoyen avec.
Lettre à mon ami Pol Cèbe
de Michel Desrois | 1971 | France | 17 min

Le cinéma est une arme terrible, faut pas que tout le monde puisse s’en servir. Nous on s’en sert.
Coupure pub
4 min
Interlude commercial avec PlayStation, David Lynch, L’École de la vie et Gorbatchev.
She Puppet
de Peggy Ahwesh | 2001 | États-Unis | 15 min

Le cinéma avait son Indiana Jones, voilà que les jeux vidéo auront leur Lara Croft. Les temps changent, les héros aussi. Loin des talibans à l’intelligence inversement proportionnelle à la foi qui les anime, les jeunes femmes peuvent aussi briller et prouver, s’il en était encore besoin (le Moyen-Age étant terminé depuis quelques années déjà), qu’un 90-60-90 peut être tout aussi efficace qu’un de nos bons héros machos. Heureusement pour elle, Lara Croft n’est pas née en Afghanistan mais en Grande-Bretagne. – Playstation Magazine, Octobre 1996.
It’s Just Business, Baby
d’Ayanna Dozier | 2023 | États-Unis | 6 min

It’s Just Business, Baby explore l’histoire des différentes formes de travail corporel dans les quartiers de Chelsea et Tribeca. Le film capture une rencontre entre un client et une travailleuse du sexe, où les frontières du soin et de l’attention s’estompent. – Ayanna Dozier
France Tour Detour, Mouvement N° 2 « Lumiere / Physique » (extrait)
d’Anne-Marie Mieville et Jean-Luc Godard | 1977-1978 | France | 13 min

Il y a d’abord le temps physique que ça prend à tirer cette image au clair : une minute quarante. Il y a ensuite le temps social qu’elle a attendu pour faire la une des journaux : trente ans.
Informations pratiques
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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.
L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne ! Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.