“Secrets, tabous, traditions ?”

Les secrets engendrent-ils les tabous ? Les traditions influencent-elles les secrets ? Comment les trois s’entremêlent-ils dans la pratique ? De nature religieuse ou culturelle, ils peuvent nous maintenir dans une norme rigide et nous empêcher d’être nous-mêmes. Mais nous pouvons aussi décider de nous jouer de ces obligations et de ces interdits qui possèdent leurs effets pervers et leurs paradoxes.

 

20h (prix libre, adhésion obligatoire de 3 € lors de votre première venue)

Rengaine

Rachid Djaidani – France, 2012, 1h15

Paris, aujourd’hui. Dorcy, jeune Noir chrétien, veut épouser Sabrina, une jeune Maghrébine. Cela serait si simple si Sabrina n’avait pas quarante frères et que ce mariage plein d’insouciance ne venait cristalliser un tabou encore bien ancré dans les mentalités de ces deux communautés : pas de mariage entre Noirs et Arabes. Slimane le grand frère, gardien des traditions, va s’opposer par tous les moyens à cette union…

Montaigu et Capulet chez Shakespeare, les Jets et les Sharks dans West Side Story, tous les mythiques ennemis d’hier peuvent aller se rhabiller. Leurs différends paraissent dérisoires, comparés à ceux qui déchirent les communautés d’aujourd’hui. Demandez à Dorcy et Sabrina, les Roméo et Juliette de Rengaine. Il est noir et chrétien, elle est arabe, musulmane, et ils ont le culot de s’en moquer. Pire : ils veulent se marier. Horreur et ébullition dans les familles respectives, surtout du côté de Sabrina, qui, comme une princesse des Mille et Une Nuits, a… quarante frères. Telle une ironique allusion à l’univers du conte, le nombre est fabuleux. Mais quarante, c’est au moins la somme des maux que le film affronte : racisme, mépris, hypocrisie, préjugés, repli identitaire, carcans familiaux, tout est là, qui guette les tourtereaux. Tel le capitaine d’une petite armée, l’un des frangins part en guerre contre l’union « impure » de sa soeur et passe métho­diquement ses troupes en revue. De heurts en rencontres, on frôle la parabole. Et pourtant, nous voilà immergés dans la violence du réel. Une heure quinze d’énergie, de tchatche, d’instantanés brûlants.

Si Rengaine a fait sensation, à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, ce n’est pas seulement parce que le film a été réalisé et autoproduit sur une période de neuf ans par un jeune inconnu, Rachid Djaïdani. Mais parce que tout y est atypique. A commencer par le sujet. Des films sur le racisme, on en a vu. Mais ici, pas de Dupont-Lajoie xénophobe : les victimes se débrouil­lent très bien, hélas, pour se haïr toutes entre elles. La solidarité entre les damnés de la terre est en miettes. Avec ce constat désespérant, Rachid Djaïdani signe un film qui ne l’est pas : bouillonnant, furieux et moqueur, il secoue, au contraire, ses personnages pour révéler leur humanité. Dans une scène mémorable — un pur bonheur de dia­logue —, deux potes, l’un arabe, l’autre noir, font étrangement coexister le rejet et l’amitié.

C’est notre société, ses tiraillements entre groupes et individus que filme le réalisateur. Le racisme n’est pas sa seule cible. Si Rengaine traite du frot­tement des cultures, des immigrés (de la troisième génération), il vise plus loin encore, au coeur même du rapport à l’autre, à l’étranger. Le cinéaste invente une vraie cour des miracles, où se heurtent les personnes, mais aussi les genres. Le parcours de Dorcy, apprenti comédien, appartient ainsi à la plus pure comédie. D’un casting à l’autre, le malheureux empile les rencontres hilarantes, les gags et les déconvenues. Puis, tout à coup, le rire se glace, la noirceur l’emporte : dans la fratrie, il y a aussi ce frère homo que le clan a, jadis, renié. Son apparition, sépulcrale, a la puissance d’une tragédie. Jusque dans sa forme, Rengaine séduit, avec ses gros plans nerveux, accrochés aux corps et aux visages. Au plus près des êtres…

Cécile Mury

 

 

Le partenaire

Aflam est une association née en 2000 de l’intérêt commun de Marseillaises et de Marseillais pour les cultures arabes à travers l’image et le cinéma. Riches d’un patrimoine cinématographique qui témoigne de leur histoire, les pays arabes ont tous développé une production cinématographique spécifique. Aflam souhaite donner une visibilité et un espace à ces cinémas peu connus à Marseille et dans la région pour favoriser une meilleure connaissance des cultures arabes et encourager les échanges autour des films réalisés au Maghreb, au Proche-Orient, et au sein des diasporas arabes.

 

 

 


 

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