Samedi 7 février 2026 · 20h30


Édito

 

 

Walter Benjamin le reconnaît en 1928 dans une lettre à Alfred Cohn : « Je sais maintenant qu’il est plus difficile d’arracher trois lignes à cette ville que d’écrire un livre sur Florence. » Il y a au moins une raison à cela : Marseille est le lieu de naissance des cartes postales. Comme toutes les villes, certes, mais depuis plus longtemps encore, elle est une ville reproductible, façonnée par l’ensemble des clichés qui en font une réalité transportable et compacte. L’éclat de ce soleil aveugle : il recouvre une autre face de Marseille, fait de colonnes de fumée, de nuages de béton et d’acier, et de réseaux de câbles.

« Marseille Sans Soleil » est une récolte d’image fabriquées dans la brume, depuis les quais du port moderne. Au fil de trois séances, les nuages se métamorphosent, prennent la forme de réseaux superposés, condensent l’histoire des migrations, du transport, du stock et de l’industrie. À l’ombre de ces nuages concrets, Marseille se débarrasse un peu de son folklore et prend l’allure d’un maillage du système-monde. Les luttes anti-coloniales filmées hier par Paul Carpita, la danse des conteneurs et les infrastructures du cloud d’aujourd’hui marquent les trois moments de cette métamorphose.

Le poète et chercheur Tung-Hui Hu parle d’Internet comme d’un ensemble de « greffes » : le cloud s’implémente sur des routes terrestres et maritimes préexistantes, et renforce avec elles un développement géographique inégal. « Marseille Sans Soleil » s’intéresse au port contemporain, squatté par les data centers et pris d’assaut par les câbles sous-marins, pour explorer, à travers la stratification du nuage, l’inconscient portuaire de la ville.

Jules Conchy
 
 
Revue Débordements

Débordements est une revue de cinéma fondée à Lille en 2012, composée d’universitaires, de professionnel·les et de cinéphiles francilien·es, nordistes et marseillais·es. La revue vit grâce au travail bénévole de ses membres, ainsi que des auteurices dont elle publie les textes. En ligne, elle est en accès libre, gratuite et sans publicité.

Débordements repose sur ces trois piliers que sont la critique, la recherche et la création  cinématographique, dont elle orchestre le dialogue à travers une variété de publications. Les  attentions qu’elle prête aux formes, aux représentations et aux récits cinématographiques se  doublent de préoccupations économiques, sociales et politiques affirmées.


Graines de vie 

de Paul Carpita | 1963 | France | 17 min

Pour ne pas aller à l’école, le petit Alain cache son cartable dans une barque et se réfugie sur le port moderne. Au cours de sa flânerie, il mesure l’immensité des navires et découvre les différents métiers du port. Fasciné par cette découverte, celui que son maître considère comme un cancre se révèle être un garçon curieux et intelligent. Carpita mêle un didactisme parfois naïf à une forme de ballade proche du néoréalisme d’un De Sica. Il prolonge ainsi un geste pédagogique fondamental dans tout son cinéma, lui qui était enseignant de métier avant d’être cinéaste. Le film est d’ailleurs réalisé avec ses propres élèves.

Boîtes noires : L’approche documentaire des infrastructures numériques

Rencontre entre Baptiste Aubert et Julia Rostagni

« Le seul moyen de dévoiler une boîte noire, c’est de jouer avec. »
René Thom, Modèles mathématiques de la morphogenèse, 1980

Carte blanche croisée de deux réalisateurices qui se sont intéressé.e.s aux nouvelles infrastructures portuaires : data centers et câbles sous-marins. La discussion portera sur la question de la filmabilité de ces infrastructures, des métiers qui y sont liés, et de leur impact sur la ville et sa relation au port, en partant de deux projets en cours de production ou de post-production : My Sweet Data (de Baptiste Aubert) et Les Lumières d’une ville (de Julia Rostagni). La notion de « boîte noire » sera envisagée non seulement sous l’angle de la contrainte (entendue comme une difficulté d’accès pour le regard des cinéastes), mais aussi comme un parti-pris de méthode : envisager les infrastructures sous l’angle de leurs interactions avec leur environnement, qu’il soit immédiat ou plus lointain, et se défaire d’une position de savoir pour jouer avec les contraintes visuelles, économiques, institutionnelles comme outils esthétiques et herméneutiques.


Informations pratiques

Rejoindre l’évènement Facebook

La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste).

Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu. L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile.

Il est aussi possible de prendre son adhésion en ligne ! Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.

Prendre son adhésion en ligne


Les séances du cycle

 

 

Planifié Les séances de cinéma