La sélection thématique de ce mois-ci porte sur la représentation des peuples indigènes au cinéma et plus particulièrement ceux d’Amérique et d’Océanie.

Chevauchant leur vie à travers la plaine, ils sont à moitié nus, le visage peint, chassent et se défendent avec des arcs, vénèrent Mère Nature et communiquent intimement avec elle. Tel est le portrait de l’indien dépeint par le western américain. Figure exotique, il alimenta tout un genre de l’histoire cinématographique, provoquant inquiétude et fascination. C’est notamment par le cinéma que ces peuples indigènes ont été exposés au reste du monde. Mais au lieu d’avoir bénéficié d’une plus grande visibilité, leur culture a été mise à mal par ces représentations mensongères, jusque dans la construction de leur identité. De fait, certaines de leur traditions « emblématiques » ne sont que de pures inventions hollywoodiennes.
Par la suite, ces premières images de l’Indien se transfigurent en une réalité plus complexe, mais toujours empreinte d’un imaginaire fantasmatique, voire colonial : ici apparaît le geste ambigu de Kevin Costner dans Danse avec les loups.  John Dunbar, soldat de l’armée nordiste, se retrouve seul à surveiller une frontière avec un territoire indien. Il est progressivement intégré à une communauté et combat à leurs côtés. Une fois encore, l’accès à cette culture passée sous silence est porté par un regard américain, blanc, coupable. Werner Herzog, pour sa part, assume son incapacité à comprendre la culture aborigène. Dans Le pays où rêvent les fourmis vertes, il choisit de réinventer des mythes pour tenter de saisir, à partir de ce simulacre, une certaine réalité de leurs rêves et de leurs imaginaires.
En parallèle, un mouvement de contestation grandit dans les communautés indigènes. Poussés par des revendications identitaires, certains se saisissent de la caméra et entrent en résistance. Le cinéma qui s’y déploie milite contre la désappropriation de leur culture. L’Oeil des Zapatistes, réalisé par la communauté autonome du Chiapas, décrit la vie quotidienne des paysans mexicains exploités par de riches propriétaires terriens et leur entrée progressive et de plus en plus radicale dans la lutte. On y découvre qu’ils ne sont pas des « natifs en voie de disparition » mais des militants acharnés qui clament haut et fort leur singularité, leur ancrage culturel et religieux, leur capacité à exprimer le monde d’aujourd’hui. La caméra, disent-ils, « c’est un autre fusil ».

 

Pour louer des films au vidéoclub

 

 

:: Cinéma(s) indigène(s)

 

Fitzcarraldo – Werner Herzog
La captive aux yeux clairs – Howard Hawks
Les sœurs Quispe – Sébastian Sepulveda
Little Big Man – Arthur Penn
L’oeil des Zapatistes – Israel Feliciano (réalisé par la communauté indigène autonome du Chiapas)
La prisonnière du désert – John Ford
Le vent – Iven Sen (dans Explorations n°1)
Danse avec les loups – Kevin Costner
Pays des peuples sans maîtres – El Perro que ladra
Black Harvest – Bob Connolly
Navajo Joe –  Sergio Corbucci
Charlie’s Country – Rolf de Heer
La dernière vague – Peter Weir
New Mexico – Sam Peckinpah
Milestones – Robert Kramer et John Douglas
Apocalypto – Mel Gibson
Dead Man – Jim Jarmusch
Le bouton de nacre – Patricio Guzman
Route one – Robert Kramer
Le Pays où rêvent les fourmis vertes – Werner Herzog

 

Voir le catalogue “Cinéma(s) Indigène(s)”

 

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