Mardi 23 juin 2026 · 20h30


Édito du cycle

 

 

« Corps troubles, peaux d’argent », c’est un nouveau rendez-vous de cinéma queer-féministe, une invitation à explorer ensemble comment les artistes minorisés peuvent s’emparer des outils du cinéma argentique pour rendre compte de la matérialité de leur existence et proposer d’autres manière de faire.

Parfois, je me demande si les mecs-cis-hétéro blancs et valides savent qu’ils ont un corps. Le leur n’est jamais questionné, il se donne comme un repère neutre et universel. À l’inverse, les meufs, les personnes queer, racisées, ou handis, y sont sans cesse ramené·es, obligé·e de sur-conscientiser leur apparence et leur moindre geste. Nos corps font tâche, dégoûtent ou fascinent. Ce sont des corps-cibles, sur lesquels le pouvoir s’est octroyé un droit de regard et de contrôle. Des corps tantôt confinés dans l’obscurité et le silence, tantôt exposés à une lumière prédatrice et extractiviste par les formes culturelles et médiatiques dominantes. Alors, comment le cinéma DIY, amateur ou expérimental, peut-il les donner à voir autrement que comme de simples objets de regard ? Quelles esthétiques et représentations peut-il offrir à ces corps qui ressentent et vivent en dehors des normes et des assignations ?

Si dans la chair s’inscrivent les interdits et les violences, le corps apparait comme un lieu de transgression et de résistance. Pour les cinéastes minorisés, il est souvent la seule ressource disponible à la création. Leurs oeuvres témoignent ainsi de l’urgence à parler pour soi, depuis les marges et avec les tripes, tandis que nos histoires sont sans cesse récupérées et exploitées par la machine capitaliste. Ce sont des films situés et incarnés, fabriqués dans une autonomie partielle ou totale vis-à-vis de l’industrie cinématographique. Fait de bric et de broc, souvent développés artisanalement dans un laboratoire autogéré ou une salle de bain transformée en chambre noire, ils conservent les traces laissées par les mains qui les ont façonnés.

À l’heure où l’obsolescence de la pellicule argentique n’est plus matière à discussion, où les intelligences artificielles génératives créent des images désincarnées, et où la montée des politiques fascistes réaffirme le contrôle des corps, les courts-métrages regroupés dans ce cycle de programmation nous proposent de reconsidérer l’articulation corps-film dans une démarche à la fois sensorielle et politique.

Malou Six

La séance

 

Comment le pouvoir médico-social et les politiques sécuritaires produisent-elles le corps ? Comment le sanisme informe-t-il ses représentations ? Et à l’inverse, comment perçoit-on nos propres maux et cicatrices ? Comment un film peut-il retranscrire de manière sensible et sensorielle un état post-traumatique ou un handicap invisible ?

A travers 8 courts-métrages, cette séance met en tension l’imagerie techno-scientifique qui prétend produire et détenir un savoir objectif sur le corps humain, et des images subjectives, situées et incarnées, au plus proche du vécu. Si les institutions disposent d’outils pour scruter nos corps jusqu’à nos plus profondes entrailles, et du droit de les analyser, catégoriser, diagnostiquer, « soigner » et contrôler, les cinéastes crip, féministes et queer, quant à elleux, se servent de la pellicule argentique comme outil de résistance et de contre-discours. Parler du corps à partir de ce qui nous affecte et de ce qu’on en fait, c’est raconter ce qui se passe en interne, pour soi, depuis soi.

Malou Six

Clear

de Hogan Seidel | 2024 | États-Unis | 6 min

Clear est une confrontation viscérale avec l’illusion de la « sécurité », une critique de la violence silencieuse que les technologies de surveillance imposent aux corps, notamment trans et non-binaires.


Sanctus

de Barbara Hammer | 1990 | États-Unis | 19 min | Projection en 16 mm

À partir de séquences filmées aux rayons X tournées par le docteur James Sibley Watson dans les années 50 et 60 (qui avait réalisé avec James Webber The Fall Of The House Of Usher et Lot In Sodom), Barbara Hammer nous présente l’intérieur du corps humain comme un monde à la fois fascinant et inquiétant, étrange et monstrueux.


Dans ma tête

d’Irina Tempea | 2024 | Canada | 6 min

Dans ce journal filmé à la première personne avec une caméra super 8, la réalisatrice retraite les images de résonance magnétique qui ont permis le diagnostique de sa sclérose en plaques.


Pigment-Dispersion Syndrome

de Jennifer Reeves | 2022 | États-Unis | 6 min

Atteinte d’un trouble oculaire, Jennifer Reeves nous embarque dans une méditation sur la peur et la beauté. La pellicule 16mm, peinte à la main, laisse entrevoir une infinité de couleurs et de textures.


Fool(ed)

de Max Van Loan | 2017 | États-Unis | 8 min

Filmé en 16mm et à la première personne, Max Van Loan documente les difficultés rencontrées dans sa tentative de comprendre et de surmonter un traumatisme.


Fool(ed) (reprise)

de Max Van Loan | 2019 | États-unis | 1 min

Comme un épilogue ou une variation à Fool(ed), ce film opère comme un cri : « les excuses n’effacent pas le préjudice ».


The tender place where the world breaks

de Max Van Loan | 2021 | États-Unis | 13 min

Dans ce film Max Van Loan retrace son parcours d’hospitalisation. Iel écrit : « pendant deux ans, j’ai essayé de ne plus respirer, de ne plus toucher mon corps, d’engourdir mes os qui se tordent. Sois juste toi-même ! Une voix se brise comme du cuir qui craque ».


Always a Bridesmaid, Never a Bride of Frankenstein

de Deidre Logue | 2000 | Canada | 2 min

À travers une performance teintée d’humour, Deirdre recouvre son corps de cicatrices. Le film fait partie de la série Enlighted Nonsense, qui aborde des thématiques telles que la blessure, la peur et l’échec.


Informations pratiques

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La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.

Nous pratiquons le prix libre (chaque personne paie ce qu’elle veut/peut/estime juste). Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun·e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui paraît bienvenu.

L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 8€ et valable sur une année civile. Il est possible de prendre son adhésion en ligne. Pour celleux qui le souhaitent et le peuvent, cette adhésion permet aussi de nous soutenir, en ajoutant un montant de son choix.

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