Les étudiants de l’ESADMM, (l’Ecole Supérieure d’Art et de Design Marseille-Méditerranée, dans le cadre d’un ARC, Atelier de Recherche et de Création, unité d’enseignement commune aux options design et art, qui sont proposées de manière transversale à tous les étudiants d’années 4 et 5, se rencontrent autour d’une invitation faite au réalisateur Florent Tillon. La projection de Détroit Ville sauvage, en présence du réalisateur, sera précédée d’une présentation/ restitution des étudiants de l’arc Partition. Detroit Ville sauvage restitue l’effondrement industriel de « Motor City » et les prémisses du développement d’une « nouvelle ville ».


Ce documentaire retrace l’histoire depuis Henry Ford, la croissance de General Motors, jusqu’aux grèves des années 60 et aux fermetures des années 70, la décadence de la ville, la survie des habitants et l’apparition d’une nouvelle société urbaine. La parole est largement donnée à ceux qui peuplent encore ses rues.
La suite et le deuxième volet de ce film migrera dans le désert du Nevada pour réaliser Las Vegas méditation afin de montrer « l’effondrement du rêve virtuel ; de cette économie basée sur la croyance en la croissance plus que sur une vraie croissance ».

Comme pour Detroit ville sauvage, la parole est donnée aux habitants vivant en marge, on y croise punks, bikers, sans-abris, tous avec un point de vue sensible et réaliste sur Las Vegas. Mélange de Mad Max, de prophéties sur la fin de la ville, Florent Tillon s’approprie les thèses de Mike Davis et s’interroge sur le devenir de ces villes où la consommation domine les rapports humains et où le vivre ensemble est remis en cause par un système capitalistique.

 

Détroit Ville Sauvage

de Florent Tillon – 2010, France, 1h20, VOstFR

L’industrie automobile a créé Détroit, jadis la ville la plus industrialisée des États-unienne. Puis, la désertion de cette même industrie fit retourner la ville à son premier état de nature : en de vastes prairies traversées par des faucons, des coyotes et autres animaux de forêt, transformant ainsi le paysage urbain en décor de film de série B. Mais la chose la plus étonnante n’est pas seulement que des gens vivent encore dans ces décombres, mais que des jeunes Américains viennent d’autres horizons pour s’installer à Détroit, au beau milieu des ruines et des terres en friches… Quels sont leurs projets ? Quels sont leurs rêves ? Sont-ils les nouveaux pionniers d’une Amérique dévastée ? Est-ce que l’Amérique pourrait être “re-découverte” ?

Interview du réalisateur Florent Tillon sur Las Vegas et Detroit

Né en Nouvelle-Calédonie, Florent Tillon est réalisateur et vit à Tarnac. En 2007, il réalise son premier film, L’observatoire, en observant l’intérieur d’un immeuble de bureau de Saint Ouen depuis sa propre fenêtre, tel un espion (film disponible sur son site). Il autoproduit ensuite un documentaire de moyen-métrage Rond point de la Porte Maillot à propos d’une colonie de lapins coincée sur un rond-point. Ce documentaire attire l’attention du producteur Pierre-Emmanuel Fleurantin et trouve la structure financière pour le projet de long métrage sur la ville de Detroit : « Detroit Ville Sauvage ». Avant de le tourner en été 2009, Florent Tillon réalisa un court documentaire à propos de la crise immobilière en Espagne :  Gran Scala, le dernier western . En 2014, il réalise son dernier docu-fiction Las Vegas Méditation.

Quelles sont vos influences cinématographiques ? et / ou artistiques ?

Bigre. Je ne sais pas par où commencer… J’adore les films-fleuves par exemple, comme « Aguirre ou la colère de Dieu », « Apocalypse Now », « Pierrot le Fou » et « Sorcerer ». Ce sont de grands récits grandioses et épiques, avec une langueur parsemée de violences soudaines, aux rythmes tortueux et meditatifs et surtout, ancrés dans le réel, avec une volonté farouche de filmer la nature, l’organisation chaotique de l’homme, la vérité d’une époque. J’aime aussi les films-machine comme « Les Temps Moderne », « Robocop », « Terminator », « Blue Collar », ces films montrent le combat de l’homme face à une machine qu’il a pourtant crée, le mythe de Frankenstein… Et enfin les films post-apocalyptiques comme les films de Romero ou de Carpenter, ou encore « Mad Max », qui sont des choses qui forment ma culture de « baby-doomer ».

Les cinéastes contemporains comptent aussi car le cinéma ne cesse de changer et d’apporter des choses comme Jia Zhan Ke, Alain Guiraudie, Marie Voignier. J’ai très envie de voir le dernier film de Virgil Vernier par exemple: « Les Mercuriales » qui sort bientôt dans les dernières salles indépendantes qui restent. Mais de façon générale j’aime les cinéastes qui ont les pieds dans le réel.

Par ailleurs, c’est vrai que l’art contemporain a joué un rôle de déclic par sa réappropriation du documentaire au cours des 10-15 dernières années, dont Marie Voignier et Nicolas Boone sont issus par exemple. Ce sont des cinéastes avec qui j’ai travaillé et qui m’ont aidé à me lancer, sans aucun doute.

Quels sont vos premiers souvenirs de ville ?

Pour moi la ville est le symptôme d’un état général du monde : entre les centres ville abandonnés ou sacralisés, les banlieues romaines à perte de vue, zones commerciales terrifiantes, grands lieux générateurs de fantasmes zombiesques et de visions de fin du monde… La ville a tout simplement changé et sans doute notre regard aussi.

Mes premiers souvenirs inoubliables de ville c’était Sydney ou Los Angeles, j’étais gosse, mais l’admiration que j’avais pour ces endroits a laissé la place à une sorte de stupeur. J’observe à présent ces villes avec fascination et répulsion. Et surtout je n’habite plus en ville…

Pourquoi traiter des villes comme Détroit et Las Vegas ? Deux villes singulières dans leur développement (industriel / loisirs-jeux) et leur déclin.

Ces deux villes ont beaucoup de choses en commun mais se distinguent en même temps de par leur place historique. L’une est en quelque sorte la suite de l’autre. Vegas c’est toujours l’usine, mais de la génération d’après, les open spaces et les casinos ayant remplacé les chaîne de montage et les aciéries. Mais au fond le système reste le même en s’étant simplement virtualisé, robotisé. Au fond nous sommes « au stade Vegas du capitalisme » pour reprendre Mike Davis, la répression restant totale, induite, souvent invisible et souvent perverse. Mais l’effondrement de ces deux villes tient aussi de leur nature « laboratoire » du capitalisme. Ce sont toutes les deux des villes où l’on a essayé des choses que l’on a développé par la suite à travers le monde, laissant ces villes comme des cratères.

Au fond, ce qui m’intéresse dans ces villes c’est d’utiliser leur densité historique et spectaculaire pour essayer de refléter les grandes transformations. Et surtout de chercher toujours l’humain, l’être, qui pourra fabriquer du récit personnel, le marginal qui se tient debout devant le monde et qui médite. Ce regard est très important pour moi, celui du marginal, c’est souvent la meilleure porte d’entrée à une vérité personnelle.

Pouvez-vous expliquer votre approche cinématographique sur ces deux villes ? (« mélange » de réel sur le social, l’urbanisme et d’influence cinématographique – ex : scène des bikers dans Las Vegas).

Les bikers, c’est à la fois un gag et de l’imaginaire. Le peuple des tunnels sous les casinos aussi résonnent avec des fantasmes de science-fiction apocalyptiques. Mais on retrouve ces références dans leur langage même. Les bikers, comme les sans-abris, parlent parfois comme dans « Mad Max » ou « Terminator », leurs mots sont choisies pour le rôle… Les USA sont vraiment, et pour quelques temps encore je pense, le pays d’avant-garde du spectacle. Tout le monde y joue un rôle, plusieurs rôles. Alors si le réel comporte lui-même de la fiction…

Dans « Detroit Ville Sauvage », il y a un peu de fiction, l’imaginaire était tellement prenant par lui-même qu’il suffisait presque de poser sa caméra au grès des ruines. Dans Vegas, en revanche, la nouvelle d’autofiction de Jarret Keene nous sert de socle narratif pour lier des scènes intimes avec lui et ensuite diluer le désastre de Vegas.

Mais pour moi c’est très difficile d’arriver à une vérité personnelle avec de la réalité pure, avec la « nature » des choses. On peut toujours faire un film animalier, mais il représentera toujours la froideur d’un monde inconnu. Je crois qu’il faut du récit pour incarner les choses, pour les rendre plus solides, plus puissantes et finalement plus « vraies ». Ajouter du récit au documentaire est une chose qui permet de créer son propre monde, ses propres règles, d’aller à l’essentiel, et d’atteindre une certaine forme de vérité. Rien ne me paraît plus faux en revanche que les documentaires dits « objectif » ou « neutre ». Plus les documentaires se prétendent objectif, plus ils mentent bien entendu. Et de fait, l’introduction du récit fictif dans le documentaire est quelque chose de plus en plus répandu dans les projets de films indépendants et ce depuis longtemps. Robert Kramer par exemple est un cinéaste politique qui avait compris dès les années 70 la force que l’on pouvait tirer d’un récit fictionnel au service du réel, et finalement du politique. Aujourd’hui, les journalistes devraient d’ailleurs dépasser cette question de la fiction et du documentaire qu’ils rejouent à chaque fois qu’ils sont confrontés à ce type de films, la presse devrait plutôt s’intéresser aux mouvements qui se forment peu à peu à travers le monde, elle devrait s’intéresser aux styles, aux expériences, aux ramifications, faire un travail de critique en somme…

Détroit est-elle une ville « blessée » selon vous et en quoi?

La plupart des villes sont blessées. Paris comme Detroit sont victimes des grandes transformations. Qu’elles soient plongées dans l’obscurité ou dans la lumière, les villes souffrent. Mais la campagne aussi souffre, tous les territoires changent. Les gens souffrent aussi, partout. Encore une fois Detroit est le symptôme d’un monde global. Je me dis souvent que si « Mad Max » est arrivé dans les années 80 ce n’est pas pour rien, cela correspondait à une vision, à un futur possible. A présent ce futur fantasmé est proche du monde d’aujourd’hui, dans certaines régions au moins. Dans d’autres région on est plutôt dans « Soleil Vert » et dans d’autre on est plus dans « Minority Report » ou « Brazil », etc.

Dans votre documentaire sur Detroit, une nouvelle communauté apparait (« bohème », artistique) qui donne de l’espoir dans un renouveau de la ville sur des bases en dehors des règles classiques de développement de la ville (anti-capitalistique principalement, petite agriculture de proximité initialement une agriculture de survie). Quelle est votre perception de cette évolution ? Est-ce un nouveau schéma de développement ? Ce « renouveau » n’apparait pas dans votre documentaire sur Las Vegas … pourquoi ?

En fait, à travers mes films, je crois que je cherche à raconter des imaginaires urbains, j’explore les mythes que les villes se racontent. Aujourd’hui Detroit se raconte comme un théâtre post-apocalyptique où l’espoir renaît des cendres. Peu importe la portée statistique de ces micro-économies communautaires, peu importe son ampleur politique véritable, le fait est que Detroit est devenue la ville imaginaire du futur, par ces idées de décroissance, de collectifs, d’économie de survie et d’amitié, surtout d’amitié. L’amitié c’est une des valeurs sur lesquels le politique devrait se recomposer, remplacer le copinage par l’amitié par exemple, c’est une idée…

Maintenant, pourquoi ce type de communauté n’apparait pas dans Vegas ? La réponse est simple : il n’y en a pas… Que feriez-vous au milieu du sable, des cactus et des serpents sans une seule goutte d’eau ? Si Detroit est la ville imaginaire post-effondrement, Vegas est la capitale de l’Apocalypse et du Bloom, de la fin de tout. Rien n’est à garder à Vegas, tout est à re-faire à Detroit. Ces deux films composent en fait un dyptique, ce sont pour moi les deux visages de l’Occident Post-Industriel ; d’un côté la ruine et de l’autre le casino. Et cela se répands à travers le monde entier.

La question est : « où êtes-vous le plus susceptible d’être heureux ? » Pour moi je réponds sans hésitation : dans les ruines… Il y a une BD des années 70 qui avait développé cette idée de deux mondes séparés, entre la cité technologique et les territoires abandonnés ; « Simon du Fleuve » de Auclair. Malheureusement Auclair est mort depuis longtemps.

Comment choisissez-vous votre ville et votre thématique ? Votre approche est-elle intuitive ? Spontanée ?

Oui, plutôt intuitive.

Le partenaire de programmation : 


L’ESADMM est un établissement d’enseignement supérieur agréé par le Ministère de la Culture et de la Communication et faisant partie du réseau des écoles supérieures d’art.

L’École, créée en 1752, est installée depuis 1969 sur le campus de Luminy dans un ensemble architectural conçu par René Egger et classé « Patrimoine architectural du xxe siècle ». Elle a pour vocation de former des artistes, des designers et créateurs dans les arts plastiques et visuels.

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