« J’ai toujours été pour tout être » ce sont les mots gravés sur la tombe de Guillaume Dustan dont l’œuvre reste méconnue, mal connue en raison des malentendus qui l’entourent. En préambule au cycle qui lui est consacré, l’association Nolimetangere propose au Videodrome 2 une programmation émancipée.


GUILLAUME DUSTAN

« La réputation sulfureuse de cet ancien magistrat devenu écrivain masque l’essentiel, soit en l’assignant à l’identité de pur provocateur, soit en le noyant dans la masse du maelström médiatique auquel, de son aveu même, il aimait à participer. Homo militant, hédoniste déclaré, apologiste des drogues, chantre du monde de la nuit, pornographe politique, autobiographe fanatique, continuateur libéral de l’esprit de 68… Dustan est l’une des très rares figures porteuses d’utopie dans le monde policé des lettres françaises du tournant du 21ème siècle gagné par un vent de nihilisme, de cynisme mélancolique et de dérision propres à ce qu’il faut bien appeler une version négative de la postmodernité. Dustan est une exception notable dont le vitalisme le pousse à mêler une écriture de soi la plus crue à une entreprise politique radicale. La lecture de ses textes renouvelle ce qu’on appelle « autofiction » : on assiste à une écriture qui refuse la séparation entre le moi et le monde, une écriture qui propose une autre façon de penser la vie, totalement étrangère à la tradition française dominée par le modèle de l’intellectualisme humaniste. Pour Dustan, la littérature comme la politique passe par le corps autant que par les formes de vie proche d’une vision Nietzschéenne de l’existence. Se référant essentiellement aux cultures pop et underground, il veut donner la précellence à tout ce qui est méprisé par la culture logocentrique de l’Occident. Son appartenance au monde homosexuel a également brouillé sa réception. La ruse du milieu littéraire consista à le réduire à un trublion interne à ce champ bien défini. Et pourtant, Dustan a produit une littérature universelle à partir d’une position ultra minoritaire au sein même d’un milieu marginal. Sa production en rafale témoigne d’une évidente énergie, d’une dépense qui est à la fois celle de la jeunesse et de l’urgence, de la lutte contre la mort et de la nécessité de prendre la parole. »

Extraits de notes de Thomas Clerc

Journal intégral

de Julien Green (édition posthume), lecture d’extraits

Ainsi le grand écrivain catholique Julien Green (1900-1998) a passé sa jeunesse à courir les pissotières, multipliant les aventures homosexuelles, partageant ses amants avec l’homme de sa vie, l’écrivain et journaliste Robert de Saint Jean. Ainsi, son journal, dont il publia dix-sept volumes entre 1938 et 1996, était tronqué, privé des descriptions précises de rêveries érotiques et de dragues, de corps et d’actes qui, en réalité, remplissaient ses carnets. Ainsi aujourd’hui, son journal est publié dans son intégralité. Il révèle la vie amoureuse et sexuelle de Green. Très présente dans le journal manuscrit, et décrite avec force détails, de façon très explicite, elle avait été systématiquement omise, autocensurée, anonymisée et finalement très distanciée dans la version publiée du vivant de l’auteur. Or, la vie sexuelle du jeune Julien Green, dans le Paris, mais aussi l’Europe et l’Amérique de l’époque, se trouve documentée de façon totalement inédite par les manuscrits : rencontres furtives, amants de passage, lieux et pratiques occupent les journées et les nuits du jeune homme, autant que l’écriture, et c’est tout un pan de la vie d’un homosexuel de la première partie du XXe siècle qui se trouve éclairé comme jamais. À la frénésie quotidienne de la quête du plaisir succèdent les portraits des amants de passage, certains devenus réguliers au fil du temps, dont les listes sont scrupuleusement notées dans les pages liminaires des cahiers, mais aussi le récit cru, sans fard, pornographique parfois, des rencontres. À ce titre, le Journal intégral de Julien Green constitue un document humain, existentiel et sociologique nouveau.


Blow Job

de Andy Warhol, 1963, 35 min, muet – sous réserve

Réalisé à la Factory en 1964, Blow Job est l’une des pièces maitresses de la production filmique de Warhol traitant de la durée et de la notion de voyeurisme, tout comme Sleep, Empire, Harlot ou encore Couch. À l’image, un jeune homme reçoit de façon implicite une fellation (hors champ). Ainsi l’acte érotique ne (sur)vit que dans notre imagination, on fait alors l’expérience du temps qui passe et du film en tant que matière.


Race d’Ep

de Lionel Soukaz, 1979, 1h35

Ou quatre rêveries autour des grands archétypes de l’inconscient homosexuel. Rasdep, en verlan signifie pédéraste. On glisse à l’idée de race à part, appliquée aux homosexuels masculins. Le film de Lionel Soukaz et Guy Hocquenghem tente de retracer l’histoire de la différence assignée à l’homosexualité dans la société, au cours du XXème siècle. Les quatre épisodes qui constituent ce film sont plus significatifs d’expressions diverses du désir homosexuel que de l’histoire même d’une minorité affrontant les préjugés, l’intolérance, la répression. Le film confronte des éléments de pensée et de réflexion sur la fascination de l’interdit, les systèmes répressifs, l’explosion libératrice et la recherche de l’autre. Race d’Ep fait signe, d’un lointain intérieur, parfois inaccessible, et si proche pourtant, brassant une actualité foisonnante, proliférante. Cette œuvre cinématographique est enfant de l’après-mai. Elle porte jusqu’à nous la voix et les fulgurations de ce trop bref temps d’exubérance, de convulsions paroxystiques, et de l’âme, et du corps. Elle touche aussi à ses confins, les années où, après le fugace arc-en-ciel des utopies de 68, se profile un temps de glaciation des sensibilités, des rapports humains, auquel Félix Guattari a donné le nom d’Années d’hiver. Tournant des années 70-80 où, à la vie, se marie alors le désespoir. Cela, le film le crie, le jette à la face du spectateur, dans un brassage d’éclats de couleurs et de sons. Le mariage du ciel et de l’enfer des années du No future. Désespoir peut-être, intérieur et clamé ; mais vitalité avant tout, c’est le refrain du mot « vivre », flashé sur l’écran en lettres de feu. Lettres qui émergent d’un hors-champ invisible, dansent, se rassemblent, composent le sens d’un instant immédiatement défait, pour se refaire ailleurs, avec une insistance lancinante, obstinée. Obsessionnellement. Ce vivre est l’appel, le coup de poing asséné, l’affirmation en dépit de tout, contre toute négation, devant un univers qui explose. La vie sourd, se fraie sa place à travers chaque interstice qu’elle occupe à tout prix : visages, corps, sexes, étreintes, paradis aussi, ciel des drogues disloquant les pans éclatés des institutions qui se dissolvent, d’un monde dont les murs tombent en ruines. Plus encore que le retour d’un refoulé sous l’épais manteau des conventions, c’est l’explosion du désir répondant à celle de la violence de l’ordre social.


LIONEL SOUKAZ

 

Le parcours du cinéaste-poète Lionel Soukaz est indissociable de nombreux mouvements radicaux, politiques, intellectuels et artistiques de 1970 à nos jours. Né en 1953, il côtoie au début des années 1970 le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) avant de rencontrer René Schérer et Guy Hocquenghem avec qui il réalise en 1978-1979 Race d’Ep, une histoire d’un siècle d’homosexualité, classé X par la Commission de contrôle des films cinématographiques. En réaction contre la censure, Lionel Soukaz tourne l’année suivante Ixe, film de révolte et de “vitalité désespérée”.

 

 


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