Qu’est ce que « le langage de la vie réelle » ? Il est des films qui réveillent l’importance des mots, insistent sur les imaginaires qu’ils drainent dans leur sillage, témoignent de nos constructions symboliques du monde, celles qui impliquent nos actions. Dustur, de Marco Santarelli, est de ces films. Au travers de l’écriture collective d’une constitution idéale dans la bibliothèque d’une prison de Bologne, il articule l’écriture pour soi et pour les autres. Dustur signifie « Constitution » en arabe. L’enjeu de ce documentaire est de rejouer la puissance du langage et l’idée que nos images sont avant tout parlées. Le « croire en » se vit comme un horizon indépassable de l’existence sociale « dans la mesure où la réalité a depuis toujours une constitution symbolique et comporte une interprétation dans des images et des représentations du lien social lui-même » (Paul Ricoeur, Utopie et idéologie)

Dans le cadre de ce rendez-vous autour du documentaire de création, nous aurons soumis à votre regard Comme des lions de Françoise Davisse, In Limbo d’Antoine Viviani ou encore Zona Franca de Georgi Lazarevski, Des Lois et des Hommes de Loïc Jourdain.  Ce programme bénéficie du soutien d’ARTE Actions Culturelles.


 

Dustur
de Marco Santarelli – 2015, Italie, 1h15, VOstFR

Dans la prison de Bologne, un moine catholique et un médiateur musulman animent un atelier sur la constitution italienne et la tradition islamique. Samad, détenu marocain en conditionnelle, le fréquente en attendant sa libération. Dustur commence dans une bibliothèque pénitentiaire et finit presque dans les Apennins, lieu de résistance au fascisme et terre d’origine de Giuseppe Dossetti, le prêtre et juriste qui contribua à élaborer la constitution de 1946. D’une cage de hamster au bruit des barreaux, la tension entre ouverture et fermeture sous-tend ce film, dont le double enjeu, collectif et individuel, est d’ »ouvrir » une religion qui risque de se radicaliser en détention et de savoir réussir à revenir à l’air libre. Par le seul ordonnancement des séquences, Marco Santarelli met en vis-à-vis l’importance d’un vocabulaire précis, discuté pied à pied à l’atelier (« les mots sont importants », hurlait Nanni Moretti dans Palombella rossa) et la force nue de l’action à des moments clés – et angoissants – de l’existence. En croisant parole pédagogique et témoignage intime, Dustur suggère aussi par sa forme ce que peut apporter pour l’individu comme pour la société le processus d’écriture : pour Samad, le but de l’atelier (la rédaction d’une constitution idéale, dustur en arabe) rejoint la nécessité de s’écrire une vie nouvelle, face à une page blanche qui fait office de miroir. (C.G.)

 

Dustur

 

Attention, coup de coeur ! Dans Dustur (qui signifie « Constitution » en arabe), Marco Santarelli passe les portes de la prison de Bologne pour filmer un groupe pédagogique de détenus et de prêtres discourant sur l’opportunité d’une constitution idéale, prenant pour appui les constitutions italienne et tunisienne, toute fraîchement née et inédite dans le monde arabe. A priori, rien de plus aride que cette proposition… sauf que les discussions emmènent le spectateur vers des enjeux théoriques vertigineux, où le politique s’insinue dans le fait religieux (et vice-versa), où l’éthique personnelle se confronte aussi aux principes d’une vie en communauté. Au milieu de ces discussions passionnées et passionnantes, on suit Samad, encore jeune mais déjà ancien détenu de la prison, ayant parcouru le chemin qui mène de la délinquance à l’analyse des textes et de la morale.

Un grand, très grand film de parole : rien n’y semble plus difficile que de combler le fossé creusé par la radicalité religieuse. Pourtant la posture de chacun des personnages indique dans le même temps que seul le dialogue permet, lentement, de dénouer les fils d’idéaux et de principes moraux opposés, voire concurrents. Un très grand film qui se nourrit du lent rythme de la probation judiciaire que Samad, héros magnifique, doit encore subir. Son progressif retour à la « vie normale » s’accompagne d’une tendresse à l’égard du monde, que Marco Santerelli traduit dans une économie de plans, et une simplicité touchante.

Nicolas Bole pour le Blog Documentaire

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