Clore un cycle dédié au mélodrame avec Corps à cœur , c’est donner là l’occasion d’un bouquet final avec la description la plus clinique qui soit et sans pitié de l’amour, de ses élans, de son impossibilité, de la douleur infinie qu’il peut procurer. Sorti en 1979 sur les écrans français, c’est probablement le flm de Paul Vecchiali qui articule le plus superbement la question du désir et de la mémoire autour d’un présent qui se dérobe sans cesse pour laisser apparaître le masque de la mort. Le cinéma de Vecchiali est constamment nourri par cette inquiétude de la fin précipitée, du désir qui se conjugue avec la disparition. Corps à cœur , plus que n’importe quel autre flm, porte en lui un beau paradoxe, une sorte de douleur lumineuse ou d’espoir mélancolique qui rappelle les plus beaux films de Douglas Sirk.


Parce que Paul Vecchiali est à la fois le cinéaste le plus libre, le plus culotté, le plus divers qui soit, tout en s’inscrivant parfaitement dans une certaine veine de l’histoire du cinéma. Parce qu’il fait du glamour avec du trivial, qu’il montre le sexe avec une grande décontraction. Parce que ses films ne ressemblent à rien d’autre. Parce qu’il aime les acteurs et leurs excès, les utiliser à contre emploi. Parce que ses scénarios romanesques sont à la fois touffus et d’une étonnante cohérence. Parce que son cinéma est dérangeant, inquiétant…

Au commencement, il y a donc Pierre, dit Pierrot. Garagiste de profession, la trentaine assurée et séduisante, l’homme entraperçoit un jour à l’église le visage de Jeanne-Michèle, pharmacienne, la cinquantaine encore rayonnante. Il est subjugué par sa beauté mélancolique à peine fanée. Rien ne semble a priori prédestiner un rapprochement entre le jeune prolétaire et la bourgeoise établie, si ce n’est cette musique élégiaque, le Requiem de Fauré, autour de laquelle Vecchiali construit par un savant jeu de montage et de champs/contrechamps un lien sensuel qui scelle la nécessité de cette rencontre. Cette première image de la femme désirée ne cessera d’ailleurs jamais de cristalliser le désir de Pierrot, revenant comme un inlassable leitmotiv. Les obstacles sont nombreux avant que l’expression orale du désir ne conduise à l’abandon des corps. Au-delà d’une différence sociale que Vecchiali lie avec l’exercice d’un travail, les personnages jouent continuellement sur les mots et leur sens porté pour mieux dissimuler la vérité de leurs sentiments.

Et pourtant, derrière ces mots en trompe-l’œil se devine la désarmante sincérité d’un amour fou. Pierrot exprime un sentiment qui ne trouve pas de meilleure vérité que dans cette formule empruntée aux plus banales histoires d’amour : «je vous aime». Jeanne-Michèle, elle, refuse de croire à l’évidence de ce sentiment amoureux, convaincue qu’une telle phrase ne peut que trahir les piètres performances d’acteur de l’homme qui la courtise. S’il ne parvient pas à séduire cette femme qu’il aime, c’est peut-être tout simplement parce qu’ils ne viennent pas du même monde. L’inscription sociale devient donc une asphyxiante prison. Au-delà de son indéniable maîtrise formelle, ce qui bouleverse le plus dans ce flm tient probablement à cette manière dont la caméra épouse avec une empathie jamais affectée la fragilité de ses personnages. On pense bien entendu à cette flamboyante déclaration d’amour sur la plage où les mots parviennent à panser le temps de quelques précieuses secondes toutes les blessures d’une vie entière. On pense aussi à cet autre instant où un jeu de colin-maillard fait ressurgir une terreur de la mort tapie au fond de soi.

 

Corps à coeur
de Paul Vecchiali – 1979, France, 2h06

Pierrot a quelque trente ans, Jeanne en a bien cinquante. Il est garagiste. Elle est pharmacienne. Lui loulou, elle racée : on ne sait pas très bien ce qu’ils ont en commun si ce n’est la musique. Ils se rencontrent à la Sainte Chapelle pour un concert du Requiem de Fauré. Pierrot devient amoureux fou. Il est prêt à tout. Mais Jeanne se refuse. Cependant, c’est quand il n’y a plus rien à perdre que l’amour devient possible…


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