On a d’abord voulu partager des films, individuellement, car l’impression de puissance qu’ils nous avaient laissée ne s’affaiblissait pas après de multiples visionnages. La plupart sont rares, ce qui renforçait l’envie de les montrer. Des films épars qu’il fallait rassembler, d’où l’apparente hétérogénéité de cette programmation, qui ne s’arrête ni à une période précise, ni à un pays, ni à un auteur, ni à un thème. Si un fil conducteur a fini par apparaître, ce fut dans un second temps : tous ces films s’évertuent à donner la parole aux gens, à nous donner à entendre et à voir des inconnus nous raconter leur(s) histoire(s).

Le dispositif de l’entretien se trouve assez naturellement au cœur de ce cycle, car il est une forme qui place celui qui raconte comme sujet principal, et qui s’attache à l’acte de raconter autant qu’à l’histoire elle-même. On pense à l’entretien comme simple technique d’enquête, comme un outil permettant de collecter des données empiriques, comme un degré zéro du cinéma. Or, la capacité de ces films-portraits à nous mouvoir et nous émouvoir n’a rien à envier au grand cinéma de fiction, et l’impression d’authenticité peut même jouer en faveur de notre abandon.

L’interrogatoire filmé met au jour la difficulté de l’aveu, de la confession arrachée, la mise à nu de ceux que l’on filme, mais peut aussi se muer en une libération salvatrice, un accouchement du non-dit. Dans D’amore si vive, Silvano Agosti est par moments intrusif au point de mettre mal à l’aise les interrogés, mais c’est pour mieux obtenir leur confiance, provoquer un indicible (pas toujours invisible) déclic et percer la surface des choses. Il donne la parole autant qu’il l’arrache, il doit en passer par des procédés tortionnaires, pour autant son geste est d’une générosité extrême.

Parfois la conversation se substitue à l’interrogatoire, et d’autres fois le rapport s’inverse, et ceux à qui l’on donne la parole semblent bien conscients du pouvoir qu’on leur offre, et se plaisent à sur-jouer, à manipuler leur auditoire, voire à s’inventer des vies. Le fait que Jason Holliday (Portrait of Jason), nous mène en bateau deux heures durant, mélangeant allègrement le vécu, les souvenirs enjolivés, et les inventions pures, n’altère en rien la jubilation éprouvée. Et encore dans Grey Gardens, où Big Edie et Little Edie, parentes proches de Jackie Kennedy, vivent dans leur manoir de East Hampton au milieu des vestiges d’un passé fastueux, qu’elles évoquent et rejouent inlassablement comme si l’époque n’était pas révolue, rendues aveugles à la décrépitude de ce qui les entoure.

La prétendue objectivité documentaire importe peu ici. Lorsqu’il s’agit de dresser le portrait d’une génération, Chris Marker le servira davantage sous la forme d’un essai poétique à voix multiples plutôt que sous celle de l’étude sociologique, et Bertrand Blier ouvrira son Hitler… connais pas ! par une mise en garde qui se suffit à elle-même : « Ce film ne prétend pas être un panorama de la jeunesse actuelle. Il s’agit uniquement de onze jeunes qui ont, ou qui vont avoir, vingt ans en 1963. Onze personnages, c’est tout… choisis dans le but de faire un spectacle et non une enquête. » À l’inverse des reportages journalistiques, la présence des visages à l’écran n’y a pas vocation à combler du vide, elle permet d’exprimer ce qui n’est pas dit, de lire les réticences, les hésitations, de faire apparaître les stigmates du temps, et de rendre visible la genèse du récit… Les visages filmés, riches d’un sens insaisissable et illimité, participent autant que les récits oraux à invoquer tout ce qui n’est pas montré. C’est d’ailleurs en partant sur les traces d’un photographe que naîtra le chef d’œuvre de Dušan Hanák (Images du vieux monde). Il s’agira dès lors de retrouver ces « visages d’hommes labourés par la vie » pour faire parler et bouger ce qui n’était que des portraits photographiques sans histoire et sans voix.

Portraits multiples – des habitants de Parme (D’amore si vive), de Paris (Le joli mai), de la génération passée (Images du vieux monde) ou de celle qui nous succède (Hitler… connais pas !) – ou dédiés à des personnalités précises – les extravagantes Edith Beale mère et fille (Grey Gardens), Jean-Noël Picq confessant un épisode voyeuriste de sa vie (Une sale histoire) ou Jason, l’homme aux mille vies, filmé le temps d’une nuit dans une chambre d’hôtel (Portrait of Jason). Toutes ces œuvres, aussi variées soient-elles, semblent traversées d’une curiosité, d’une tentative de compréhension par l’écoute, et surtout d’un même émerveillement lorsqu’il est question de voir de l’extraordinaire dans le banal.


Le programme du cycle

Portrait of Jason - Shirley Clarke

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Cycle "Histoires des autres : entretiens et portraits" (reprise)

:: Portrait of Jason
de Shirley Clarke - 1967, États-Unis, VOstFR, 1h45


Entrée à 5€ (+ 3€ d'adhésion)

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D'amore si vive - Silvano Agosti

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Cycle "Histoires des autres : entretiens et portraits" (reprise)

:: D'amore si vive
de Silvano Agosti - 1984, Italie, VOstFR, 1h33


Entrée à 5€ (+ 3€ d'adhésion)

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Grey Gardens - Albert Maysles et David Maysles

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Cycle "Histoires des autres : entretiens et portraits" (reprise)

:: Grey Gardens (sous réserve)
de Albert Maysles & David Maysles - 1975, États-Unis, 1h35


Entrée à 5€ (+ 3€ d'adhésion)

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Images du vieux monde - Dusan Hanak [+ Une sale histoire - Jean Eustache]

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Cycle "Histoires des autres : entretiens et portraits" (reprise)

:: Une sale histoire
de Jean Eustache - 1977, France, 50 min

:: Images du vieux monde
de Dusan Hanak - 1972, Tchécoslovaquie, VOstFR, 1h06


Entrée à 5€ (+ 3€ d'adhésion)

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Le joli mai - Chris Marker et Pierre Lhomme + DJSet

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Cycle "Histoires des autres : entretiens et portraits" (reprise)

:: Le joli mai
de Chris Marker & Pierre Lhomme - 1962, France, 2h16
Entrée libre (+ 3€ d'adhésion)

+ DJSet!

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Hitler... connais pas ! - Bertrand Blier

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Cycle "Histoires des autres : entretiens et portraits" (reprise)

:: Hitler... connais pas !
de Bertrand Blier - 1963, France, 1h27, copie 35mm


Entrée à 5€ (+ 3€ d'adhésion)

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 Voir le programme complet des séances cinéma


Trouver la salle de cinéma

Videodrome 2
49 Cours Julien
13006 Marseille

Voir le plan d’accès


Les tarifs des séances cinéma

Adhésion annuelle indispensable
à partir de 3€

5€ la séance
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

La carte Cycle 6 séances + adhésion annuelle
25€

La carte 10 séances + adhésion annuelle
45€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

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