17h (entrée à prix libre)

Le fond de l’air est rouge

Chris Marker – 1977, France, 3h

Un film a deux points communs avec un iceberg, à savoir : qu’avec le temps il en reste de moins en moins, et que sa part invisible est plus grosse que sa part visible.

Sauf rares exceptions, chaque œuvrette cinématographique laisse derrière elle un nombre considérable de chutes, doubles, coupures, regrets, remords… Leur destin est de s’en aller au mauvais vent des boites, des stocks, des bunkers, de la rouille, de la grogne, de l’oubli. Et pourtant, il serait idéaliste de penser que ce partage correspond fatalement à un choix de qualité (je parle surtout ici du film dit « documentaire » de reportage, du film vivant, ayant filmé la vie) et que le rapport du matériel monté au matériel exclu est le rapport du « bon » au « mauvais », ou même du « meilleur » au « moins bon ». En fait de tout autres critères interviennent. Il y a d’abord les limites du sujet choisi, qui excluent toutes sortes d’aspects marginaux ou généraux, des moments donnés par le hasard mais non requis par le propos, des digressions heureuses, des erreurs sublimes. Il y a dans certains cas, la hâte d’un premier choix jamais vraiment remis en question, et qui laisse de côté des éléments qu’un regard plus fouillé ou mieux ajusté eût remis à la première place. Il y a , bien sûr, les phénomènes de censure (ou d’autocensure). Il y a le travail du temps qui redonne à telle phrase, telle mention, à tel événement une valeur qui pouvait échapper à l’instant de sa prise. Il y a les rapports que ces plans-orphelins du montage établissent entre eux, par-dessus la tête de leurs films (ces plans qu’un regrette jusqu’au dernier moment de ne pas insérer parce qu’ils sont « géniaux » mais « qu’ils n’ont pas leur place », et qui la trouvent d’un coup, cette place, dans un autre ordre suggéré par d’autres rencontres).

Quel cinéaste n’a pas rêvé de rassembler un jour ses chutes, ou au moins de les reconsidérer pour réutiliser les plans, les séquences, les rouleaux regrettés ? A y replonger, il est très probable qu’on y trouverait au moins un thème commun : celui de la réflexion. Dans l’ensemble (et seulement dans l’ensemble) on pourrait dire que, parallèlement aux films « faits » qui décrivent en général le temps de l’événement, le temps de l’action, leurs chutes, leurs retombées, leurs épluchures décrivent le temps de la réflexion.

Ces fortes pensées sont bien entendu, comme toute pensée, l’alibi conceptualisé d’une nécessité économique. Dans le cas présent : l’envie de faire un film de montage concernant les sept dernières années, et particulièrement sous l’angle des modulations et métamorphoses du thème révolutionnaire dans le monde actuel, le mois de Mai 68 en étant pour la France l’axe symbolique, dérisoire et profond. Quand on n’est pas Harris-et-Sédouy, il faut être l’abbé Pierre.

Je sais que jamais je n’aurai le budget ni les moyens de recherche adéquats à un si vaste sujet. Alors, à moi les épluchures. Avec tout ce que moi-même et les autres n’avons pas retenu, pas utilisé, je ferai mon film que j’avais un moment songé à baptiser d’une expression employée pour la première fois dans son sens constructif : Les Poubelles de l’Histoire.

2 – Esquisse d’un inventaire :

Les grèves sauvages au début de 67… La Saviem à Caen, la Rhodiacéta, des bouts d’interviews pris ici ou là alors que ça commençait à bouger et que nous ne savions pas encore très bien ce qu’il fallait, ce qu’il faudrait faire…

Un voyage en Bolivie en Juin 67, filmé et jamais utilisé…

Des coups d’œil sur les USA en Octobre 67, parallèlement à mon tournage de la marche sur le Penatagone, lorsque le mouvement prenait forme dans les universités (et, à ce propos, une relecture de cette action sur le Pentagone, à la lumière d’évènements ultérieurs, qui lui donne aujourd’hui un tout autre sens…) Des documents inédits sur « L’affaire Langlois »…

Cuba au moment de la lutte contre le dogmatisme, l’ « hérésie cubaine » à son apogée… Une interview inédite de Fidel Castro à cette époque, traitant des « pseudo-révolutionnaires »…

Des photos reçues de Chine, et le récit d’un communisme occidental… Un très grand nombre de documents inédits sur Mai 68, parmi lesquels un tournage en couleur des barricades, un entretien de Cohn-Bendit avec étudiants et ouvriers sur la plage de St Nazaire, les discussions étudiants-ouvriers devant Renault, et surtout, « Mai vu par les autres » : responsables gaullistes, policiers, rapatriés et activistes de droite… Prague, l’été 68 : tournage et témoignage sonore clandestin…

Emmanuel d’Astier expliquant en 67 la nouvelle problématique politique… Les élections au Venezuela, les maquis, la libération d’un colonnel américain prisonnier des guérilleros, « Etat de Siège » en vrai… Les jeux Olympiques de 68 au Mexique, le massacre de Tlatelolco, une entrevue avec les membres du directoire étudiant… Un tournage inédit de réactions, dans la province française, après le départ de de Gaulle (« Moi, j’ai voté comme disent les vieux : vote le plus rouge que tu peux, ça a toujours le temps de pâlir »…)

Des documents sur le Chili de l’Union Populaire, l’Uruguay des Tupamaros, la répression au Brésil… De passage à Paris, interview d’un officier bolivien qui a pris parti contre sa caste… La condition des travailleurs immigrés exposée par un de leurs porte-parole et par un grand entrepreneur…

Une conférence de presse des travailleurs turcs osant prendre le risque de la publicité pour dénoncer les trafics dont ils sont victimes… Une anthologie de la « publicité détournée » sur les murs de Paris… Des gauchistes font le grève de la faim, d’autres (Sartre en tête) occupent le siège du CNPF…

Georges Marchais explique la nouvelle image du PC, il répond aux critiques (stalinisme, Tchecoslovaquie…) dans un débat public… EN dehors des sujets précis qui leur étaient consacrés, Artur London, Jorge Semprun, François Maspero (Marx et le Doute, l’idée de Parti, la circulation de l’information etc…) réfléchissent sur leurs expériences… Régis Debray fait le bilan de la sienne… Un militant « radical » nord américain analyse la montée et la retombée du Mouvement…

Témoignage sur les idées d’Ivan Ilich… Visite à un « club de jeunes » au Sénégal, témoignage éloquent parce qu’involontaire de la domination culturelle européenne… Un tournage clandestin en Grèce… La répression anti-fedayin à Amman…

Un nombre considérable de documents, de différentes époques, sur le Viet-Nam… Les îles Westman en Islande, îlot de calme en-dehors de l’Histoire jusqu’au jour où se réveille un volcan endormi depuis mille ans… La fête des Chats à Ypres…

Des « lettres » enregistrées sur cassette, envoyées clandestinement de plusieurs pays…

Voici une première recension de matériaux immédiatement disponibles mais, dés le projet connu, on m’apporte de tout côté des bobines, des boites, des choses… C’est le festival des oubliés du montage, le lumpen-editing. Du passé, faisons table pleine.

– Chris Marker

 

 

20h

Résultats des élections/soupe au pistou

 


 

Pour vous souvenir cette séance, vous pouvez l’ajouter à votre agenda

Les séances de cinéma
Videodrome 2, 49, Cours Julien, 13006 MarseilleCarte

 


Trouver la salle de cinéma

Videodrome 2
49 Cours Julien
13006 Marseille

Voir le plan d’accès

 


Voir le programme complet des séances cinéma

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer