Kleber Mendonça Filho revient dans son Setúbal natal, quartier bourgeois et familial de Recife. Il y saisit des vignettes du quotidien comme autant de micro épisodes d’une telenovela, entre banalité, petits désagréments et comédie de mœurs. Mais Les bruits de Recife est aussi et surtout un film qui scrute le passé politique brésilien : colonialisme, lutte des classes et patriarcat se réorganisent dans cette nouvelle promesse urbaine d’un quartier sécurisé, surveillé, aseptisé. C’est l’arrivée d’une société de sécurité privée qui bouleverse l’apparente tranquillité de ce quartier résidentiel. Cette « réflexion sur histoire, violence et bruit », divisée en trois chapitres (« Chiens de garde », « Gardes nocturnes » et « Garde-côtes »), dresse le portrait d’un pays qui se modernise sur une structure sociale archaïque.

Car derrière la banalité du quotidien se jouent des micro-scènes qui répètent, dans une nouvelle forme d’urbanité, le rôle des contremaîtres, des esclaves, des patriarches et des grands possédants. La modernité urbaine perpétue, en se parant d’aspects visibles, spatiaux et sonores différents, une structure sociale marquée par le patriarcat, le colonialisme et l’inégalité sociale. Si la mémoire menace, elle est comme un « bruit », parfois à peine perceptible, parfois tue, mais qui finit par devenir criante.

 

Les Bruits de Recife
de Kleber Mendonça Filho – 2012, Brésil, 2h11, numérique

 

Le film, au sein du cycle, tient une place particulière : les lieux filmés ne sont pas des marges, des rebuts, mais bien un centre de pouvoir abritant la classe moyenne montante, consécutive aux « années Lula ». Il occupe une fonction presque inversée : c’est de l’espace en apparence pacifié, parfaitement « moderne », que surgit la question politique. Autrement dit, c’est la marge elle-même qui contamine cet espace amnésique censé en être débarrassé. Contre un idéal de pureté sans lien avec le passé, le film met en scène l’impossible oubli d’une violence qui se perpétue et se perpétuera, pour des raisons éminemment politiques, même dans l’enceinte grillagée des gated communities.

 

 

« Les documentaires de jeunes réalisateurs comme Marcelo Pedroso (Pacific, 2009) et Gabriel Mascaro (Doméstica, 2012) font partie de ce cinéma qui remet en question les structures socio-politiques et les tensions économiques du pays, en refusant les discours pamphlétaires et pédagogiques qui marquent un certain cinéma d’ambition politique au Brésil depuis les années 1990. Les transformations accélérées de l’espace urbain de Recife (la verticalisation de la ville liée à une forte spéculation immobilière) et l’insertion d’une partie de la classe populaire dans la société de consommation pendant les années Lula sont aussi au cœur des thématiques de cette production. La distribution de l’espace urbain et des espaces sociaux de la ville permet au cinéma d’interroger la société brésilienne contemporaine sur ses rapports de classe, ses pratiques, ses valeurs, ses désirs, ses phobies, mais surtout sur son origine, comme le fait Les Bruits de Recife. Le film évoque la question historique qui détermine une configuration sociale continuant de reposer sur une structure extrêmement hiérarchisée. Les rôles et les espaces symboliques sont rigides et construits sur l’amnésie du passé colonial et esclavagiste. Ce passé habite et hante le présent. Au delà des tensions entre l’archaïque et le moderne, l’urbain et le rural et le régional et le national, l’espace privé et l’espace public se confondent, ainsi que les relations entre patrons et travailleurs. »

 

(Ce qui couve à Recife : réflexions autour des bruits de Recife [www.autresbresils.net].


 

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