Fenêtre ouverte sur vingt ans de création, espace unique de la télévision française, ouvert aux écritures tranchées du documentaire, La Lucarne  fête cette année ses 20 ans.Une fois par semaine, la singularité existe et  résiste à travers une petite fenêtre restée ouverte tard dans la nuit. Ici sont accueillis tous les talents du monde, toutes les expressions documentaires, sans condition de format ni de genre. Chacun y trouve ici une place, du moment qu’il interroge ou bouscule nos modes de  représentations, nos manières de voir. En vingt ans, La Lucarne a accompagné  des maîtres du cinéma documentaire, Chris Marker, Alain Cavalier, Stephen Dwoskin et fait émerger de nouveaux talents, comme Naomi Kawase,  Lech Kowalski…Fidèles à ce que ce rendez-vous mette l’honneur la création, nous avons choisi d’inviter Jan Gassmann, jeune réalisateur, sur notre écran avec Europe She loves qui suit 4 jeunes couples aux confins du vieux continent, dans des pays en proie aux crises économiques, que le sexe, l’humour, la passion – une politique de l’amour – les aident à dépasser.


 

 

Europe , she Loves
de Jan Gassmann – 2015, Allemagne, 1h50, VOstFR

Ce film examine les états d’esprit de couples hétérosexuels de Séville jusqu’à Thessaloniki, en passant par Tallinn et Dublin. Il mesure au passage, de façon laconique, humoristique, pensive et sexy, l’état d’un patient nommé Europe.

 

Europe, She Loves s’éloigne du vacarme qui règne en Europe, immergée dans ses éternels problèmes, pour l’ausculter en silence. Les sons captés par le réalisateur sont aussi simples que significatifs et témoignent d’une humanité qui ne semble pas (malgré tout) encore perdue. Ce virage qui remplace le politique par l’intimité nous permet de (re)découvrir la bonne vieille Europe et de nous concentrer sur les battements de son cœur qui, depuis quelque temps, semble dangereusement proche de l’infarctus.

À travers l’histoire de quatre couples qui vivent aux confins de l’Europe, de l’extrême nord (Tallin et Dublin) à l’extrême sud (Salonique et Séville), Jan Gassmann s’aventure dans ce territoire mystérieux qu’est l’amour. Un sentiment inaccessible et tellement rempli de clichés qu’il est quasiment banni du genre documentaire. Heureusement, le courage ne manque pas au jeune réalisateur helvète qui est parvenu à entrer dans l’intimité de ses protagonistes sans craindre de montrer une réalité parfois dérangeante. Le résultat est un patchwork de sentiments surprenamment hétérogènes qui semblent subsister malgré la précarité et les innombrables angoisses qui gravitent autour de l’Europe. Tout comme elle, les protagonistes de Europe, She Loves respirent la fragilité : fragilité économique mais aussi sentimentale, à la recherche d’un refuge qui ne semble se matérialiser que lorsqu’ils se trouvent ensemble, réunis par leurs imperfections réciproques. Qu’est-ce que l’amour ? Où se cache-t-il ? Mais surtout, comment fait-il pour survivre aux angoisses du quotidien ? À la manière d’un spéléologue, Jan Gassmann part à la recherche de cette étincelle de passion qui réchauffe malgré tout un peu nos cœurs, et il la trouve dans les petits gestes du quotidien, ceux qui transforment chaque instant en éternité. La caméra du réalisateur zurichois sur des moments apparemment banals qui sont le lot de chaque couple : le soin qu’ils prennent à remplir de manière égale deux tasses de café, le partage d’un lit dans une semble qui semble encore abriter des adolescents, tout cela pour mettre l’accent sur leur force et cette symbiose qui défit (inconsciemment) la crise, en silence.

Au lieu de nous assommer avec toute une série de détails “biographiques”, Jan Gassmann nous accompagne progressivement dans la vie de ses protagonistes. Leurs préoccupations : la nécessité de trouver du travail, de faire fonctionner de manière harmonieuse une famille recomposée, de s’éloigner de la drogue, semblent flotter au-dessus de leurs vies à deux, comme un nuage noir qui se dissipe néanmoins sous la couverture, au contact de la peau, familier et rassurant. Les longs travelings, sortes de cartes postales en images qui nous font voyager d’une ville à l’autre ou qui accompagnent les protagonistes lorsqu’ils sont seuls, se transforment en une sorte de no man’s land dans laquelle ils peuvent décharger leurs inquiétudes.

Une musique, interrompue parfois par les mots d’un journaliste télévisé, s’associe aux images : à Dublin, on parle de la crise grecque, en Grèce, c’est la crise migratoire qui est au centre de l’attention. Partout, on suffoque. Et c’est justement dans ce climat pesant que l’amour se transforme en oxygène. Les protagonistes de Europe, She Loves vivent ainsi de petites respirations indispensables qui leur permettent d’éviter l’hyperventilation. Mais jusqu’à quand ?

> Lire l’entretien avec Jan Gassmann

 


 

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