Dans sa jeunesse et avant d’être cinéaste, Tanner fut marin (écrivain de bord pour être exact) et c’est ce goût du large, de la fuite que l’on retrouve injecté dans les veines qui fonde son cinéma. Alain Tanner est un cinéaste voyageur mais aussi un voyageur immobile et un exilé à lui-même comme le fut Fernando Pessoa, homme aux nombreux hétéronymes, écrivain de l’intranquillité et des voyages qui n’a jamais quitté sa Lisbonne natale après son enfance en Afrique du sud. L’écrivain est au cœur du Requiem de Tanner, inspiré du roman éponyme d’Antonio Tabucchi, film hallucinatoire où le fantôme de Pessoa vogue du Tage aux freguesias de la capitale.

Requiem
d’Alain Tanner – 1998, Suisse/France, 1h40, Copie 35mm

Par un torride dimanche d’été Paul, le narrateur, a rendez-vous, à douze heures, avec un invité qui est en fait le fantôme du grand écrivain portugais Fernando Pessoa. Il s’ensuit toute une série de rencontres entre gens du présent de Lisbonne et fantômes d’un passé resurgi, selon un curieux mélange, où les morts et les vivants se croisent et où le temps se décloisonne.

C’est quasiment au genre fantastique que s’attaque Alain Tanner dans Requiem. Adaptation d’un récit d’Antonio Tabucchi construite autour de la figure et des thèmes de Fernando Pessoa, le film déploie un récit entre réel et hallucination dans lequel un personnage est confronté à ses fantômes, le temps d’un rendez-vous manqué à Lisbonne entre midi et minuit, « le jour le plus chaud de l’année ». Dès le début de l’histoire, dès la première rencontre de Paul avec un kiosquier qui lui vend « A Bola », le quotidien sportif, les repères de la réalité et du rêve sont brouillés. Comme dans ce moment étrange où la caméra s’approche lentement d’un visage d’adolescent pasolinien jusqu’à le cadrer de près, dans une proximité presque inquiétante. Le plan d’après, on apprend qu’il est juste un junkie en manque, mais un doute s’est installé, un doute sur la réalité des choses qui s’empare de tout le film. Requiem s’impose ainsi comme un grand film d’apparitions. Dans la scène où le jeune père apparaît en marin dans la chambre du fils pour revenir sur les conditions de sa mort à l’hôpital, on pense au Baudelaire de « La servante au grand cœur », aux morts qui ont « de grandes douleurs ». Requiem rappelle aussi beaucoup Solaris, le roman fantastique de Stanislas Lem que Tarkovski adapta pour en faire une superbe élégie à l’âme russe. Comme la planète Solaris qui concrétisait les rêves de ses habitants, Lisbonne devient le théâtre où le personnage revit sa vie et délivre son âme. La différence entre l’âme et l’Inconscient, c’est d’ailleurs le sujet de conversation entre Paul et le vendeur de billets de loterie sorti du Livre de l’Intranquillité : « L’Inconscient, c’est la Mitteleuropa, ici, c’est la civilisation gréco-romaine et l’âme portugaise », déclare à peu près le gardien, tandis que Paul se vante de posséder les deux en lui. On reconnaît là un thème cher à Tanner, car la distinction Inconscient/Âme recoupe celle du sens et des sens, de la pensée et de la sensualité, de la culture et de la nature, les deux versants de son cinéma. Requiem est un poème dédié à l’âme portugaise et à l’Inconscient de Paul : pendant douze heures, ses failles et ses blessures intimes sont plongées dans la fournaise lisboète et sa culture populaire et matérielle : les vieux augures gitans, la recette du sarrabulho, la mémoire de l’Alentejo… Dans Requiem, l’objet qui réalise le mieux cette synthèse entre culture et nature est bien sûr le tableau de Hieronymus Bosch, « La tentation de saint Antoine », conservé dans un hôpital de Lisbonne et reconnu au Moyen Âge pour ses valeurs thaumaturgiques.

Frédéric Bas – Alain Tanner – « Ciné-Mélanges »


Alain Tanner,
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